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Après 18 jours de grève de la faim, l’eurodéputé Pierre Larrouturou assure qu'il y a une fenêtre politique pour l'adoption d'une vraie Taxe sur les transactions financières… mais que la France freine des quatre fers. Entretien.

Taxe
Pierre Larrouturou Martin Bertrand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Propos recueillis par

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Presque trois semaines de grève de la faim. Au terme de celle-ci, l’eurodéputé Pierre Larrouturou, rattaché au goupe Socialistes et démocrates (S&D), assure qu'il y a une fenêtre politique pour l'adoption d'une vraie Taxe sur les transactions financières. Cette TTF de près de 60 milliards d'euros par an assurerait au budget de l'Union Européenne plus de moyens pour le climat et la santé. Mais selon lui, la France freine des quatre fers.

Marianne : Une grève de la faim en pleine crise du Covid qui embolise les hôpitaux, n’est-ce pas un peu hors sujet ? Avec le risque de leur envoyer un patient supplémentaire ?

Pierre Larrouturou : Je comprends qu’on puisse trouver cela un peu fou. Outre la crise sanitaire et économique, au cours des 18 jours durant lesquels j'ai arrêté de m'alimenter, il y a eu également d’autres sujets à forts enjeux comme les élections aux États-Unis. Si j’ai stoppé ma grève de la faim, c’est justement pour ne pas finir aux urgences. Et si je l’ai commencée, c’est notamment pour obtenir plus d’argent pour les hôpitaux, pour que le système de santé et la recherche soient en mesure de lutter contre le prochain Covid-21. Nous devons trouver de l’argent pour financer ces politiques publiques, mais aussi pour protéger les emplois, lutter contre le changement climatique. J’ai perdu 10kg, mais j’ai gagné des milliers d’alliés. Et des millions de citoyens européens ont eu vent de mon combat.

Mais pourquoi maintenant ?

Le système européen est bizarre. On négocie le budget de l’Union européenne une seule fois pour les 7 années qui suivent. Et ce moment, c’est maintenant. Dans quelques semaines, la fenêtre se sera refermée après le Conseil européen du 10 décembre. D’où mon action. Cela fait longtemps que je milite pour une taxe sur les transactions financières (TTF). Toutes les études montrent que l’on peut compter sur un produit de l’ordre de 60 milliards d’euros par an. Sans coûter un euro aux citoyens.

"La taxe, telle qu’elle a été évoquée en Conseil européen la semaine dernière, est une version rikiki."

Le cadre général du budget a déjà fait l’objet d’un accord la semaine dernière. Le budget de l'environnement est encore en négociation. Et si rien n’est fait, la TTF, telle qu’elle a été évoquée en Conseil européen la semaine dernière, pour une entrée en vigueur d’ici à 2026, est une version rikiki. Elle ne rapporterait que 4 à 5 milliards par an. Cette option est le fruit de l’intense lobby bancaire : la TTF prévue n’est pas une vraie taxe de la finance, de la spéculation. Elle ne taxe que très peu de transactions. On pourrait même dire qu’elle ne taxe que les ménages qui achètent quelques actions plutôt que les opérations de spéculation des salles de marchés des grandes banques.

Votre grève de la faim a-t-elle fait bouger les choses ?

Oui. Comme rapporteur du budget général j’ai pu dans un premier temps obtenir un large consensus pour la TTF à 60 milliards. D’abord parmi les parlementaires de mon groupe Socialistes et démocrates (S&D), puis de l’ensemble des députés européens qui ont adopté mon texte à 68 %, dont la principale proposition concrète est précisément la TTF. Aujourd’hui, je peux dire que nous avons autour de cette proposition de nombreux mouvements. En France, outre les partis historiquement attachés à la TTF, on a avec nous les maires ruraux, l’Assemblée de Corse, Nicolas Hulot, le maire de Saint-Etienne qui est vice-président de Les Républicains.  
De nombreux mouvements et maintenant de nombreux gouvernements. La Pologne, le Danemark, et même le Luxembourg ont dit OK. Et on m’a indiqué qu’Angela Merkel qui assure la présidence de l’Union au nom de l’Allemagne, y est favorable mais attend un signe de la France.

Vous voulez dire que c’est la France qui traîne des pieds ?

Oui. C’est d’autant plus clair que le Brexit a sorti de la négociation le Royaume-Uni qui était systématiquement dans une logique de défense de la place financière de Londres, la City. La chancelière allemande est sur le point de terminer son mandat et elle veut le faire en beauté. Elle sait que 81% de ses concitoyens sont favorables à la TTF, et elle-même s'intéresse au climat depuis 25 ans. Elle attend que la France bouge. Mais pour le moment, les signes envoyés par la France ne sont guère favorables. Le ministre des finances autrichien, qui n’est pas vraiment un socialiste, a menacé de quitter les négociations si la France persistait à défendre un TTF où plus de 99% des transactions échappent à la taxation.

 

Source : Marianne.net

 

Information complémentaire :

Crashdebug.fr : La crise permanente (Marc Chesney)

 

 

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