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L’interdiction du survol des zones habitées par des monomoteurs comme l’Ecureuil fait craindre aux acteurs du secteur une casse industrielle et sociale majeure. En France, 8 hélicoptères sur 10 n'ont qu'un moteur.

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Un Ecureuil d'Airbus Helicopters qu'utilise aujourd'hui Hélifrance, l'un des spécialistes français du transport de
passagers. (DAWSON Ned/ Airbus Helicopters)

Les hélicoptères monomoteurs seront-ils bientôt de l’histoire ancienne en France ? L’entrée en vigueur ce mardi 28 octobre de la nouvelle réglementation européenne sur le transport de passagers en hélicoptère a en tout cas plongé le secteur dans une crise aiguë. Le texte interdit en effet l’usage d’hélicoptères monomoteurs, comme le best-seller Ecureuil (5000 commandes), mais aussi d’anciens bimoteurs, au-dessus des zones habitées, au premier rang desquelles la région parisienne.

"Cette réglementation est une catastrophe, à la fois pour les industriels qui les fabriquent (Airbus Helicopters, Turbomeca), et pour les opérateurs qui les exploitent, assure Dominique Orbec, président de l’Union française de l’hélicoptère (UFH). Elle concerne près des trois quarts des 480 hélicoptères civils de la flotte française, et trois quarts des mouvements depuis l’héliport de Paris Issy-les-Moulineaux."

L'heure de vol coûterait 2 fois plus cher

Le lobby de l’hélicoptère tire donc la sonnette d’alarme. L’UFH, le Comité des industriels de l’hélicoptère et le Syndicat national des exploitants d’hélicoptères se sont fendus le 27 octobre d’une lettre au ministre de l’Economie Emmanuel Macron, que Challenges a consultée, qui souligne l’impact économique de la décision : "Le monomoteur représente aujourd’hui 82% des 80.000 heures de vol et des 280 millions d’euros d’activité annuelle liée à l’exploitation d’hélicoptère en France", assurent les auteurs de la lettre. Ces derniers évoquent même clairement un risque industriel et social majeur : "Au-delà des seuls opérateurs, des répercussions sur l’ensemble de la filière française des hélicoptères, qui représente 40.000 emplois et 8 milliards d’euros d’activité annuel, avec deux acteurs majeurs, Airbus Helicopters et Turbomeca et 200 partenaires industriels, seraient inévitables."

Les opérateurs, assure l’UFH, n’ont pas les épaules pour assumer financièrement un passage à des hélicoptères bimoteurs, qui supposerait une augmentation de 130% des coûts d’exploitation, et un doublement du coût à l’heure de vol (1300 euros pour un Ecureuil, contre 3000 euros pour un EC-135). Si la réglementation est appliquée comme prévu, "plus des trois quarts de l’activité de l’héliport de Paris s’arrêteront du jour au lendemain", assure la lettre au ministre de l’économie.  De fait, la majorité des exploitants d’hélicoptères n’a qu’une seule machine, le plus souvent un monomoteur.

Aucun accident depuis 1950

Pourquoi une telle réglementation ? L’idée est d’éviter qu’une panne de moteur ne mette les passagers et habitants d’une zone urbaine, un monomoteur ne disposant pas des "redondances" (le doublement de certains équipements critiques) d’un bimoteur. Absurde, répond le lobby de l’hélico : "Aucun accident n’est à relever en survol urbain depuis la première installation d’un opérateur sur l’héliport de Paris, en octobre 1950", écrivent les auteurs de la lettre à Bercy. Le pilote d’un hélicoptère en panne moteur peut d’ailleurs enclencher la procédure de l’"autorotation", espèce de plané de l’hélicoptère, destiné à lui permettre un atterrissage d’urgence. Dominique Orbec relève d’ailleurs que le transport de passagers en avion monomoteur est, lui, autorisé.

Le lobby de l’hélico réclame donc l’ajournement de l’application de la réglementation par la DGAC (Direction générale de l’aviation civile), l’autorité française de sécurité aérienne. Pas question, répond l’intéressée, qui souligne, comme l’Agence européenne de sécurité aérienne (EASA), que les opérateurs ont eu plusieurs années pour se mettre en conformité. "La DGAC ne nous a pas soutenus dans cette affaire, à l’inverse de l’autorité britannique pour ses administrés", dénonce Frédéric Aguettant, patron de l’opérateur Helipass, spécialiste du vol touristique en hélicoptère. La Suisse, non membre de l’UE mais rattachée à l’Europe pour la sécurité aérienne, n’appliquera, elle, carrément pas la nouvelle réglementation.

Le risque pour l’industrie est d’assécher les commandes de monomoteurs en France, alors que le leader mondial du secteur, Airbus Helicopters, est basé à Marignane, et que ses bestsellers Ecureuil et EC-130 restent des fleurons de sa gamme. "On risque de casser les ventes de ces machines sur leur marché intérieur, qui est leur vitrine à l’international, s’emporte Dominique Orbec. C’est un peu comme interdire à Renault et Peugeot de vendre en France."

 

Source(s) : Challenges.fr via Maître Confucius

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