Le Pape lance son «appel de Londres»

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Benoît XVI à mon avis, n'a pas livré à l'humanité le vrai sens des textes de la prophétie de Fatima en les faisant interpréter par le Cardinal Ratzinger, et il n'a pas le capital humain de Jean Paul II, qui donnait aux suscitées prophéties un tout autre sens. Mais représentant l'Église, il est donc l'incarnation de la part humaine de Dieu sur Terre, à ce titre il doit être respecté.


Au Royaume-Uni, Benoît XVI a plaidé pour l'engagement «cohérent» des catholiques dans une société en manque de repères.

Deux «fiertés». Être catholique ou… être anticatholique. Ce week-end, à Londres, ces deux affirmations se sont affrontées, par manifestations interposées. Dans les rues, entre cinq et dix mille athées militants ont défilé derrière la bannière «Protest the pope». Au même moment, à Hyde Park, quatre-vingt mille fidèles attendaient le Pape pour une soirée de prière. L'un d'eux, Brendom Durhem, 19 ans, étudiant en chimie, le visage peint aux couleurs jaune et blanche du Vatican, arborait cette pancarte: «100% catholic!» Sans complexe, ni amertume pour la manifestation opposée: «Chacun est libre et nous avons le droit de protester dans notre pays. Moi, je suis là pour manifester l'enthousiasme et la fierté des catholiques.» À Trafalgar Square, Jeanne Apps, 65 ans, actrice, brandit une épitaphe contre le financement public de la visite du Pape. «Je n'admets pas, explique-t-elle, que l'État finance une partie de la visite de quelqu'un qui prêche des valeurs homophobes.»

Mais Benoît XVI, rentré fatigué, ce dimanche à Rome -il a 83 ans-, savait où il mettait les pieds. En témoigne sa remarque devant la foule de Hyde Park: «Pour qui regarde avec réalisme notre monde d'aujourd'hui, il est manifeste que les chrétiens ne peuvent plus se permettre de mener leurs affaires comme avant. Ils ne peuvent ignorer la profonde crise de la foi qui a ébranlé notre société, ni même être sûrs que le patrimoine des valeurs transmises par des siècles de chrétienté va continuer d'inspirer et de modeler l'avenir de notre société. Nous savons qu'en des temps de crise et de bouleversement, Dieu a suscité de grands saints et prophètes pour le renouveau de l'Église et de la société chrétienne.»

La «honte» des affaires de pédophilie

Un de ces «grands saints» s'appelle justement, John Henry Newman. Et le Pape est venu au Royaume-Uni pour le béatifier, ce dimanche, à Birmingham. «Sans une vie de prière, sans une transformation intérieure, assure le Saint-Père, nous ne pouvons, selon les paroles de Newman, «irradier le Christ»; nous ne devenons qu'une «cymbale  de plus «qui retentit», dans un monde toujours plus «bruyant et confus, où abondent les chemins erronés ne menant qu'à la déception et à l'illusion».

«Irradier le Christ»: dans son esprit, cela signifie une forte exigence de «cohérence». Un message qu'il aura lancé à tous les catholiques du monde -son appel de Londres en quelque sorte. «Il ne peut y avoir de différence entre ce que nous croyons et notre manière de vivre», a-t-il insisté. «Pour être de véritables chrétiens, il nous faut vivre notre vie dans la plus grande honnêteté, humilité et sainteté.» Un précepte décliné en trois directions.

La politique tout d'abord. Même si les chrétiens ne meurent plus «pendus ou écartelés», ils sont «souvent exclus, ridiculisés ou caricaturés» et victimes «d'ostracisme ou de persécution». La culture, ajoute-t-il, montre des «signes inquiétants» d'une «croissante marginalisation de la religion, particulièrement du christianisme». Pour lutter contre les formes les «plus agressives de sécularisme», Benoît XVI a donc milité, dans un discours qualifié d'«historique» vendredi soir, devant les plus hautes personnalités du Royaume-Uni, pour une réconciliation entre politique et religion. «La religion, n'est pas un problème que les législateurs doivent résoudre, mais elle est une contribution vitale au dialogue national.»

Deuxième application, la cohérence dans la vie interne de l'Église. Avec une insistance -inattendue- sur la crise des prêtres pédophiles. Encore tabou il y a moins d'un an, ce point a été abordé six fois par Benoît XVI! Il a aussi rencontré des victimes. Cinq formules résument sa pensée: «aucune complaisance»; «immense souffrance» pour les victimes; «honte et humiliation» pour l'Église; «traiter ce problème de manière responsable»; et avant de partir, ce dimanche soir, cette phrase: les affaires de pédophilie «minent gravement la crédibilité des responsables de l'Église».

Enfin, Benoît XVI rêve de cette «cohérence» chrétienne avec les Anglicans. Par souci d'apaisement, il n'a que peu abordé le sujet qui fâche: une porte ouverte, il y a un an, dans l'Église catholique pour les anglicans déçus. Et a soutenu que ce n'est pas une «concurrence» mais un «engagement commun pour que la vérité du Christ entre ce monde». Ordinairement très critique, la presse anglaise a été plutôt positive sur l'ensemble de la visite. Six immigrés en garderont toutefois un souvenir détestable. Arrêtés, sur dénonciation, pour «terrorisme présumé», puis relâchés ce dimanche matin, ils avaient plaisanté, à la cantine, sur la papamobile qui «ne résisterait pas à un lance-roquettes!» L'humour anglais a ses limites.

Le cardinal Newman, converti béatifié

Benoït XVI n'a jamais célébré de béatification. Dès le début de son pontificat, il avait laissé cela aux Églises locales, se préservant pour les canonisations. Mais pour John Henry Newman, il a fait une exception. Au point de décider ce 17e voyage à l'étranger à cette fin. Cet intellectuel anglais, né en 1801 à Londres, est d'une intelligence si brillante qu'il est nommé, à 21 ans professeur chercheur à Oriel College, l'un des centres les plus réputés de l'université d'Oxford. C'est aussi un caractère trempé, dont les colères étaient redoutées, qui choisit le célibat alors que l'Église anglicane lui permettrait de se marier. Il participe au «mouvement d'Oxford», un groupe de réformateurs influent dans l'Église d'Angleterre. Mais ses recherches personnelles le conduisent, à 44 ans, à choisir l'Église catholique. De prêtre, il est vite promu cardinal. Parmi ses combats, la liberté de conscience vis-à-vis de l'institution. Il ne cachera pas ses réticences quand le dogme de l'infaillibilité pontificale sera proclamé. Il a profondément influencé deux papes : Paul VI, qui s'est servi de ses intuitions pour le concile Vatican II, et… Benoît XVI, qui se veut l'un de ses disciples intellectuels.

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Source : Le Figaro .fr

Informations complémentaires :

L'Express : Le pape dénonce les "crimes innommables" des pédophiles
Le Monde.fr :
Benoît XVI va béatifier John Newman, l'anglican devenu catholique
Le Point.fr :
La visite à Londres du pape assombrie par des arrestations