La justice portugaise contre l’austérité

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Pourquoi tout ces pays n'ont-ils plus confiance en eux ? Quel sort diabolique la BCE leur a-t-elle jeté ? Et soudainement un doute m'étreint...

Dites-moi que je me trompe... : (((

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Pedro Passos Coelho

Récession. Des mesures censées baisser les dépenses publiques ont été jugées « anticonstitutionnelles ».

Par FRANÇOIS MUSSEAU De notre correspondant à Madrid

La justice portugaise vient de provoquer un séisme politique et économique. Vendredi soir, après des semaines d’attente fébrile d’un pays suspendu à sa décision, le Tribunal constitutionnel (TC, l’équivalent de notre Conseil constitutionnel) a pris le parti des citoyens contre l’austérité imposée par Bruxelles et dont le Premier ministre, Pedro Passos Coelho, s’est fait le chantre : un paquet de mesures destinées à réduire les dépenses publiques a ainsi été déclaré «anticonstitutionnel» par les treize juges du TC. Résultat : après trois ans de récession et deux grèves générales, le gouvernement conservateur se retrouve dans une impasse politico-financière.

«Bon élève». En pratique, le gouvernement devra rendre le «différentiel» correspondant à la récente hausse des allocations chômage et maladie. L’Etat devra aussi verser le 13e mois aux fonctionnaires et aux retraités, qu’il comptait amputer. Le gouvernement voit ainsi s’envoler 1,4 milliard d’euros d’économies budgétaires pour 2013. L’exécutif portugais, qui était jusqu’ici un «bon élève» de l’Union européenne, est désormais incapable de réduire le déficit public de 6,4% du PIB (fin 2012) à 5,5% à la fin de l’année, comme il l’a récemment promis à la troïka (Fonds monétaire international, Commission européenne et Banque centrale européenne). Or, après avoir prêté 78 milliards d’euros au Portugal en 2011 pour lui éviter la banqueroute, c’est cette même troïka qui supervise les comptes publics et conditionne les versements successifs de cette aide internationale à la docilité budgétaire de Lisbonne.

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Jusqu’alors, Passos Coelho avait réussi tant bien que mal à faire passer ses réformes de rigueur, malgré des manifestations de rue d’une ampleur jamais vue depuis la révolution des œillets de 1974 et des motions de censure de l’opposition socialiste (dont une ayant échoué la semaine dernière). En 2012, le TC s’était déjà opposé à la suppression du 13e mois pour les fonctionnaires et les retraités. Le gouvernement l’a pourtant inclus de nouveau dans son budget cette année, invoquant qu’il n’avait «pas le choix» s’il voulait «ajuster ses comptes».

Si une partie de la population se sent soulagée, le gouvernement est aux abois. «Nous admettons la décision de justice, mais nous ne pouvons pas être d’accord, a réagi Luís Marques Guedes, numéro 3 du gouvernement. Les conséquences sont très négatives et imprévisibles, pour le gouvernement, et surtout pour le pays.»

Casse-tête. Pour Passos Coelho, ce revers tombe au plus mal : l’UE s’apprêtait à différer le versement des intérêts portugais de l’aide de 78 milliards d’euros. En outre, le pays vient de retrouver la confiance des marchés, ce qui, pour l’exécutif, justifiait «les deux ans de sacrifices sociaux». En face, le principal syndicat, la CGTP, et le Parti socialiste dressent, eux, un bilan catastrophique de la politique menée depuis 2011 : chute de 7 points du PIB (2,3% cette année), un taux de chômage record de 17%, et une hausse des impôts de 40%.

Quelle issue à ce casse-tête ? L’exécutif compte accentuer la pression fiscale (notamment la TVA, déjà à 23% !) malgré une consommation atone. Mais cela ne sera pas suffisant. La seule solution, disait ce week-end la presse économique du pays, passe par une nouvelle négociation avec la troïka, afin que celle-ci accorde davantage de lest budgétaire. Dans le cas contraire, la démission du gouvernement paraît inévitable.

 

Source : Liberation.fr via Le blog de l'apocalypse

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