Le scandale Petraeus : Dallas au Pentagone !

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Tout est dans le titre ; )

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David Petraeus, Paula Broadwell, John Allen et Jill Kelley sont au cœur du scandale qui éclabousse la CIA,
le FBI et jusqu'à l'Otan. © AFP

Retour sur une affaire de mœurs qui ébranle la sécurité intérieure et extérieure des États-Unis.

De notre correspondante à Washington,

Vendredi dernier, le général Petraeus, le patron de la CIA, démissionne pour une affaire de moeurs. Il a fauté avec sa biographe, Paula Broadwell. Le lundi suivant, on découvre qu'une autre femme, Jill Kelley, est au coeur du scandale. Deux jours plus tard, c'est un autre général quatre étoiles, John Allen, qui est impliqué dans un échange d'e-mails apparemment "inappropriés" avec Kelley, puis un agent du FBI se retrouve sur la sellette pour avoir envoyé à Kelley une photo de lui en petite tenue... "Je n'ai pas connaissance d'autres individus qui pourraient être impliqués pour l'instant", a assuré le secrétaire à la Défense, Leon Panetta, en déplacement à Bangkok. "Pour l'instant" ? C'est que ce feuilleton haut en couleur ne fait que commencer.

Mention Fr
 

Récapitulons. Le général David Petraeus était jusqu'à la semaine dernière l'un des militaires les plus influents des États-Unis, considéré comme un modèle de soldat, vénéré aussi bien par les républicains que par les démocrates. Diplômé de West Point et de Princeton, le général "Peaches" (pêches), de son surnom, a fait une carrière brillante. Il a été, entre autres, commandant des forces américaines en Irak et en Afghanistan. C'est à lui que l'on doit la doctrine de la contre-insurrection, qui, au lieu d'essayer de mater par les armes la guérilla, vise à aider et à protéger les populations civiles. Bref, à gagner les coeurs.

En 2008, il est nommé à la tête du commandement central des forces américaines en Asie et au Moyen-Orient, basé à Tampa en Floride. Trois ans plus tard, après 37 ans de service, il quitte l'armée pour devenir directeur de la CIA. Très habile pour courtiser les journalistes, il est aussi connu comme un forçat de l'exercice qui, à 60 ans, court plus de 8 kilomètres par jour.

Tenues sexy

Mais le surhomme a quelques faiblesses. La principale s'appelle Paula Broadwell, une ex-officier brillante de vingt ans sa cadette, accro au sport et aux tenues très sexy, qui a fait West Point. Cette mère de deux jeunes enfants, mariée à un radiologue, a rencontré Petraeus lorsqu'elle faisait des études à Harvard et a écrit sa biographie, ou plutôt son hagiographie, publiée en début d'année. Leur liaison aurait commencé fin 2011. Mais la dame est jalouse et, en mai, elle se met à bombarder Jill Kelley de messages menaçants qui lui ordonnent de rester à distance du général Petraeus. Jill Kelley, 37 ans, est une femme de chirurgien mondaine, connue à Tampa pour ses réceptions fastueuses où elle invite tout le gratin militaire, dont Petraeus et son adjoint le général John Allen. Cette mère de trois enfants, qui se dit consul honoraire de Corée du Sud, a organisé par exemple un grand bal costumé sur le thème des pirates, auquel Petraeus est arrivé avec une escorte de 28 policiers à moto. Les Kelley sont amis des Petraeus et s'invitent régulièrement. Le général se fendra même d'une lettre pour défendre la réputation de la soeur de Kelley, empêtrée dans une bataille judiciaire avec son ex-mari pour la garde de son fils.

Lorsque Jill Kelley commence à recevoir ces courriels anonymes signés "kelleypatrol", elle en parle à un de ses copains, Frederick Humphries, qui travaille pour le FBI. Une enquête est ouverte, car ces messages sont très bien renseignés sur les déplacements de Petraeus et d'Allen, ce qui fait craindre un hacker. En remontant la piste derrière les différentes adresses électroniques, le FBI arrive finalement jusqu'à Paula Broadwell et découvre par là même d'autres courriels torrides échangés avec David Petraeus. On aurait pu croire que le chef de la CIA se méfiait d'Internet, mais non !

Et ce n'est pas tout. En fouillant, le FBI trouve aussi des milliers de courriels entre Jill Kelley et le général John Allen, qui a succédé à Petraeus comme commandant en chef des forces de l'Otan en Afghanistan. Selon les sources, ces e-mails sont soit très explicites soit juste amicaux. Allen, lui, nie la moindre liaison. Quoi qu'il en soit, en deux ans, Allen et Kelley ont échangé une énorme quantité de courriels...

Ananas, torse nu et balade à vélo

Pendant ce temps, Frederick Humphries s'impatiente. Écarté de l'enquête, il est persuadé que l'on essaie d'étouffer l'affaire. Il prend alors son téléphone et alerte un républicain du Congrès qui contacte le FBI. Après plusieurs mois d'enquête, la Maison-Blanche est enfin mise au courant le 7 novembre, au lendemain des élections. Le général Petraeus offre sa démission, qu'Obama accepte. Et le scandale éclate sur la place publique. Avec chaque jour plus de détails croustillants. Quand il est en déplacement, le général Petraeus exige de l'ananas frais à son chevet avant de se coucher ; Frederick Humphries a envoyé par e-mail à Jill Kelley sa photo torse nu ; Paula Broadwell avait imaginé, la semaine dernière, comme cadeau d'anniversaire surprise pour son ex-amant une balade en vélo avec Lance Amstrong, qui n'a évidemment pas eu lieu...

Quant à Jill Kelley, elle doit se mordre les doigts d'avoir déclenché ce scandale à rebondissements. Car les médias se sont mis à disséquer ses finances et ont découvert qu'elle est endettée jusqu'au cou et a au moins neuf procès pour impayés. Il y a quatre ans, elle a acheté avec son mari une maison de 1,5 million de dollars à Tampa, qui devrait être saisie par la banque, car le couple ne paie pas son emprunt. Les Kelley, selon les documents publics, ont créé une fondation caritative pour le cancer en 2005, mais les fonds récoltés ont apparemment servi à payer des voyages, des repas, des réceptions...

Vaudeville ou scandale d'État ?

Mais l'affaire soulève surtout beaucoup de questions. Petraeus a démissionné en s'excusant de "son énorme manque de jugement". Mais avait-il réellement besoin de partir si sa liaison avec Broadwell ne mettait pas en danger la sécurité nationale ? Oui, disent certains, car le patron de la CIA était dans une position vulnérable, où l'on pouvait le faire chanter. Ou est-ce lié, comme le murmurent d'autres, à l'attaque du consulat américain de Benghazi en Libye, qui a coûté la vie à plusieurs Américains et où la CIA a joué un rôle qui doit être éclairci ? Le général Petraeus, dans sa première interview, l'a nié. Il doit témoigner vendredi au Congrès. Plus grave, si, comme le disent les médias, Paula Broadwell avait chez elle des documents classés secret-défense, elle et son amant risqueraient gros.

Ce vaudeville n'est en tout cas pas très glorieux pour les forces armées et les services de renseignements américains. Et embarrasse sérieusement l'administration Obama. Comment le FBI a-t-il pu mener une enquête pendant des mois sans en informer la Maison-Blanche, qui n'a été prévenue, bizarrement, qu'au moment de l'élection ? En attendant, la nomination du général John Allen comme commandant suprême des forces alliées en Europe est bloquée. Quant aux Kelley et aux Broadwell, prudemment, ils ont engagé chacun de leur côté les avocats qui ont défendu Monica Lewinsky au moment du scandale avec Bill Clinton.

 

Source : Lepoint.fr