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La lanceuse d’alerte dans l’affaire du Mediator s’est interrogée sur la présence, au sein de cette commission, du professeur et urologue Guy Vallancien, qu’elle accuse d’avoir minimisé cette affaire, qui avait grandement ébranlé la confiance des Français envers les laboratoires pharmaceutiques et les autorités sanitaires.

Update 07.10.2021 : Commission sur le complotisme : le controversé Pr Guy Vallancien annonce sa démission (Ouest-France)

Irene Frachon

Face au complotisme et à la prolifération des fausses informations, tout particulièrement à l’ère de Covid, Emmanuel Macron a installé mercredi une commission intitulée « Les Lumières à l’ère numérique » pour « formuler d’ici la fin de l’année des propositions concrètes dans les champs de l’éducation, de la régulation, de la lutte contre les diffuseurs de haine et de la désinformation ».

Présidée par le sociologue Gérald Bronner, elle compte, entre autres, des chercheurs, et notamment le professeur et urologue Guy Vallancien. La présence de ce dernier a tout particulièrement interpellé Irène Frachon, pneumologue et lanceuse d’alerte de l’affaire du Mediator, qui a expliqué sa perplexité dans une tribune publiée par « le Monde » jeudi 30 septembre.

Elle décrit Guy Vallancien comme l’« un des fers de lance d’une nébuleuse de médecins de haut rang, professeurs de médecine, parfois académiciens de médecine, qui, depuis des années et sans vergogne, tentent de discréditer, minimiser, voire nier la gravité du drame humain causé par le Mediator ».

Irène Frachon cite ainsi un extrait de l’ouvrage « La Médecine sans médecin ? » du professeur Vallancien, dans lequel il écrit que « rares sont les malades qui furent meurtris par les complications liées au produit […]. Parmi les dossiers de plaignants […] seul un nombre infime est à ce jour reconnu comme en relation avec la prise du produit incriminé ».

L’urologue de 75 ans, membre de l’Académie de médecine, s’était par ailleurs publiquement exprimé dans une tribune publiée sur le Huffpost contre une pétition signée par des médecins de renom « alertant la communauté médicale du comportement ignominieux de la firme [Servier, le laboratoire qui commercialisait le Mediator, NDLR] à l’égard de ses propres victimes », rappelle Irène Frachon.

Le risque de « creuser un peu plus le fossé »

Or, comme le souligne la lanceuse d’alerte, l’affaire du Mediator a « ébranlé profondément et, à juste titre, la confiance du grand public dans la capacité des autorités sanitaires, des laboratoires pharmaceutiques et du monde médical en général […] ». Une défiance qui participe autant à l’expression d’« inquiétudes légitimes », qu’à l’audience des théories du complot, estime-t-elle.

« Il est à craindre qu’une telle commission, dont l’un des membres s’est abîmé, non seulement n’apporte aucune réponse raisonnable et raisonnée à la problématique soulevée, mais creuse un peu plus le fossé entre beaucoup de nos concitoyens et les élites qu’ils critiquent, à tort ou parfois à raison », s’inquiète la lanceuse d’alerte.

Les premières alertes sur la toxicité du Mediator, à l’origine de graves lésions des valves cardiaques (valvulopathies) et d’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), une pathologie rare et mortelle, avaient éclos dans les années 1990. Il a été retiré du marché en 2009. A ce jour plus de 3700 personnes, vivantes ou décédées, ont été reconnues victimes de ce médicament par l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam).

Les laboratoires Servier ont été reconnus coupables le 29 mars dernier de « tromperie aggravée » et d’« homicides et blessures involontaires », mais relaxés des délits d’obtention indue d’autorisation de mise sur le marché et d’escroquerie, une relaxe dont le parquet de Paris a fait appel.

Le « charnier » de Paris-Descartes

Les positions de Guy Vallancien sur l’affaire du Mediator ne sont pas les seules qui lui sont reprochées, souligne CheckNews. Comme le rappelle la rubrique de « Libération », Guy Vallancier est également pointé du doigt pour son implication dans l’affaire du « charnier » de l’université Paris-Descartes : il a en effet été directeur du centre du don des corps (CDC) de 2004 à 2014. Selon « l’Express », qui a révélé l’affaire, la situation dans ce « charnier » qui a duré plusieurs dizaines d’années s’est aggravée à partir de 2013.

En parallèle, le professeur avait créé en 2001 une société privée, l’Ecole européenne de chirurgie, logée dans l’université et qui « faisait indirectement commerce de ces corps », rapporte CheckNews. « Vallancien achetait la mise à disposition des corps au tarif public et les revendait plusieurs fois le prix », selon un ancien dirigeant de Descartes à « l’Express ». Un conflit d’intérêt dénoncé par certains à l’époque.

Guy Vallancier a par ailleurs fait l’objet d’un blâme en juin par la chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des Médecins dans une complexe affaire dans laquelle il est accusé d’avoir fourni un certificat « mensonger ».

Au sein de la commission sur le complotisme et la désinformation mise en place par le gouvernement, d’autres noms ont suscité des remous, notamment son président le sociologue Gérald Bronner : en 2014, il avait été épinglé par « le Monde » sur une fausse information concernant l’épidémie de choléra à Haïti véhiculée dans un de ses livres.

 

Source(s) : Nouvelobs.com via Contributeur anonyme

 

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