La France au bord de la "rupture démocratique", a averti M. Macron (Telegraph.co.uk)

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Le président français a été hué au parlement après avoir relevé l'âge de la retraite sans donner aux législateurs l'occasion de voter.

Par Henry Samuel 16 mars 2023 - 21:01pm

Info : Pétition La démission du Président Emmanuel Macron

La France est au bord d'un "effondrement démocratique", a averti Emmanuel Macron hier soir, après qu'il a fait passer sa réforme impopulaire des retraites au Parlement sans vote.

L'opposition a déclaré que cette décision controversée était un déni de démocratie et un aveu de faiblesse, tandis que les syndicats ont prévenu qu'elle équivalait à une déclaration de guerre.

Une manifestation spontanée de plusieurs milliers de personnes a éclaté jeudi soir sur la place de la Concorde, à Paris, où des feux ont été allumés et des manifestants se sont heurtés à la police.

Aux cris de "La Marseillaise" et de "démission" de l'opposition, Élisabeth Borne, premier ministre français, a annoncé que son gouvernement minoritaire déclencherait l'article 49.3 de la Constitution, qui permet d'éviter un vote.

Dans des scènes de grande tension, elle a déclaré : "Nous ne pouvons pas jouer l'avenir : "Nous ne pouvons pas jouer sur l'avenir de nos retraites et cette réforme est nécessaire".

M. Macron aurait déclaré aux ministres, lors d'une réunion de crise de l'Elysée, que les "risques financiers" étaient trop importants pour que la réforme ne soit pas adoptée.

La France insoumise, le parti de gauche dure, et le Rassemblement national de Marine Le Pen, de droite dure, ont tous deux déclaré qu'ils soutiendraient une proposition d'un groupe de députés centristes indépendants visant à déposer une motion de défiance commune.

Si elle est adoptée, le premier ministre démissionnera probablement et M. Macron pourrait dissoudre le parlement.

En cas d'échec, ce qui est le plus probable, les groupes d'opposition se sont engagés à tenter d'annuler la réforme en déposant un recours devant le Conseil constitutionnel ou en demandant un référendum populaire, ce qui nécessite le soutien d'un cinquième des parlementaires et d'un dixième de la population votante, soit 4,87 millions de personnes.

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Des politiciens de l'opposition brandissent des pancartes et chantent la Marseillaise pendant que le
Premier ministre français prononce un discours sur la réforme des retraites Crédit : Reuters
 

M. Macron a misé sur l'adoption de la réforme visant à faire passer l'âge de la retraite de 62 à 64 ans d'ici à 2030.

Ce changement apparemment anodin, que le camp Macron juge essentiel pour éviter l'effondrement du système par répartition, a suscité une réaction massive de la part de l'opinion publique et des syndicats.

Les deux tiers des Français ont soutenu une série de grèves massives depuis le début du mois de janvier, qui n'ont pas réussi à faire fléchir le gouvernement.

Le Sénat, à majorité de droite, a adopté la loi jeudi matin, mais un vote à l'Assemblée nationale, chambre basse, prévu dans l'après-midi était si incertain que Mme Borne a choisi de le contourner.

"Nous ne pouvons pas prendre le risque de voir s'effondrer 175 heures de débat parlementaire. Nous ne pouvons pas prendre le risque de voir le compromis construit par les deux assemblées écarté", a-t-elle déclaré aux députés.

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La police française tire des gaz lacrymogènes lors d'une manifestation contre la réforme des
retraites à Lille, jeudi Crédit : SAMEER AL-DOUMY/AFP/Getty Images
 

Le sort du projet de loi était entre les mains d'une soixantaine de députés du parti d'opposition Les Républicains (LR), qui jouaient le rôle de faiseurs de roi. Mais des dizaines d'entre eux sont restés déterminés à s'opposer aux réformes, bien qu'elles reflètent pratiquement celles que les Républicains appellent de leurs vœux depuis longtemps.

Une défaite du gouvernement aurait constitué un revers majeur pour M. Macron, moins d'un an après avoir obtenu un second mandat présidentiel. Il s'est présenté sur la base d'un programme dont l'une des principales promesses était de relever l'âge de la retraite afin de maintenir à flot le généreux modèle de protection sociale du pays.

Mercredi soir, M. Macron a fait savoir qu'il autoriserait la chambre basse du Parlement à voter sur le texte, mais après des discussions de crise jeudi matin, il a changé d'avis.

Il aurait déclaré aux ministres que si sa présidence n'était pas en jeu, "je considère qu'en l'état actuel des choses, les risques financiers et économiques sont trop importants" pour ne pas faire passer la réforme sans vote.

Il a ajouté que la démocratie serait respectée puisqu'un vote de confiance aurait lieu.

Mais Mme Le Pen a qualifié cette décision d'"aveu d'échec total" et a appelé à la démission de Mme Borne. Ce recours de dernière minute au 49.3 est un extraordinaire signe de faiblesse", a-t-elle déclaré, ajoutant : "Elle doit partir" : "Elle doit partir".

Mathilde Panot, chef du groupe de gauche France insoumise au Parlement, a déclaré que cette décision signifiait qu'il n'y avait "aucune légitimité pour ce projet de loi" et que son utilisation marquait un "tournant autoritaire" inquiétant.

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La loi a été adoptée par le Sénat, mais le vote prévu à la chambre basse est beaucoup moins certain.

Le républicain renégat Aurélien Pradel a suggéré que la décision de contourner le Parlement était un signe que la France était au bord d'un "effondrement démocratique".

Certains députés du groupe Renaissance de M. Macron ont même critiqué cette décision.

"Nous aurions dû procéder à un vote", a déclaré le député Eric Bothorel. "Nous le devions à l'opposition, à ceux qui ont manifesté leur désaccord toujours dans le calme et la dignité. Défaite ou victoire, la démocratie se serait exprimée.

"J'oscille entre la déception et la colère".

Les sondages d'opinion montrent qu'environ huit personnes sur dix s'opposent à cette façon de légiférer, tandis qu'un nombre croissant de personnes perdent confiance dans la démocratie française, a averti Antoine Bristielle, spécialiste de l'opinion publique à la Fondation Jean-Jaurès, un groupe de réflexion parisien.

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Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Paris en début de semaine
Crédit : Aurelien Morissard/AP
 

Le gouvernement Macron a déjà déclenché le 49.3 une douzaine de fois pour faire passer le budget et d'autres lois au cours des derniers mois, mais les constitutionnalistes soulignent qu'il est très inhabituel - pour ne pas dire irrégulier - de ne pas soumettre une réforme de cette ampleur à un vote.

Les syndicats ont prévenu que le recours à une telle "faille démocratique" provoquerait des protestations plus radicales après des semaines de grèves tournantes et de manifestations calmes.

Le président du Parti socialiste, Olivier Faure, a déclaré qu'une telle mesure pourrait déclencher "une colère incontrôlable". Les manifestants rassemblés devant le Parlement lors de l'annonce ont pu être entendus scandant "grève générale".

L'un d'entre eux, Jean-Pierre, qui travaille pour le fonds souverain de l'État français, la Caisse des dépôts, a déclaré : "C'est totalement illégitime : "C'est totalement illégitime mais [le gouvernement Macron] est coincé dans un dogme et va de l'avant au lieu de renoncer, d'écouter ou d'échanger".

 

Laurent Berger, responsable de la CFDT, le plus grand syndicat français, a déclaré que d'autres manifestations étaient prévues.

"Il faut que la réponse soit à la hauteur du mépris affiché à l'égard du peuple", a ajouté Philippe Martinez, président de la CGT, syndicat de gauche. "Les manifestations et les grèves doivent s'accélérer.

Pendant ce temps, les grèves se poursuivent, alors que Paris souffre du fléau des 7.000 tonnes de déchets non ramassés.

Laurent Nunez, chef de la police de la capitale, a informé la maire Anne Hidalgo mercredi soir que le gouvernement ferait usage de son pouvoir de "réquisition" des travailleurs, ce qui signifie que certains seraient contraints de reprendre le travail sous peine de poursuites judiciaires.

Mme Hidalgo a qualifié les manifestations de "justes", bien que son bureau ait engagé des sociétés privées de ramassage des ordures pour nettoyer certaines zones, notamment devant les écoles et les crèches.

Par ailleurs, des travailleurs du syndicat CFE-CGC du sud de la France ont affirmé mercredi qu'ils avaient coupé l'alimentation électrique d'une île présidentielle en Méditerranée utilisée par M. Macron pour ses vacances d'été.

Source :  Telegraph.co.uk

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