L'Espagne juge que la porte des marchés lui est fermée

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Alors que, dixit S&P, la Grèce a une chance sur trois de sortir de l’€uro, la situation, elle, commence à se tendre sur les marchés pour l’Espagne. Je ne veux pas rentrer dans des querelles de chiffres. À l’heure actuelle, dans les 2 cas, mes pensées vont aux populations, que cela soit en Espagne, en Grèce, voire pour ce qui nous préoccupe en France. Quand ils se rendront compte qu'ils sont ruinés et totalement dominés, ce seront les citoyens, au final, qui devront choisir leur destinée, et pas les technocrates ou les banquiers privés…

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MADRID (Reuters) - Le niveau actuel des coûts de financement que l'Espagne doit supporter lui ferme de fait la porte des marchés financiers, a déclaré mardi le ministre du Trésor Cristobal Montoro.

L'écart de rendement entre l'emprunt d'Etat espagnol à dix ans et son équivalent allemand a battu un nouveau record depuis la création de l'euro vendredi, à 548 points de base, les interrogations autour de la recapitalisation des banques espagnoles et le financement des régions autonomes faisant craindre que Madrid ne doive se résoudre à faire appel à une aide internationale, sur le modèle grec.

"La prime de risque signifie que l'Espagne n'a pas d'accès au marché", a dit Cristobal Montoro sur la radio Onda Cero. "La prime de risque signifie qu'en tant qu'Etat, nous avons un problème pour accéder aux marchés quand nous avons besoin de refinancer notre dette."

Le rendement du 10 ans espagnol est resté stable autour 6,4 % après les déclarations du ministre du Trésor. Mais l'euro a reperdu du terrain face au dollar, autour de 1,2430 pour un dollar vers 11h50 contre 1,25 lundi soir.

"Je ne crois pas que la porte des marchés soit fermée pour l'Espagne (...) Je crois qu'il voulait dire autre chose", a commenté Patrick Jacq, analyste technique spécialisé dans les taux chez BNP Paribas.

"Si l'écart de rendement des obligations espagnoles continue de s'accroître, en particulier à cinq et dix ans, cela va constituer un gros problème pour l'Espagne, mais pour le moment, cela reste gérable", a-t-il estimé.

TEST OBLIGATAIRE JEUDI

Madrid jaugera jeudi l'appétit des investisseurs pour le papier souverain espagnol avec une émission d'obligations à moyen et long terme pour un total prévu entre un milliard et deux milliards d'euros.

"L'incertitude reste élevée et ces commentaires (de Montoro) arrivent juste avant l'adjudication de jeudi", a souligné un courtier sur le marché obligataire.

Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a lui aussi prévenu que Madrid ne pourrait pas indéfiniment assumer un coût de la dette aussi élevé. Il a appelé à plusieurs reprises l'Europe à adopter des mesures urgentes, comme la reprise des rachats d'obligations souveraines ou l'injection de liquidités par la Banque centrale européenne.

Les ministres des Finances et banquiers centraux des pays du G7 ont prévu de se réunir à partir de 13h00 par conférence téléphonique pour examiner l'évolution de la crise de la dette dans la zone euro, et notamment la crise bancaire en Espagne.

L'Espagne doit encore refinancer sa dette à hauteur de 82 milliards d'euros cette année et aider ses régions autonomes à payer 16 milliards d'euros d'intérêts de la dette au second semestre 2012.

Elle doit par ailleurs trouver 19 milliards d'euros pour recapitaliser Bankia et pourrait étendre cette mesure à l'ensemble du secteur bancaire en fonction des résultats d'un audit indépendant en cours. L'Espagne défend l'idée d'un plan européen d'aide directe aux banques, sans que le gouvernement ait à en formuler la demande, mais elle se heurte sur ce point aux réticences de l'Allemagne.

"COURAGE POLITIQUE"

Cristobal Montoro a toutefois assuré que ni la France ni l'Allemagne n'avaient incité Madrid à solliciter une aide internationale.

"Les Espagnols font tout ce qu'il faut", a jugé mardi le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, cité par le journal Handelsblatt, saluant les mesures de réformes adoptées par le gouvernement espagnol.

Mais l'Espagne est "sous la pression des marchés" en raison de la crise grecque. "Il nous faut gérer cela grâce à une coordination étroite et en confiance", a-t-il estimé.

L'Espagne et le Fonds monétaire international ne discutent pas d'un plan d'aide, a répété pour sa part Christine Lagarde.

"Nous ne le faisons absolument pas. L'Espagne a déjà fait beaucoup. Elle a montré du courage politique et mis en place une série de réformes et de mesures d'austérité", a dit la directrice générale du FMI, citée mardi par le quotidien suédois Svenska Dagbladet.

Un satisfecit similaire a été adressé à l'Espagne et à l'Italie par le secrétaire général de l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) Angel Gurria.

"Il n'y a aucune raison pour que l'Espagne paie 7 % d'intérêts, il n'y a aucune raison pour que l'Italie paie 6,5 % alors que ces pays prennent les bonnes décisions", a-t-il dit à Reuters au cours d'un déplacement en Israël.

Avec les bureaux de Londres, Berlin, Stockholm et Jérusalem ; Benoit Van Overstraeten et Tangi Salaün pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

par Julien Toyer

 

Source : Reuters

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