5 1 1 1 1 1 Rating 5.00 (1 Vote)

Aux États-Unis s’est ouvert le procès du soldat Bradley Manning, qui a fourni les documents accusateurs au site WikiLeaks. Son crime ? Avoir fait connaître la vérité.

Manning 06 06 2013
Patrick Semansky/AP/SIPA

C'est un procès politique de la pire espèce qui se tient actuellement à Fort Meade, dans le Maryland (Etats-Unis). L’accusé est le soldat Bradley Manning, 25 ans. Accusé entre autres de « collusion avec l’ennemi » (sic) pour avoir organisé la fuite des 700.000 documents classifiés révélés par WikiLeaks, il encourt la prison à vie. 

Étonnant retournement. Tout le monde, ou presque, a salué la publication de ces documents qui ont mis à nu certains des aspects les plus sordides de la pratique impériale des États-Unis, notamment en Irak. En revanche, personne ne s’émeut outre mesure de voir celui qui  a permis de dévoiler la vérité traité comme un traître, à la manière des victimes expiatoires mises en scène lors des procès staliniens d’antan.

On n’ose imaginer ce qui se serait dit ou écrit si une telle mascarade judicaire avait eu lieu à Cuba, ou dans le Vénézuéla de Chavez. Mais là, on est aux États-Unis, au royaume de la liberté d’expression. On est donc prié de laisser sa conscience au vestiaire du tribunal et d’écouter sans broncher le réquisitoire du procureur militaire, Joe Morrow, qui parle comme au temps du sénateur Mc Carthy de la guerre froide.

Pour Joe Morrow, taillé dans le marbre des certitudes, le soldat Manning est un agent de « l’ennemi », rien de moins. Quel « ennemi » ? Al-Qaïda , tout simplement. Et d’exhiber des documents qui prouverait que dans sa tanière pakistanaise, Ben Laden avait demandé et reçu les rapports de WikiLeaks sur l’Afghanistan. Pour un peu, on reprocherait au soldat Manning d’être responsable a posteriori de l’attentat contre les sœurs jumelles de New York.     
         
La réalité est celle d’un jeune militaire débarquant à 22 ans en Irak, imprégné de certains des idéaux de la démocratie américaine, au point d’avoir fait graver le mot « humaniste » sur sa médaille d’identification. Cela peut faire sourire, mais c’est plus respectable que d’avoir envahi un pays sous des prétextes mensongers, d’y avoir semé la mort, et de s’y être livré à des exactions dignes des grandes horreurs de l’histoire.

Ce n’est pas Bradley Manning qui devrait rendre des comptes à la justice mais l’ancien président Georges W.Bush, ou encore Colin Powell, son ex secrétaire d’Etat. On se souvient de ce dernier agitant à l’ONU ses petites fioles. Il entendait ainsi prouver l’existence des armes de destruction massive attribuées à Saddam Hussein, qui n’ont jamais existé que dans l’imagination des docteurs Folamour de l’administration américaine.

Le soldat Manning, lui, a vu les GI’s à l’œuvre, à Bagdad et ailleurs. Il a vu les bouchers trancher dans le vif, couverts par des gradés se lavant la conscience en même temps que les mains. Il a vu les assassins commettre leurs forfaits. Il a vu la guerre transformer ses collègues de chambrée en monstres à visage humain.

Il a voulu faire éclater le scandale en disant la vérité, aussi gênante soit-elle. D’ailleurs, il ne s’en cache pas puisqu’il a plaidé coupable de 10 chefs d’accusation sur les 22 qui pèsent contre lui. Mais il récuse toute idée de « collusion avec l’ennemi », et il a raison.

C’est ce qui fonde Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres pour échapper aux poursuites de  la justice américaine, à dire que Bradley Manning est « le prisonnier politique le plus important de l’histoire moderne des États-Unis ».

Depuis quand peut-on assimiler la diffusion de faits avérés à une trahison? Le droit à l’information inscrit dans la Constitution des États-Unis relève-t-il des tribunaux ? Vouloir « faire de ce monde un monde meilleur », comme le disait le soldat Manning, est-ce un crime contre l’État ? Plutôt que le traiter comme un terroriste, ne serait-il pas temps de fermer le goulag tropical de Guantanamo, comme s’y était engagé Barack Obama ?

Le 21 janvier 2010, Hillary Clinton, alors secrétaire d’État, avait prononcé un important discours sur la liberté d’Internet. A cette occasion, elle avait repris à son compte le credo de l’actuel président : « Plus l’information circule librement, plus les sociétés deviennent fortes ».

Si, par hypothèse funeste, le soldat Manning est condamné, la société américaine en ressortira encore plus ébranlée.         

 

Source : Marianne.net             

Informations complémentaires :

Crashdebug.fr : « Le dossier Pegasus »


Wikileaks publie la vidéo d'une bavure en Irak par LeNouvelObservateur

Vous êtes ici : Accueil Arrow Actualités internationales Arrow Le procès du soldat Manning ou l’honneur perdu de l’Amérique