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Tribune de la Commune à Montréal, par l'intermédiaire de Mecanopolis qui nous parle du G20, à ce sujet ne manquez par le Décodeur à Toronto, on en retiendra cette phrase choc "répétons-le encore une fois : dans le monde, les biens des 200 personnes les plus riches dépassent le revenu total de 41 % de la population mondiale — soit le revenu de plus de deux milliards et demi de personnes"...

Les mauvais mots sont toujours pour les mauvaises personnes, et les mauvaises personnes n’ont généralement… pas un mot à dire. La violence, en ce sens, n’est jamais celle de celui qui en parle. Jamais un politicien, un porte-parole policier ou militaire ou encore — ce qui revient pratiquement au même — un journaliste ne se portera à la défense de la violence. La violence, c’est toujours l’Autre qui l’exerce. Et comme les classes dirigeantes fondent leur légitimité sur la Démocratie et la Liberté, ils ne pourraient, eux qui sont si sensibles et généreux, être des vecteurs de violence.

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Il faut analyser les choses objectivement, disent-ils. Notre société donne la parole aux citoyens : les plus timides consomment — que dis-je ! — votent équitable et signent des pétitions, les plus éduqués écrivent des lettres dans les journaux, les nostalgiques fondent des syndicats, les arracheurs de dents peuvent se présenter aux élections et les plus taquins manifestent pacifiquement. Les plus audacieux peuvent même fonder leur propre entreprise citoyenne, organiser des épluchettes de blé d’Inde pour se financer, faire des macarons, passer des tracts… Ils vont bientôt attirer l’attention des forces de l’ordre, mais bon, s’ils n’ont rien à se reprocher, on se demande bien qui ça peut déranger… N’est-ce pas ça, la démocratie ?

 

 

 

Bien sûr, disent encore les gestionnaires du régime, certaines lamentations sont chroniques : des hippies, des anarchistes, des féministes et des révolutionnaires pas trop propres, il y en aura toujours. On se souvient de la violence «terroriste» du Black Bloc lors du Sommet des Amériques et de la violence «organique» des grévistes de l’ASSÉ qui avaient déféqué dans un bureau gouvernemental — ce qui était faux, mais avait quand même permis au ministre de se débarrasser des revendicateurs au profit d’interlocuteurs plus raisonnables, donc plus abrutis, que sont la FEUQ et la FECQ. Comble d’ironie, on se souvient aussi de la violence des «pacifistes» manifestant contre le départ des troupes canadiennes vers l’Afghanistan. Pour l’occasion, toujours bien en laisse, Mario Roy nous avait parlé, tout en se grattant le derrière de l’oreille avec la patte qui n’écrit pas, de «l’assaut de pacifistes guerriers» (La Presse, juin 2007).

 

 

 

Lors des manifestations contre le G20 à Toronto, malgré la très démocratique répression systématique, la présence de plusieurs milliers de flics (ils en importent de Montréal, c’est tout dire), les nombreuses d’arrestations, les gaz, le mur de plusieurs kilomètres, la méthodique campagne de dénigrement, d’espionnage et d’intimidation… La même chanson est sans surprise gazouillée à l’unisson par les amis de l’ordre, bien sûr, mais également par une certaine gauche réformiste désirant charmer l’opinion publique (cette somme abstraite et contradictoire d’électeurs-clients) en bichonnant son image de marque.

 

 

 

Comme toujours, la violence dépeinte par les scribouilleurs en laisse est attribuée à ceux et à celles qui la subissent. Selon les fins critères sensibles de l’esthétique bourgeoise, l’action directe n’aura jamais l’élégance d’un gracieux coup de matraque. Car si la répression policière a la possibilité de se transfigurer, comme l’eau en vin, en «opération de paix», en «maintien de l’ordre», voire en «protection des manifestants», l’action militante n’a pas ce privilège. Elle est et restera de la violence «apolitique», «irrationnelle» et «terroriste».

 

 

 

Tout le monde le sait, mais comme beaucoup de gens — même de gauche — écoutent trop la télé, répétons-le encore une fois : dans le monde, les biens des 200 personnes les plus riches dépassent le revenu total de 41% de la population mondiale — soit le revenu de plus de deux milliards et demi de personnes ; au Canada, le salaire des plus grands dirigeants est de 174 fois plus élevés que celui du travailleur ordinaire et le salaire national moyen est gagné par les plus gras des PDG en une demi-journée de travail. Partout sur terre, des gens meurent parce que leur vie est inutile ou nuisible à l’accumulation du capital ; d’autres sont tués par nos armées sans même que les journaux n’en fassent mention ; des centaines de milliers d’enfants naissent, grandissent et meurent dans des dépotoirs ; des millions de jeunes filles sont vendus sur le marché international… Ajoutons que l’étalage indécent des marchandises protégées par les sbires de l’État est violence pour celui qui ne peut se les payer. Et ajoutons encore, accessoirement, que la planète se dégrade à un tel rythme que l’époque grise et terne qui est la nôtre pourrait bien être … la dernière.

 

 

 

Le mandat officiel du G20 est de «promouvoir la stabilité financière internationale». C’est contre cette stabilité de fosse commune que les gens vont manifester dans des sommets comme celui de Toronto. À la violence systématique, froide et calculatrice, ils opposent la force de leur propre volonté d’émancipation. Non seulement ils subissent la répression brutale des forces de l’ordre, mais doivent, à peine remis de leurs émotions, subir la matraque des flics de papiers, ceux que notre société appelle trop généreusement les «journalistes».

 

 

 

Et si la gauche radicale utilise une certaine violence — minime et symbolique, du moins pour le moment — il ne faut pas perdre de vue que son action vise, justement, la fin de la violence. Elle est destructrice, il est vrai, mais destructrice de destruction. Négatrice de la négation, elle est affirmation de liberté et de dignité. Car il sera toujours moins violent de brûler une banque que d’en ouvrir une.

La Commune (Montréal)

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Source : Mecanopolis