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Un nouveau cycle de négociations s'ouvre aujourd'hui à Genève sur le dossier du nucléaire iranien. Après les démonstrations d'intransigeance française, quelques tiraillements se seraient faits jour au sein du gouvernement, l'Iran a montré des signes d'ouverture et David Cameron a appelé hier soir le président Rohani, une première depuis 11 ans.

Iran 20 11 2013
Jean-christophe Bott/AP/SIPA

« Il y a une voie pour l’avenir ». C’est un message d’ouverture qu’a laissé sur twitter le ministre des affaires étrangères iraniens hier soir.  

Pour la première fois, le très connecté Javad Zarif, a également posté une vidéo sur YouTube, assurant des intentions pacifiques du programme nucléaire iranien. «Il s’agit d’arrêter la combustion de notre pétrole et de produire de l’énergie propre. Rejoignez-nous pour mettre fin à cette crise inutile » a lancé le ministre iranien. 

C’est aujourd’hui à Genève que reprennent les discussions sur le nucléaire iranien. Pour la troisième fois en cinq semaines, les négociateurs du P5+1 (Conseil de sécurité de l’ONU+Allemagne) vont tenter de trouver un accord. Et tous les regards se tournent vers Paris. Paris l’intransigeante, repère de faucons, qui donneraient des leçons de rigorisme aux pires néocons américains.

Lors des précédentes négociations, les Français se sont montrés inflexibles sur un certain nombre de points, notamment l’engagement des iraniens d’arrêter la construction du réaqcteur à eau lourde d’Arak, capable, selon les occidentaux, de fabriquer une quantité suffisante de plutonium pour deux bombes nucléaires. Les diplomates américains n’ont d’ailleurs pas tardé à ironiser sur l’inflexibilité des négociateurs français, rappelant à qui voulait l’entendre combien les diplomates français se plaignaient régulièrement de l’obstruction américaine systématique notamment sous l’administration Bush. 

Les arguments de l’Elysée, repris sur place par Laurent Fabius, reprenaient pour l’essentiel ceux de Netanyahou et des plus farouches faucons américains, d’où l’accueil très chaleureux réservé à François Holande lors de son voyage récent en israël. 

Le quai d'Orsay et l'Elysée pas sur la même longueur d'ondes

Si un accord n’a jamais été aussi proche, les tractations buttent sur le droit revendiqué par Téhéran à l’enrichissement d’uranium, le sort du stock le plus enrichi et l’avenir du réacteur à eau lourde d’Arak. 

Néanmoins, les iraniens seraient prêts à des concessions et le Guardian affirme que l’inflexibilité de la France aurait provoqué certains grincements de dents au sein du gouvernement : « Il y a un débat en cours à paris entre le quai d’Orsay et l’Elysée sur cette question » affirme une source proche du Ministère de la défense. 

Les allemands auraient également désapprouvé l’intransigeance de  Laurent Fabius qui a imposé à ses partenaires de revoir certains points de l’accord préliminaire et a fait apparaître des divisions au sein du groupe des six nations. La France se plaignait de son côté de ne pas avoir été suffisamment consultée, notamment par son allié américain.

La France compte aussi sur le ressentiment saoudien envers les Etats-Unis dans la double affaire syrienne et iranienne pour reprendre pied dans le royaume, notamment sur la question ô combien lucrative des ventes d’armes aux saoudiens.

« Le coup d’éclat de Laurent Fabius relève de deux lectures, qui pourraient s’avérer complémentaires. Le premier niveau est un affichage d’alignement sur les positions des faucons israéliens et américains à la veille d’une visite du président Hollande en Israël. La seconde lecture relève du billard à plusieurs bandes, d’un mélange de guerre économique et de rivalités diplomatiques sur l’échiquier international » résume Gabriel Galice, vice président du GIPRI (Institut International de Recherches pour la Paix de Genève).

L'Iran de retour dans le concert des nations 

D’autres, plus attentifs au « sens de l’histoire »,  se sont  moins souciés de leur porte-feuille que les français. Ainsi, mardi soir, le premier ministre David Cameron aurait eu un échange téléphonique avec le président Rohani.  Une démarche inédite depuis onze ans : « les deux dirigeants ont convenu que des progrès significatifs avaient été réalisés dans les récentes négociations de Genève et qu'il était important de saisir l'opportunité que représente la prochaine série de discussions qui commence mercredi», a fait savoir le « 10 Downing Street ».

Comme le plus souvent sur le plan intérieur, François Hollande ne fait là que s’inscrire dans les pas de son prédécesseur Nicolas Sarkozy, toujours plus dur que les Britanniques et les Allemands sur le dossier iranien : « les bureaucrates qui conseillaient Sarkozy sont à peu près les mêmes que ceux qui conseillent Hollande sur ce dossier » constate Barbara Slavin conseillère à l’Otan sur le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est.

En Iran, la situation intérieure plaide aussi pour un peu plus de modération. Perçu comme un modéré en occident, la présidence Rohani qui va bientôt atteindre les 100 jours de gouvernance laisse encore sceptique la population. Et le président a besoin d’annoncer une entente avec l’Occident qui signifierait une levée au moins partielle ou un assouplissement des sanctions économiques et commerciales contre l’Iran. Le début d’un retour de l’Iran dans le concert des nations.

 

Source : Marianne.net

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