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William Jung, webmaster de CrashDebug.fr

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Les laboratoires pharmaceutiques occidentaux ont, pendant des années, testé des médicaments sur des habitants de la République démocratique allemande qui, le plus souvent, n'étaient pas au courant de ces pratiques. Selon l'hebdomadaire Der Spiegel du 13 mai, plus de 50.000 personnes auraient servi de cobayes. En 2010, la télévision publique MDR avait évoqué le chiffre de 2000 personnes. Certaines d'entre elles sont mortes en raison de leur traitement.

L'hebdomadaire a eu accès à des archives de médecins, mais aussi à celles du ministère de la santé et de l'agence du médicament de la RDA. Il fait état de plus de 600 tests effectués en collaboration avec plus de cinquante hôpitaux à travers tout le pays, dont l'hôpital universitaire de La Charité à Berlin-Est. Pour les laboratoires, ces essais offraient l'avantage de pouvoir être réalisés beaucoup plus discrètement à l'Est qu'à l'Ouest. Pour l'Allemagne de l'Est, l'argent reçu (jusqu'à 800.000 marks ouest-allemands, soit 400.000 euros par test) permettait souvent d'acheter de nouveaux matériels.

Le système se serait même institutionnalisé à partir de 1983, avec la création d'un Bureau de conseil pour le médicament à Berlin-Est, qui pouvait recevoir jusqu'à 40 représentants de firmes pharmaceutiques occidentales par semaine. Selon le Spiegel, les laboratoires Bayer, Schering, Hoechst, Boehringer, Pfizer et Sandoz se sont livrés à ces pratiques dans tous les domaines : chimiothérapie, antidépresseurs, médicaments pour le cœur.

Plusieurs décès ont été constatés, notamment lors d'essais concernant le Trental, un produit destiné à améliorer la circulation sanguine développé par Hoechst (fusionné depuis avec Sanofi) ou encore lors d'essais du Spirapril, un médicament contre la tension de Sandoz (racheté depuis par le suisse Novartis). La plupart du temps, les patients n'étaient informés ni des risques encourus ni des effets secondaires des médicaments absorbés. Des comptes rendus de réunions impliquant le groupe Hoechst indiquent explicitement qu'il n'était pas nécessaire d'associer les patients. D'ailleurs, parfois, ceux-ci en auraient été bien incapables, comme ces trente bébés prématurés qui, quelques jours après leur naissance, ont reçu de l'érythropoïétine (EPO) testée par le laboratoire Boehringer (racheté par Roche) ou ces alcooliques en pleine crise de delirium tremens à qui a été administré du Nimodipine de Bayer, qui améliore la circulation sanguine cérébrale.

Aujourd'hui, les laboratoires concernés affirment que les tests ont été effectués en respectant les normes en vigueur, mais que les multiples restructurations dans les entreprises concernées rendent les recherches difficiles. De même, l'hôpital de La Charité détruit ses archives au bout de trente ans.

La pharmacie est loin d'être le seul secteur concerné par ces pratiques peu recommandables. En 2012, le géant du meuble Ikea a reconnu avoir eu recours au travail forcé de prisonniers politiques de l'Allemagne de l'Est. Ceux-ci avaient raconté avoir subi des mauvais traitements lorsqu'ils ne remplissaient pas les objectifs fixés par l'administration carcérale. On évalue à plusieurs milliers le nombre d'entreprises occidentales ayant ainsi recouru à la main-d'œuvre forcée des pays d'Europe de l'Est.

Source : Lemonde.fr

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