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Criseahead.jpgpar Emily Kaiser

WASHINGTON (Reuters) - Il a fallu 5000 milliards de dollars et une coalition sans précédent des pays du G20 pour redresser l'économie après la faillite de Lehman Brothers en 2008. Avec les problèmes de dette souveraine de la zone euro, s'ouvre une nouvelle phase de la crise qui pourrait s'avérer encore plus difficile à régler.

Pour enrayer la panique qui s'est emparée des marchés financiers il y a près de deux ans, les gouvernements ont transféré une quantité gigantesque de dette privée sur les comptes publics. Aujourd'hui, la dette de ces Etats inquiète les investisseurs et aucune échappatoire n'est cette fois envisageable.

La réponse maladroite des Européens à la crise de la dette grecque a montré les difficultés économiques et politiques qui attendent les pays endettés et ceux qui les financent.

Les dirigeants européens n'ont pas encore convaincu les investisseurs qu'ils disposaient d'un plan crédible pour réduire les déficits à court terme et trouver une solution de long terme à la mollesse de la croissance dans la région. En attendant, les marchés restent versatiles et la reprise qui avait été si difficile à obtenir est menacée.

"L'Europe tente de régler un problème de dette en augmentant la dette", déplore Domenico Lombardi, président de l'Oxford Institute for Economic Policy.

Pour régler cette nouvelle phase de la crise, il faudra de l'argent et de la volonté politique, deux éléments qui manquent pour l'instant.

VOLONTÉ POLITIQUE À PROUVER

La panique provoquée par la faillite de la banque d'investissement Lehman Brothers n'a pu être enrayée qu'une fois que les pays du G20 ont montré qu'ils avaient la capacité financière et la volonté politique de mettre un terme à la chute des Bourses.

Les gouvernements ont annoncé l'équivalent de 5000 milliards de dollars (environ 4000 milliards d'euros) de mesures de relance et de garanties sur prêts, même si cela s'est parfois retourné contre eux dans les urnes.

L'Europe pensait avoir pris une initiative sans précédent en annonçant il y a deux semaines un plan de stabilisation de 750 milliards d'euros mais l'accalmie sur les marchés financiers n'aura duré que quelques jours.

Pour Raghuram Rajan, ancien économiste en chef du Fonds monétaire international, un ingrédient essentiel manque au plan des Européens : la volonté politique.

Les marchés ont des doutes sur la capacité des gouvernements à mettre en oeuvre les mesures d'austérité promises et les pays qui ne pourront pas réduire leurs dépenses et augmenter leurs impôts n'auront que deux possibilités : l'inflation ou le défaut de paiement.

L'inflation ne sera pas de grande utilité dans le cas européen car une grande partie de la dette est à court terme, ce qui accroît la probabilité d'un défaut de paiement.

"Quelqu'un doit payer et soit vous payez en imposant des coûts aux contribuables, soit vous payez en imposant ce coût aux créanciers", explique Raghuram Rajan. "Aucune de ces options n'est sympathique."

Les pays considérés comme les maillons faibles de la zone euro - la Grèce, l'Irlande, le Portugal et l'Espagne - ne représentent que 4,0 % de l'économie mondiale et pourtant leurs problèmes suscitent des craintes pour l'ensemble de l'économie.

Les banques qui détiennent de la dette européenne pourraient en effet resserrer les vannes du crédit dans la perspective de lourdes pertes.

AMÉLIORER LA CROISSANCE

Les banques américaines sont exposées à hauteur de 1500 milliards de dollars à l'ensemble de l'Union européenne, selon Edwin Truman du Peterson Institute for International Economics.

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Citigroup évalue à 190 milliards de dollars l'exposition des cinq plus grandes banques américaines à la Grèce, l'Irlande, l'Italie, le Portugal et l'Espagne.

C'est dans ce contexte que le secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner effectuera un détour par l'Allemagne et la Grande-Bretagne à son retour d'une visite en Chine.

Selon Edwin Truman, ancien responsable au Trésor, il devrait demander aux Européens de mettre en oeuvre sans attendre leur plan de stabilisation mais sans coupes radicales dans les dépenses publiques qui pourraient menacer la reprise.

"L'économie mondiale ne pourra se redresser sans une reprise suffisamment solide en Europe", explique l'analyste.

Andrew Busch, spécialiste des politiques publiques à BMO Capital Markets, estime pour sa part que la Banque centrale européenne pourrait faire davantage pour ramener la confiance.

A la différence de ses homologues au Japon, aux Etats-Unis et en Angleterre, elle dispose encore d'une marge de manoeuvre pour réduire ses taux et elle pourrait augmenter les rachats de dettes publiques.

A plus long terme, le défi pour les Européens sera de trouver les moyens d'améliorer la croissance. Malheureusement, les mesures d'austérité nécessaires pour réduire les déficits vont freiner la fameuse croissance qui permettrait d'accélérer l'assainissement des finances publiques.

Avec David Lawder, Gwénaelle Barzic pour le service français, édité par Danielle Rouquié


Source : Reuters

Informations complémentaires :

France-Info (Audio) : Régulation des marchés financiers : l’Europe discute, l’Amérique avance
Le NouvelObs : Washington et Pékin diffèrent sur la crise européenne
20 Minutes.fr : De la crise économique à la crise de la zone euro

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