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Dans son dernier rapport, l’organisation européenne s’inquiète d’une déflation salariale qui creuse les inégalités et ralentit la reprise.

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Les travailleurs pauvres sont souvent obligés de cumuler les petits boulots pour survivre. (c) AFP Jens Buttner

L’analyse de la concentration de la richesse et du retour des inégalités exposée par Thomas Piketty dans son best-seller de 2013 Le capital au XXIe siècle a suscité de vives critiques. Nombre d’économistes anglo-saxons, généralement d’obédience libérale, ont attaqué, en particulier, les chiffres de l’économiste français.

Autorité reconnue dans l’univers des statistiques et généralement critiquée pour son biais «libéral», l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) s’est, elle, au contraire, convertie au «pikettisme».

Elle observe que la crise a généré des inégalités de revenus non seulement du capital mais aussi du travail. Un phénomène qui agit comme un formidable frein sur la croissance et serait une des origines de la faiblesse de la reprise mondiale depuis 2008.

Considérant que le rapport du FMI sur le sujet des inégalités était incomplet (parce qu’il inclut trop de pays en voie de développement abritant des inégalités si criantes qu’elles faussent les statistiques pour les pays industrialisés), l’OCDE avait déjà confirmé le creusement des inégalités dans un rapport intermédiaire publié en juin dernier. Avec ses «Perspectives de l’emploi 2014», elle enfonce le clou.

Directeur de la division de l’analyse et des politiques de l’emploi, au siège de l’organisation à Paris, Stefano Scarpetta considère que «la reprise du marché de l’emploi qui se manifeste depuis quelques mois est marquée par une polarisation de la demande de travail aux deux extrêmes: les travailleurs les moins qualifiés mal payés et ceux qui le sont le plus». S’ajoutant aux effets de la crise, la reprise prolongerait ainsi le creusement des inégalités sur le marché du travail, au-delà même du phénomène de concentration du capital observé par Piketty.

Baisse généralisée des salaires

L’OCDE considère, en effet, que la crise qui a débuté en 2008 a eu un certain nombre d’effets inédits sur le marché de l’emploi par rapport aux récessions précédentes. «Sa grande particularité est que les ajustements ne se sont pas faits seulement au travers du chômage mais aussi sur les salaires», explique Stefano Scarpetta. En Grèce, ils ont ainsi diminué de 5% par an depuis cinq ans et en Irlande de 2% dans le même temps.

Le trend est général dans les pays industrialisés. Un travailleur sur deux a vu sa rémunération réelle baisser depuis 2008 (deux sur trois au Royaume-Uni) et la moitié a même enregistré une baisse nominale.

Autre différence importante par rapport aux cycles précédents, il y a eu très peu de régulation favorisant les préretraites. «Le taux d’emploi des seniors a même augmenté», relève Stefano Scarpetta, pour qui l’explication est en partie démographique. Une inégalité de plus, si l’on songe que, dans le même temps, le chômage des jeunes a explosé pour atteindre 60% en Grèce et 55% en Espagne.

Enfin, la dernière crise a vu bondir le chômage de longue durée (au-delà de douze mois). En Suisse, il touche un tiers des demandeurs d’emplois, mais aux Etats-Unis, c’est carrément 60%. Alors que ce taux n’avait jamais dépassé les 10% en Amérique lors des dernières récessions.

En termes nominaux, la baisse des salaires a été à peu près également répartie selon l’OCDE. Mais ce n’est plus le cas en matière de revenus marchands et disponibles, autrement dit de pouvoir d’achat. «La modération salariale ne s’est pas répercutée sur la modération des prix, relève Stefano Scarpetta. Les entreprises ont plutôt eu tendance à restaurer leurs marges.»

Selon l’OCDE, la baisse du chômage (7,4% en moyenne OCDE actuellement contre 8% depuis 2011) que l’on constate désormais de manière plus ou moins prononcée (un niveau de 3,5% au Japon et de 12,6% en Italie) dans l’ensemble des pays industrialisés, ne met pas fin à ce creusement des inégalités entre salariés.

Ainsi, en dépit de 54  mois consécutifs de hausse de l’emploi aux Etats-Unis, l’explosion du chômage de longue durée suggère qu’une partie du reflux tient  l’abandon de la recherche d’emplois par certains chômeurs. Le taux de participation au marché de l’emploi des 16 à 64  ans est ainsi passé de 77% en 2007 à 67% aujourd’hui aux Etats-Unis. Et il ne redécolle pas.

Enfin, l’OCDE constate que la modération salariale a atteint maintenant une sorte de plancher qui entraînerait au-delà une baisse de la consommation. Le large recours au temps partiel et à la baisse des salaires en Allemagne expliquerait ainsi en partie le ralentissement de ce pays en dépit de ses gains en matière de compétitivité.

Le risque des working poors

Cette situation conduit l’OCDE à quelque peu modifier son logiciel d’analyse des revenus de l’emploi. Elle se dit ainsi favorable à l’introduction d’un salaire minimal en Allemagne comme à son relèvement aux Etats-Unis. Par contre, elle n’a pas changé notablement ses recommandations.

La flexibilisation du marché du travail demeure son principal cheval de bataille. Avec raison lorsqu’elle constate qu’en Allemagne, seulement 4% des licenciements sont réglés par un juge alors que c’est le cas six fois sur dix en Italie. «En Allemagne et aux Pays-Bas, l’entreprise connaît la décision finale de la justice en trois mois quand c’est vingt-trois mois en Italie, période à laquelle il faut encore ajouter les recours en appel dans 60% des cas», ajoute Stefano Scarpetta.

Le second axe de l’OCDE, c’est la formation, et en particulier la formation professionnelle, gage de mobilité sectorielle et de gains de productivité. Stefano Scarpetta qui rentre d’un voyage d’études sur le système d’apprentissage suisse n’a ainsi pas de mot assez élogieux pour le qualifier.

Cela souligne une autre inflexion de l’organisation qui a longtemps mis la priorité sur la formation supérieure. Dans la foulée de son étude PISA sur le niveau scolaire des enfants de 15 ans, l’OCDE a lancé l’an dernier une évaluation des compétences des adultes (PIAAC). Il en ressort que les compétences acquises au travers d’un emploi devraient être mieux reconnues et valorisées.

Forte de ces constats, l’OCDE se garde cependant de rejoindre Thomas Piketty sur la question fiscale. Elle voit plutôt l’intensification de la concurrence sur les marchés de produits comme moyen de rendre du pouvoir d’achat à la classe moyenne, car elle ne voit pas de forte reprise de l’embauche en 2015.

 

Bilan

 

Source(s) : Fortune.fdesouche.com via Chalouette

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