La BCE va acheter de la dette publique dans la zone euro

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Jean-Claude Trichet
 
par Krista Hughes et Sven Egenter
 

BÂLE, Suisse (Reuters) - Les 16 banques centrales de la zone euro ont commencé lundi à acheter des emprunts d'Etat pour soutenir les marchés financiers, une initiative sans précédent qui marque un revirement de la stratégie de la Banque centrale européenne, jusqu'alors opposée à une telle mesure.

Son président, Jean-Claude Trichet, a assuré que la BCE et les banques centrales nationales feraient le nécessaire dans le cadre de ce plan mais il n'a pas précisé quelles sommes elles étaient disposées à lui consacrer. (voir )

Il a par ailleurs assuré que la banque centrale européenne n'avait pas cédé aux pressions en acceptant de racheter des obligations souveraines sur les marchés, ce qui revient, selon de nombreux économistes, à actionner un "bouton nucléaire".

"Nous sommes farouchement et totalement indépendants. Cette décision est la décision du conseil des gouverneurs et non le résultat de quelque pression que ce soit", a déclaré le président de la BCE à la presse, en marge d'une réunion de la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle.

Les rachats de dette complètent le plan de sauvegarde de 750 milliards d'euros décidé par l'Union européenne en coordination avec le Fonds monétaire international.

L'initiative ne fait pas consensus parmi les 22 membres du conseil des gouverneurs de la BCE. Certains, dont l'Allemand Axel Weber, s'étaient ouvertement dits opposés à "faire marcher la planche à billets" comme le font d'autres banques centrales.

Axel Weber a de nouveau exprimé son scepticisme lundi.

"Les achats d'obligations d'Etat comportent des risques importants pour les politiques de stabilité (des prix)", a-t-il dit dans un entretien au quotidien allemande Börsen Zeitung.

"Il est désormais vital de contenir ces risques au plus bas niveau possible. C'est pourquoi ces achats sont très limités."

DÉCISION PRISE À UNE "ÉCRASANTE MAJORITÉ"

Jean-Claude Trichet a précisé que la décision d'engager ces rachats de dettes avait été prise à une "écrasante majorité" lors d'une conférence téléphonique pendant le week-end.

Jeudi dernier, il avait pourtant indiqué que cette option n'avait même pas été évoquée par la BCE lors de sa réunion mensuelle de politique monétaire.

"Pour nous, ce qui a été absolument déterminant, ce sont les engagements des gouvernements de la zone euro à prendre toutes les mesures nécessaires pour atteindre leurs objectifs budgétaires cette année et dans les années à venir", a-t-il dit. "C'est absolument crucial, absolument essentiel."

Les banques centrales nationales n'ont pas perdu de temps pour se mettre à l'ouvrage.

"Toutes les banques centrales ont acheté des obligations d'Etat sur le marché secondaire, certaines plus, certaines moins. Elles ont concentré leurs achats sur les marchés qui avaient le plus souffert", a déclaré une source proche des autorités monétaires italiennes.

"Nous n'avons pas acheté à n'importe quel prix mais notre objectif était d'être présents sur ces marchés sur lesquels les investisseurs avaient disparu", a-t-elle ajouté.

Pour accroître son soutien aux marchés, la BCE va aussi relancer ses opérations de prêts en dollar et réactiver une partie des mesures exceptionnelles de liquidités qu'elle avait commencé à retirer.

Selon Jean-Claude Trichet, les marchés ont pris la mesure de l'importance de la décision de la BCE.

"UNE PUISSANCE DE FEU ÉNORME"

L'euro est repassé un temps au-dessus de 1,30 dollar lundi matin avant de revenir autour de 1,2835 en milieu d'après-midi. La prime que les investisseurs réclament pour détenir de la dette grecque a pour sa part chuté de près de 600 points de base.

"Il s'agit véritablement d'une puissance de feu énorme et cela devrait être plus que suffisant pour stabiliser les marchés à court terme, éviter la panique et limiter les risques de contagion", estime Marco Annunziata d'UniCredit à propos de l'ensemble des mécanismes européens.

"Non seulement, le montant total est impressionnant mais la décision de la BCE d'intervenir sur le marché secondaire devrait calmer les inquiétudes sur le temps qui sera nécessaire pour mettre en place le fonds de stabilisation", ajoute-t-il.

Contrairement aux banques centrales des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, les statuts de la BCE lui interdisent d'acheter directement des obligations émises par les Etats, mais pas sur le marché secondaire.

Prié de dire si les estimations des économistes anticipant entre 200 et 300 milliards d'euros de rachats d'emprunts étaient justes, le président de la BCE a répondu : "Le conseil des gouverneurs va décider du champ des interventions. À ce stade, nous ferons ce qui est nécessaire."
 
Avec Mark Felsenthal à Washington et Catherine Bosley, Alexandre Boksenbaum-Granier, Gwénaëlle Barzic et Marc Angrand, pour le service français, édité par Nicolas Delame


Source : Reuters


Les Echos.f r: La crise grecque contraint la BCE à transiger sur sa politique monétaire
Le Figaro.fr : Trichet : la Banque centrale européenne est indépendante
AFP : Les banques centrales ont commencé l'achat d'obligations d'Etat européennes