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Voici un article extrêmement intéressant de Mediapart proposé par chalouette, qui permet de faire un bonne analyse de l'organisation et des méthodes du «Château»

44080 Gueant Une Dieudoone
Claude Gueant

Une semaine après notre interpellation de Nicolas Sarkozy sur l'espionnage des journalistes, Mediapart attend toujours la plainte en justice de l'Elysée.

Cette poursuite en diffamation avait été publiquement annoncée, samedi 6 novembre, par le secrétaire général de la présidence, Claude Guéant, précisant qu'elle prendrait la forme d'une citation directe auprès de Mediapart. Nous ne l'avons donc pas encore reçue mais l'avocat du secrétaire général de l'Elysée a confirmé qu'elle est en cours d'élaboration.

Cette plainte serait une déclaration de guerre non seulement à la liberté de la presse, mais à la démocratie qui la fonde et la légitime. Depuis quarante ans et la présidence de Georges Pompidou (1969-1974), qui avait l'excuse de s'alarmer de rumeurs calomnieuses visant l'honorabilité de son épouse, jamais la Présidence de la République n'a pris le risque de poursuivre directement un organe d'information. Ce faisant, les prédécesseurs de Nicolas Sarkozy manifestaient leur respect symbolique d'un principe constitutionnel : le droit à l'information des citoyens, la liberté d'interpellation de la presse, le libre questionnement des journalistes. Le droit, en résumé, d'apostropher des personnages et des autorités qui ont infiniment plus de pouvoir que le commun des citoyens.

Cela ne faisait pas de ces présidents des saints démocrates pour autant, et l'affaire des écoutes de l'Elysée sous la présidence de François Mitterrand (1981-1995) – dont je fus l'une des cibles et qui fut sanctionnée par la justice – nous rappelle que la détestation du journalisme indépendant est la compagne naturelle du pouvoir personnel et de son esprit de cour. Mais ni François Mitterrand, ni Jacques Chirac (1995-2007), ni même Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981) n'ont décidé de poursuivre un journal qui interpellait légitimement la présidence sur une grave question d'intérêt public. Il faut donc croire que, du haut de sa toute-puissance qui cache son immense faiblesse, l'hyperprésidence sarkozyste ne le supporte plus et entend, plus que jamais, intimider, fragiliser et isoler le journalisme qui la dérange. Tel est le sens politique de cette plainte judiciaire annoncée par l'Elysée : faire taire les questions dérangeantes, impressionner les médias complaisants, mettre à l'index les journalistes impertinents.

Il suffit de relire mon article du 3 novembre (en français ici et en anglais là) pour constater qu'il pose des questions légitimes à partir de faits indiscutables intervenus depuis juillet dernier : les violences verbales du pouvoir contre les journalistes trop curieux ; l'espionnage téléphonique policier de ces mêmes enquêteurs pour connaître leurs sources ; les mystérieux vols et cambriolages concomitants dont ils ont été les victimes. Tous ces événements concernent au premier chef Mediapart puisqu'ils ont pour contexte les deux affaires qui inquiètent, voire affolent, Nicolas Sarkozy, les dossiers Karachi et Bettencourt dont nous avons été, sous les plumes de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, les initiateurs. Deux dossiers qui ont pour point commun de mettre en difficulté l'actuel président de la République sur le terrain des financements politiques illégaux, en 1995 lors de la campagne d'Edouard Balladur, en 2007 lors de la sienne.

Nous sommes d'autant plus légitimes à interpeller le pouvoir que nous sommes la cible évidente de ces manœuvres de l'ombre. Et que cette persécution aussi illégale que déloyale est de notoriété publique. Depuis la mise en ligne de cet article que Nicolas Sarkozy, via son secrétaire général, Claude Guéant, entend poursuivre, nos informations sur l'espionnage des journalistes de Mediapart ont été confirmées en cascade par de nouvelles révélations. C'est ainsi que Le Canard enchaîné, L'Express et France Info – mais aussi d'autres organes de presse, à des degrés divers – ont apporté des précisions sur les surveillances téléphoniques de nos journalistes.

Dans Le Canard enchaîné du 10 novembre, Claude Angeli affirme que, sous de fallacieux prétextes « républicains », des surveillances policières couvertes par le « secret défense » ont visé « les journalistes de Mediapart [qui] s'intéressent beaucoup trop à l'affaire Woerth-Bettencourt et aux éventuelles rétrocommissions encaissées après la livraison de sous-marins au Pakistan (l'affaire Karachi, ndlr) ». « Deux dossiers on ne peut plus gênants pour l'Elysée, ajoute notre confrère, lui-même visé par une plainte du patron de renseignement intérieur, la DCRI, Bernard Squarcini. Les fadettes de ces confrères seront “auscultées”, comme l'ont été les ordinateurs d'officiers saisis à l'Ecole militaire. » Les fadettes (ou fadets) – un acronyme de « factures détaillées » – sont les listes d'appels entrants et sortants permettant de connaître les contacts d'un journaliste.

Rédacteur en chef de l'hebdomadaire satirique, Claude Angeli nous a confirmé que, selon ses propres sources dans les milieux policiers du renseignement, les téléphones portables de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme ont ainsi été espionnés. Bien avant l'irruption de l'affaire Bettencourt, ce serait l'affaire Karachi qui aurait motivé ces surveillances, enquête potentiellement explosive qui les mobilise depuis deux ans, sur laquelle ils ont publié un livre implacable et que nous avons pédagogiquement résumé dans un web-documentaire. Cette immense affaire politico-financière a pour décor les ventes d'armes françaises à l'étranger, pour acteurs les personnels des arsenaux de constructions navales et pour point de départ un attentat à Karachi, au Pakistan.

N'ayant vent d'aucune affaire d'espionnage concernant des journalistes ni d'aucune procédure judiciaire pour violation du secret défense, Mediapart s'interroge donc sur la déclaration faite, cette même semaine, à L'Express du 10 novembre, par Frédéric Péchenard, le directeur général de la police nationale (DGPN), et, à ce titre, supérieur direct de Bernard Squarcini. Après avoir nié avec fermeté toute surveillance de ses services contre les journalistes, le patron de la police, accessoirement ami d'enfance de Nicolas Sarkozy, ajoute de lui-même : « Il arrive, bien sûr, que des journalistes soupçonnés d'espionner au profit d'une puissance étrangère ou de compromettre des secrets liés à la défense nationale soient surveillés. Mais ils le sont comme tout citoyen suspecté de violer la loi. »

Est-ce à dire qu'au prétexte que l'affaire Karachi concerne des puissances étrangères – la livraison de vedettes armées au Pakistan – et qu'elle se heurte sans cesse au « secret défense » – lequel est même opposé aux curiosités parlementaires –, les journalistes de Mediapart ont été la cible de surveillances policières ? Car c'est, de tout temps, la ruse utilisée par les services secrets pour violer la liberté de la presse et porter ainsi atteinte au droit de savoir des citoyens : habiller de motifs graves, concernant la défense nationale ou des menaces étrangères, des curiosités qui n'ont d'autre objectif que de protéger les occupants momentanés du pouvoir exécutif, menacés par des révélations sur leurs turpitudes, anciennes ou présentes.

Cette question est d'autant plus pertinente que, ce même 10 novembre 2010, des révélations de France Info ont confirmé la réalité de cet espionnage téléphonique illégal. Et que, désormais, nous n'en sommes plus au stade des questions mais à celui des certitudes : il est établi qu'en s'appuyant sur une interprétation laxiste de la loi de 1991 sur les écoutes téléphoniques, des policiers chargés des surveillances partisanes demandées par l'Elysée ont obtenu un accès direct aux opérateurs de téléphonie sans attendre l'autorisation de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS). C'est ainsi qu'ils ont pu, pratiquement en temps réel, connaître les contacts, relations et sources des journalistes ciblés par la présidence. Et c'est pourquoi la presse étrangère, moins révérencieuse que nos médias hexagonaux, n'hésite pas à évoquer d'ores et déjà un « Sarkogate ».

La loi sur les écoutes téléphoniques a été contournée

C'est donc une radio du service public qui a dévoilé le pot aux roses, en montrant que ces pratiques illicites inspirées par l'Elysée ont fini par alarmer l'hôtel Matignon. Chef du service « Enquêtes » de France Info,
Matthieu Aron a dévoilé une note « Confidentiel défense » adressée, courant octobre, par le directeur de cabinet du premier ministre au ministère de l'intérieur. Principal collaborateur de François Fillon, Jean-Paul Faugère y souligne que la loi interdit aux services de renseignement de se procurer directement les factures détaillées auprès des opérateurs de téléphone. Cette note fait suite au réveil tardif de la CNCIS qui, en septembre, comme Mediapart l'avait raconté sous la plume d'Erich Inciyan, a fini par s'inquiéter de ce détournement de la loi quand ont été révélées les surveillances téléphoniques ayant servi à dévoiler une supposée source d'un journaliste du Monde, Gérard Davet, au cabinet du ministre de la justice.

« L'article 20 de la loi de 1991 sur les interceptions de sécurité ne peut être invoqué pour recueillir des données personnelles », précise cette note venue de l'hôtel Matignon, selon France Info, qui ajoute, à propos de l'espionnage des journalistes : « Ce ne sont donc plus quelques journalistes qui le dénoncent mais Matignon qui, en quelque sorte, en atteste... Implicitement, cette note reconnaît en effet que cette pratique a bel et bien existé. Et qu'elle est illégale, contrairement à ce qu'ont affirmé, au début de cette affaire, Frédéric Péchenard et Bernard Squarcini. » France Info cite aussi un porte-parole de France Télécom, affirmant que « depuis deux ans, les réquisitions qui leur étaient faites par le biais de l'article 20 de la loi de 1991 étaient en augmentation constante ». Et L'Express, juste avant l'interview de Frédéric Péchenard, affirme que « depuis le début de l'année, la DCRI a tenté d'identifier les auteurs de fuites, non pas à destination d'un service étranger ou d'une organisation terroriste comme cela est d'usage, mais vers la presse ».

Sous divers prétextes de circonstance qui évoquent, presque mot pour mot, les motifs fallacieux des écoutes élyséennes sous François Mitterrand – intérêt supérieur de l'Etat, protection du chef de l'Etat, sécurité de la défense nationale, etc. –, des surveillances ont donc été effectuées pour servir le bon vouloir présidentiel, ses humeurs ou ses craintes. Ce sont ces mêmes raccourcis qui ont été utilisés lors des rumeurs sur la vie privée du couple présidentiel, et l'on comprend dès lors que
l'ex-ministre Rachida Dati, qui en fut la victime au printemps, invite à « ne pas prendre à la légère » l'espionnage des journalistes. Sans même parler de leur illégalité, ils relèvent de l'abus de pouvoir, comme l'a amplement établi, en 2005, le procès des écoutes téléphoniques de l'Elysée : le travail d'un journaliste, ses contacts et ses enquêtes, ses relations et ses sources, doivent être protégés des curiosités du pouvoir exécutif.

Ces pratiques sont d'autant plus inadmissibles qu'elles prolifèrent
à l'abri d'un « secret défense » qui les couvre de façon illégitime. Justement dénoncée par Dominique de Villepin, lui-même ancien secrétaire général de l'Elysée, l'inégalité flagrante des armes suffit à justifier notre interpellation de cette présidence sur ces menées anti-démocratiques qu'elle initie et cautionne. Ainsi donc on nous espionne, et quand nous demandons des explications, on nous oppose un « secret défense » dévoyé, sans aucun rapport avec la défense nationale, pour nous empêcher de prouver ce que nous savons, de sources sûres et fiables ! Ce secret a même été opposé par la police nationale au procureur de la République de Paris quand il a demandé des précisions sur l'espionnage téléphonique dont a été victime notre confrère du Monde. Il a également été l'alibi d'un sidérant huis clos lors de l'audition de MM. Péchenard et Squarcini à l'Assemblée nationale par la délégation parlementaire au Renseignement.

Ces deux policiers, dont les carrières brillantes,
à la Police judiciaire pour l'un, aux Renseignements généraux pour l'autre, ne se résument pas à leur proximité avec l'actuel président de la République, sont aujourd'hui placés dans une situation inconfortable, à tout le moins. Ils sont interpellés sur des actes dont ils ne sont pas les ordonnateurs, mais dont ils furent les exécutants. Car c'est évidemment à l'Elysée que sont fixées ces priorités policières n'ayant rien à voir avec les missions de la police républicaine. Et c'est pour l'avoir écrit, en interpellant directement le président de la République, que Mediapart est aujourd'hui la cible particulière de la présidence.

Claude Guéant, un « vice-président » partisan

Personne n'est dupe : si c'est Claude Guéant qui nous poursuit, c'est en fait Nicolas Sarkozy qui nous attaque. En rapportant ce que nous disaient des sources au cœur de l'Etat sur le rôle clé du secrétaire général de l'Elysée dans cette inquisition policière contre la liberté de l'information, nous entendions illustrer l'implication directe de la présidence de la République dans ce climat délétère et nauséabond. En l'espèce, M. Guéant n'a pas d'existence propre : il est le bras droit, le double ou le second du chef de l'Etat. Ce qu'il fait – chercher à connaître nos sources ou nous poursuivre en justice –, c'est ce que veut le président de la République.

Son engagement politique auprès de Nicolas Sarkozy est total, sans distance ni réserve. Depuis 2007, la fonction de secrétaire général de la présidence a changé de nature. Ce n'est plus un rouage fonctionnel, c'est un relais partisan.
Préfet à la retraite depuis le début de cette année, Claude Guéant est aujourd'hui un citoyen militant, totalement engagé dans la construction d'une hyperprésidence qui concentre les pouvoirs à l'Elysée et réduit l'existence du gouvernement. Son dévouement à la cause personnelle de Nicolas Sarkozy, au détriment de l'intérêt général, de l'équilibre des pouvoirs et du respect du pluralisme, n'a jamais été pris en défaut.

« Cardinal, Premier ministre bis, vice-président... »
 : ainsi était-il défini dès septembre 2007 par
Le Point, dans un portrait auquel il avait lui-même contribué et où il était décrit – c'était même le titre – comme « l'homme le plus puissant de France ». « Les deux grands ministères régaliens de l'Intérieur et de la Défense sont placés sous sa tutelle de fait, ainsi que les services de renseignement, d'ordinaire rangés sous l'autorité de Matignon », pouvait-on lire sous les signatures de Hervé Gattegno et Sylvie Pierre-Brossolette. Précisant qu'il « supervise, en expert, toutes les nominations sensibles », les deux journalistes ajoutaient : « Chez lui, la vocation policière est précoce. » Directeur général de la police nationale lors du second passage de Charles Pasqua au ministère de l'intérieur (1993-1995), Claude Guéant, précisaient-ils, « s'est employé, depuis lors, à reconstituer le corps des anciens “réseaux Pasqua” », complétés par « un groupe de fidèles dont le point commun est d'être tous passés par les Hauts-de-Seine, terre d'élection de l'actuel chef de l'Etat ».

Evoquant les nominations de Frédéric Péchenard et Bernard Squarcini aux postes clés de la police nationale, cet article bien informé décrivait une situation hiérarchique conforme à ce que nos sources nous ont rapporté. Ils « savent qui est leur supérieur direct », écrivaient nos confrères, avant de citer « un membre du sérail sarkozyste » : « C'est Sarko qui les a faits rois, mais c'est à Guéant qu'ils rendent compte. » Lui-même cité, le président de la République décrivait ainsi le rôle de son (de fait) « vice-président » : « Guéant met en musique ma politique. Je perce le trou, il taille le tunnel. J'ai une totale confiance en lui. »

Ce portrait d'il y a trois ans n'a aucunement vieilli, l'expression publique de plus en plus fréquente du secrétaire général de l'Elysée ayant signifié à l'opinion son nouveau rôle partisan et non plus seulement fonctionnel. « Claude Guéant, le vice-président », titrait ainsi
Le Monde du 3 avril dernier. Cet autre portrait le décrit comme une « sorte de vice-président à la française passé du statut d'homme de l'ombre à celui de numéro deux du pouvoir ». Est-il besoin de souligner que ce constat apparemment clinique résume un coup d'Etat institutionnel puisque les Français n'ont jamais élu de vice-président, à la différence du peuple américain ? « Va voir Claude ! Ce sera comme si tu me voyais » : placée en conclusion de cet article, cette phrase prêtée au président de la République résume bien la situation : Claude Guéant fait ce que Nicolas Sarkozy veut.

Le procès de la part d'ombre de cette présidence

C'est donc ce « vice-président », le secrétaire général de l'Elysée en titre, qui fut l'organisateur et le coordonnateur du premier acte de la campagne présidentielle lancée cet été contre la liberté de l'information. Un acte public qui allait être, en quelque sorte, le prologue des actes obscurs, leur servir d'alibi ou d'encouragement. Il s'agit évidemment de la campagne extrêmement violente lancée contre Mediapart début juillet après nos révélations, dans le feuilleton Bettencourt, sur les soupçons de financement illicite de Nicolas Sarkozy et de sa campagne présidentielle. Loin de cacher son implication personnelle dans cet acte partisan, Claude Guéant l'a revendiqué, commentant publiquement l'audition policière de l'ex-comptable des Bettencourt et, surtout, laissant filtrer dans la presse son rôle central.

Mieux informé que Mediapart, et c'est bien compréhensible, sur la vie interne de l'Elysée, Le Point a ainsi rapporté, le 15 juillet, sous le titre « Les secrets d'une contre-attaque », comment Claude Guéant a organisé, dans son bureau du palais présidentiel, la réunion partisane où il fut décidé de calomnier Mediapart. Ce n'était en aucun cas une réunion fonctionnelle, entre serviteurs de l'Etat chargés de protéger la fonction présidentielle. Y participaient en effet des ministres dont les attributions n'avaient aucun rapport avec le sujet traité (notamment Christian Estrosi, ministre de l'industrie, et Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la famille) ainsi que le secrétaire général du parti majoritaire, l'UMP, Xavier Bertrand.

Lors de cette réunion qui, le mardi 6 juillet, « se tient autour de Claude Guéant », rapporte Le Point, sont définis « les “éléments de langage” retenus contre le site Mediapart » : « “Parlons de fascisme”, suggère l'un d'eux (parmi les présents), racontent trois journalistes de l'hebdomadaire. Un autre va encore plus loin : “Il faut comparer Edwy Plenel à Goebbels !” Une grossière désinvolture vis-à-vis de l'Histoire... In fine, Bertrand parlera de “méthode fasciste” et Estrosi de “presse des années 30” ». Deux jours plus tard, le 8 juillet, c'est Claude Guéant lui-même qui fustigera, comme l'a rapporté Le Figaro, « des procédés de caniveau pour mettre à mal notre pays ». « On décide de continuer la stratégie de pilonnage contre Mediapart, poursuit Le Point. Le président observe qui monte au front. »

L'homme qui annonce vouloir nous poursuivre est donc, notoirement, celui qui a lancé une campagne diffamatoire contre nous – la plainte de Mediapart contre le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, qui nous a attribué des « méthodes fascistes » est en cours d'instruction. Campagne qui, on l'a vu, est allée de pair avec des surveillances téléphoniques policières, de même qu'elle a installé le contexte de violence symbolique dans lequel s'inscrivent les mystérieux vols et cambriolages dont ont été victimes les journalistes en vue de l'affaire Bettencourt, aussi bien à Mediapart qu'au Monde et au Point.

De ce point de vue, l'article de Mediapart ne faisait que rapporter des informations obtenues de sources policières semblables à celles que rapportait, au même moment, Libération sous la plume de Patricia Tourancheau : « Dans le milieu du renseignement, écrivait notre consœur le 4 novembre, deux sources nous expliquent que “les experts en la matière” se situent “bien plus haut” que les services : “à demeure, au Château”, c'est-à-dire à l'Elysée. L'un de ces officiers évoque, sibyllin, un membre éminent du cabinet présidentiel, dirigé de main de maître par Claude Guéant, ancien patron de la police nationale. »

Nous attendons donc avec sérénité la plainte de Claude Guéant. L'Elysée contre Mediapart : puisque tel est le défi qu'ils nous lancent, nous saurons faire de ce procès celui de la part d'ombre de cette présidence. Et nous en ferons un procès en défense de la liberté de la presse, du libre accès à l'information, du droit des citoyens à informer les journalistes, bref en défense d'une démocratie véritable, où le secret est l'exception, et la transparence la règle. Nous apporterons des preuves, présenterons des témoignages et prouverons notre bonne foi. Et le premier des témoins que nous ferons citer à la barre sera évidemment celui qui nous poursuit en se cachant derrière son exécutant : Nicolas Sarkozy.

Car, dans cette instance judiciaire, Claude Guéant ne saurait prétendre à une existence en propre : la meilleure preuve qu'il n'est que la doublure du président de la République, c'est qu'à l'inverse du procès qu'il entend nous faire, nous ne pourrions le poursuivre à armes égales. La stupéfiante décision récemment rendue par le parquet de Paris dans l'affaire des sondages de l'Elysée étend en effet « aux actes effectués au nom de la Présidence de la République par ses collaborateurs » l'irresponsabilité pénale dont jouit le président de la République durant son mandat.

Si ce procès a bien lieu, il mettra en évidence ce royaume ubuesque qu'est devenue, sous cette présidence, la République française. Un royaume où les serviteurs du Prince peuvent poursuivre les journalistes, tandis que les citoyens que nous sommes sont empêchés de le faire. En d'autres temps de basses eaux démocratiques, les années 1950 de la guerre d'Algérie, François Mauriac (1885-1970) écrivait dans son Bloc-notes de L'Express ceci, qui nous inspire encore : « Je doute s'il existe pour la presse un crime d'indiscrétion. Mais il existe un crime de silence. Le jour du règlement de comptes, nous ne serons pas accusés d'avoir parlé mais de nous êtres tus. »

Soyez donc assurés, chers lecteurs, qu'avec votre soutien, procès ou pas, Mediapart ne se taira jamais.

12 Novembre 2010 Par Edwy Plenel

Source : Mediapart, Abonnez-vous à Mediapart!

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