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LE PLUS. Des milliers de manifestants sont attendus dans les rues de Turquie ce samedi 8 juin. Depuis plus d'une semaine, le pays est touché par un mouvement de contestation sans précédent depuis l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement islamo-conservateur en 2002. Le Premier ministre Erdogan démissionnera-t-il ? Pour Jean-Marcel Bouguereau, la ressemblance avec Mai 68 est frappante.

Édité par Louise Auvitu

Turquie 08 06 2013
Depuis 9 jours, des milliers de personnes protestent et réclament la démission de Recep Tayyip Erdogan 
(Kostas Tsironis/AP/SIPA)

Il y a une semaine que les manifestations à Istanbul ont commencé, une semaine qu’on annonce qu’elles vont s’épuiser et que cette contestation s’élargit, que des fissures se font jour au sein du parti islamiste au pouvoir : Erdogan estime qu’il peut faire ce qu'il veut parce qu'il dispose d'une majorité confortable.

Erdogan menacé directement pour la première fois

Le président Abdullah Gül, perçu comme plus modéré, a pris son contre-pied en rappelant qu'"outre les élections, il y a d'autres moyens d'exprimer des opinions différentes et des critiques, notamment par le biais de manifestations à caractère pacifique".

Après avoir nié ces manifestations et qualifié ceux qui descendent dans la rue de "terroristes", de "vandales" et "d’extrémistes", Recep Tayyip Erdogan semble avoir pris la mesure d’un mouvement qui, pour la première fois, en dix ans, le menace directement.

Comme de Gaulle, partant en Roumanie au début de Mai 68, il a préféré son voyage au Maroc et en Tunisie, où il a été plutôt mal accueilli, car le roi Mohamed VI du Maroc lui a infligé un camouflet en ne le recevant pas.

Un Mai 68 ottoman ?

Entre temps la contestation a pris racine et s’est ancrée dans la plupart des grandes villes du pays. Le vice-Premier ministre Bülent Arinç a reconnu les revendications "légitimes" des écologistes à l'origine de la fronde.

Il a présenté ses excuses aux très nombreux blessés civils et invité les protestataires à mettre un terme à leur action, ce qu’ils n’ont pas fait. De surcroît, la Bourse a perdu 10 points en une semaine car les investisseurs ont peur d’un mouvement qui, plus qu’à un printemps turc, ressemble à un Mai 68 ottoman avec ses groupes de discussion sans fin, ses drapeaux, ses revendications variées, du féminisme au mariage gay, en passant par l’antimilitarisme et le refus du néo-libéralisme et de la société marchande.

Parti d’une contestation écologiste, il s’est construit dans l’affrontement policier pour déboucher sur la revendication d’une démission du Premier ministre, qui incarne un autoritarisme de plus en plus en contradiction avec les aspirations libérales des couches moyennes et de la jeunesse.

Le Premier ministre met de l'eau dans son raki

Comme l’écrivait le grand romancier turc Nedim Gürsel : "La jeunesse, tout comme la société civile, qui manifestent non seulement à Istanbul mais dans une cinquantaine de villes de Turquie, n'ont pas besoin de vous pour savoir ce qu'elles doivent manger et boire. Vous ne pouvez pas me dire, comme vous venez de le faire, d'aller boire mon verre de raki en cachette chez moi comme si je devais en avoir honte."

Finalement Erdogan a mis un peu d’eau dans son propre raki, mais sans doute trop tard, car désormais la contestation a le vent en poupe : on voit mal comment pourrait être stoppé ce mouvement de fond qui exprime la modernité de la société turque face à l’islamo-conservatisme d’Erdogan.

 

Source : Leplus.nouvelobs.com

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