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Comme d'habitude, tout lien entre cette affaire et la future guerre nucléaire ne relèverait que du conspirationnisme le plus échevelé.

Rorschach

Roubles Russie 17 12 2014

Le calme après la tempête ? C'est le sentiment qui prédomine mercredi 17 décembre puisque le rouble semble se stabiliser, après deux jours de chute historique qui ont plongé la Russie dans une crise monétaire. Après un nouveau recul à l'ouverture des échanges de la Bourse de Moscou, le rouble s'est un peu repris avant de se stabiliser.

Lundi, la monnaie russe avait chuté de 9,5% et de 7% mardi, du jamais vu depuis la crise financière de 1998. Malgré l'annonce d'une hausse radicale du taux directeur de la banque centrale, porté de 10,5% à à 17% dans la nuit de lundi à mardi, le rouble est allé jusqu'à perdre plus de 20% au plus fort de la journée de mardi, atteignant les seuils chocs de 100 roubles pour un euro et 80 roubles pour un dollar.

Cette crise ravive le souvenir de 1998, lorsque l’effondrement du rouble avait conduit, en quelques jours, à un défaut de la Russie sur sa dette. Tour d’horizon des questions que pose cette extrême volatilité.

1. Pourquoi le rouble s’effondre ?

La chute de la monnaie russe tient principalement à trois facteurs : la spéculation contre le rouble, le recul du prix du baril de pétrole et les sanctions occidentales prises contre la Russie en raison de son rôle dans la crise ukrainienne. "L’élément fondamental de cet effondrement est d’abord la très grosse spéculation contre la monnaie russe, juge l’économiste Jacques Sapir. Depuis plusieurs semaines mais surtout depuis vendredi 12 décembre, on assiste à un fort mouvement spéculatif contre le rouble et cela émane pour une bonne partie de spéculateurs russes."

La chute du pétrole contribue aussi fortement à cette crise. Mardi, le baril de Brent a plongé sous les 60 dollars pour la première fois depuis juillet 2009. "C’est une très mauvaise nouvelle pour la Russie qui en est extrêmement dépendante, analyse François Chevallier, en charge de la stratégie à la Banque Leonardo. Cela va lui faire perdre d’énormes recettes".

En effet, la Russie tire de l’or noir la moitié de ses revenus budgétaires. Et la banque centrale a dressé lundi des prévisions alarmistes pour l’année à venir, avertissant que le produit intérieur brut du pays pourrait chuter de 4,5% à 4,8% si les prix du pétrole se maintiennent autour de 60 dollars le baril. Le gouvernement russe prévoit d’ailleurs une récession en 2015 (-0,8 %), après une croissance d’environ 0,6 % cette année.

D’autres facteurs, comme une série de sanctions européennes et américaines sans précédent contre Moscou dans le cadre de la crise ukrainienne, plombent l’économie russe. "Il est vrai que les banques occidentales ont la trouille du gouvernement américain et ne prêtent quasiment plus à la Russie en dollars, soutient Jacques Sapir. Mais ces sanctions n’ont que peu d’impact par rapport à la spéculation et à la baisse du prix du pétrole".

2. Quelles conséquences ?

Pour les ménages, les conséquences de l'affaiblissement de la monnaie nationale sont déjà très concrètes. La hausse des prix approche déjà 10% sur un an et promet de s'envoler encore. Les autorités ont notamment vu ces derniers jours réapparaître les étiquettes en devises étrangères dans certains magasins, des étiquettes fréquentes dans les années 1990. Cette valse des prix provoque une fièvre d’achats, certains Russes se pressant pour acheter du matériel électronique, meubles ou même voitures avant de voir leurs prix flamber.

La Russie est aussi confrontée à un départ des capitaux : 128 milliards de dollars (103 milliards d’euros) se sont "envolés" en 2014, selon la Banque centrale de Russie (BCR).

Cette chute du rouble corrélée à la baisse du prix du pétrole a également eu des conséquences en France et en Allemagne. Signe de l’inquiétude des investisseurs, les actifs les plus sûrs comme les dettes des Etats connaissent une forte demande. Les taux d'emprunt à 10 ans de l'Allemagne (0,601%) et de la France (0,877%) ont ainsi touché mardi de nouveaux plus bas historiques sur le marché obligataire.

3. Que peut faire la Russie ?

Le gouvernement russe est déjà passé à l’action. Dans la nuit de lundi à mardi, il a, fait exceptionnel, augmenté de 6,5 points son taux directeur à 17%, contre 10,5% auparavant et 5,5% au début de l'année. "Cela n’a eu aucune efficacité mardi puisque le rouble a continué de chuter, juge Jacques Sapir. Et même si la Russie augmente encore son taux, cela ne changera rien car les spéculateurs pourront continuer à spéculer contre le rouble".

Le site Lenta.ru, a d’ailleurs calculé qu’avec un taux directeur à 17%, un crédit immobilier sera ainsi désormais accordé avec un taux d'au moins 22%, un niveau difficile à tenir par des ménages au pouvoir d'achat malmené par la hausse des prix.

Le ministère russe des Finances a également annoncé mercredi qu'il allait procéder à la ventes de devises étrangères afin de soutenir le rouble, qu'il juge "extrêmement sous-évalué".

Dans ce contexte, l'idée d'introduire des restrictions sur les mouvements de capitaux est de plus en plus évoquée. "C’est la meilleure solution même si cela peut avoir un coût politique", répond Jacques Sapir. "C’est un peu la dernière arme qu’il reste à la Russie mais ce n’est pas un très bon signal car c’est un message de fermeture et cela ne redonnera pas confiance en la monnaie russe", souligne François Chevallier.

Autre hypothèse : faire intervenir la Banque centrale de Chine. "La Banque centrale de Russie peut s’entendre avec la Banque centrale de Chine et injecter d’énormes quantités de dollars, c’est-à-dire entre 100 et 120 milliards de dollars en quelques semaines, imagine Jacques Sapir. Elle prendrait alors les spéculateurs à contrepied et leur ferait perdre beaucoup d’argent. C’est toutefois peu probable car le gouvernement russe n’acceptera sans doute pas de se mettre dans la main des Chinois".

Vladimir Poutine devrait apporter un début de réponse à ces questions jeudi. Le chef de l'Etat russe doit passer un grand oral devant des centaines de journalistes russes et étrangers qui devrait faire la part belle à la situation économique.

 

Source(s) : Challenges.fr via Leschroniquesderorschach

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