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Confrontation, vendredi à Bangkok, entre la police anti-émeutes et les «  chemises rouges  ». Crédits photo : REUTERS

Très structurés, les contestataires expriment les frustrations des provinciaux 

Dans les relents de la saumure de poisson qui accompagne tous les plats de la campagne, ils campent au pied des centres commerciaux les plus huppés de Bangkok et chantent «Rao khue phrai» (nous sommes les paysans).

Les dizaines de milliers de «chemises rouges» qui manifestent depuis un mois dans la capitale thaïlandaise entendent démembrer un fragile gouvernement de coalition et obtenir la dissolution du Parlement. Alors, ils font beugler leurs cornes de brume et agitent leurs applaudisseurs en plastique à chaque harangue antigouvernementale.

Le mouvement surfe sur l'émergence spectaculaire d'une conscience politique. «Les petites gens se sont rendu compte de leur part de pouvoir acquise par les urnes», explique l'historien Charnvit Kasetsiri. Elles estiment qu'elles ont été dépossédées du pouvoir par le coup d'État militaire de septembre 2006 et par des décisions de justice qui ont banni les partis qu'elles soutenaient. Et elles jugent illégitime le gouvernement Abhisit Vejjajiva, formé en décembre 2008 à la suite d'un changement de majorité parlementaire encouragé par l'armée.

Contre les élites 

Rouge de la tête aux pieds, Kanjana Prapai a bravé la fournaise à l'arrière d'un pick-up pour venir de l'Isaan, le Nord-Est déshérité. Depuis dix jours, elle dort sur une natte sous une grande affiche Louis Vuitton et fulmine contre les «amart», les élites de Bangkok «qui ont fait la loi pendant des décennies et nous traite de buffles trop ignares pour voter». Si elle met le doigt sur les frustrations nourries par une société hiérarchisée, c'est que Kanjana a assisté à «des cours d'éducation politique dans son village», explique-t-elle. Et aujourd'hui, elle n'ignore rien des « mensonges politiques du gouvernement Abhisit». Avec 459 écoles rouges, trente radios communautaires, dix journaux et une chaîne de télévision, des comités de village, de sous-district de province et des milices populaires, les «chemises rouges» sont plus organisées que jamais. «Elles représentent des millions de Thaïlandais écœurés des interventions militaires et monarchiques dans la vie politique », estime Giles Ji Ungpakorn, universitaire exilé en Angleterre après avoir été accusé de crime de lèse-majesté. «Ils aspirent à une monarchie constitutionnelle qui règne et ne gouverne pas.»

«Plus de justice sociale» 

Si, dans les rues de Bangkok, le mouvement de contestation ne se limite plus aux paysans, il a du mal à se démarquer de Thaksin Shinawatra, autocrate peu soucieux du respect des libertés et qui s'est rempli les poches quand il était au pouvoir (2001-2006).

Des provinciaux installés dans la mégapole, ouvriers, petits commerçants, chauffeurs de taxi ou livreurs ont fait leurs les slogans en faveur d'une «vraie démocratie» et «contre un système à deux vitesses». Quelques membres de la bonne société sont apparus à la tribune, «par idéalisme», explique Darunee Kritboonyalai, une «hi-so» pomponnée.

Omniprésent il y a un mois, sur les affiches, les tee-shirts et les écrans géants, Thaksin se fait plus discret. «Il s'est mis en retrait volontairement, car il veut que cela soit le combat du peuple», explique Jatuporn Prompang, un chef de file des «chemises rouges». Cela convient à Suradanai Lekmeechai, l'ingénieur, ou Titama Salaraod, fonctionnaire à l'immigration, qui viennent chaque soir manifester mais ne sont pas «les commis du milliardaire». Ils se disent mus par «un souci de justice sociale, une répartition plus égale des revenus et des chances». Pour Sermsook Kasitipradit, spécialiste des affaires politiques thaïlandaises, «Thaksin continue de manipuler le mouvement». Entre les cantinières, le service de sécurité, les ingénieurs en électricité, les attachées de presse et les amuseurs, la campagne se chiffre à plusieurs millions de dollars, « financée par Thaksin», tranche-t-il. Et la motivation des chefs ? «L'argent de Thaksin, bien sûr.»

Le leadership des «chemises rouges», sur l'ensemble duquel pèsent des mandats d'arrêt, est pour le moins hétéroclite. Sean Boonpracong, le porte-parole, est programmateur informatique ; Weng Torijakarn, le secrétaire général du mouvement, un médecin communiste qui tient une officine minable dans les faubourgs Nord de Bangkok ; Arisman Pongruanrong, un chanteur has been ; Chaturon Chaisang, un ancien du cabinet Thaksin ; Veera Musikapong, un ancien démocrate. Et le mystérieux Jatuporn Prompang, aux charges rugueuses, « un Mussolini thaïlandais », selon ses détracteurs. Un autre personnage, posant bras dessus bras dessous avec Thaksin dans sa luxueuse résidence de Dubaï, selon des images obtenues par Le Figaro de services de renseignements occidentaux, hante le mouvement : le général Khattiya Sawasdipol, surnommé «Frère rouge», partisan d'actions radicales, il prétend que ses «ronins», des militants armés qu'il entraîne depuis le coup d'État de 2006, ont prêté main-forte, samedi, aux manifestants lors de l'affrontement meurtrier avec les forces de l'ordre.

Comme la lutte est multiforme, il est difficile de prédire quel projet va l'emporter. Mais loin d'un reflux de la marée rouge, les contestataires s'organisent aujourd'hui pour ce qu'ils qualifient d'offensive finale.

Source : Le Figaro


Informations complémentaires :


PeopleDaily.com : Thaïlande : les "chemises jaunes" donnent sept jours au gouvernement pour résoudre le problème des "chemises rouges"
Radio-Canada : Les Chemises rouges parlent de se rendre
Koligonews : Thaïlande: 24 leaders des « chemises rouges » se rendront à mi mai

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