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Le pouvoir n'hésite même pas face au chaos, tir tendu à balle réelle sur la foule en représailles...

BANGKOK (AP) — Les affrontement entre soldats et manifestants anti-gouvernementaux se sont poursuivis samedi matin dans le centre de Bangkok, alors que le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon a appelé à la fin des violences qui ont fait 16 morts et au moins 157 blessés, dont un journaliste canadien, depuis jeudi soir.

Les violences ont éclaté après la décision jeudi de l'armée de boucler le camp des opposants, qui recouvre une surface de trois kilomètres carrés dans le quartier commercial de Rajprasong, où quelque 10.000 manifestants des "Chemises rouges", dont des femmes et enfants, s'entassent depuis le 3 avril.

Elles ont connu une escalade après un tir contre un général renégat, considéré comme un conseiller militaire des protestataires, alors qu'il s'entretenait avec des journalistes étrangers. Khattiya Sawasdiphol a été grièvement blessé par balle à la tête et se trouvait encore vendredi dans le coma. Il pourrait "mourir à tout moment", a estimé un médecin.

Dans la nuit de vendredi à samedi, des explosions et des coups de feu ont retenti aux principaux carrefours du quartier de Rajprasong. Selon la télévision locale, des grenades ont touché un centre commercial et une station de train aérien. De la fumée s'élevait des pneus en feu jonchant les rues désertes du quartier.

Dans un message adressé depuis New York, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé les deux parties à "faire tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter de nouvelles violences et pertes de vies humaines".

Toutefois, un chef des manifestants, Jatuporn Prompan, a estimé samedi matin que "la situation se rapproche d'une guerre civile à chaque minute". "Nous devons continuer le combat", a-t-il ajouté.

Un autre responsable des Chemises rouges, Weng Tojirakarn, a appelé samedi le gouvernement à déclarer le cessez-le-feu et à retirer ses troupes. "Nous ne voulons pas de guerre civile. Si cela devait se produire, je ne sais pas combien d'années il faudrait pour y mettre fin", a-t-il déclaré.

"Les Chemises rouges semblent déterminées à un combat prolongé, et le gouvernement semble aussi déterminé à mettre fin aux manifestations", a estimé pour sa part Tyrell Haberkorn, un politologue de l'Australien National University.

D'abord circonscrites à une petite zone abritant plusieurs ambassades, les émeutes s'étaient étendues vendredi après-midi à plusieurs secteurs alentour. Dans l'une des zones d'affrontements, des soldats accroupis derrière un parapet tiraient à balles réelles et lançaient des gaz lacrymogènes. Des véhicules de l'armée sillonnaient à vive allure des rues désertes jonchées de pierres et de débris. Des protestataires reculaient, lançant pierres et insultes.

"Nous sommes encerclés. Nous sommes écrasés. Les soldats sont en train de nous cerner. Ce n'est pas encore la guerre civile, mais c'est très, très cruel", a déclaré à l'Associated Press Weng Tojirakarn, un des responsables des "Chemises rouges".

"Je n'ai jamais rien vu de tel", ajoutait pour sa part Kornvika Klinpraneat, qui travaille dans un supermarché du quartier. "C'est comme une guerre civile. La bataille a lieu au milieu de la ville et des personnes innocentes sont blessées et tuées".

"Notre politique n'est pas de disperser les manifestants", a déclaré vendredi soir le porte-parole du gouvernement Panitan Wattanayagorn. "Notre mission est de mettre en place des points de contrôle et de resserrer" la zone autour de la protestation, mais "il y a eu des tentatives pour agiter les officiers", a-t-il ajouté.

Le porte-parole a précisé à la télévision thaïlandaise que les forces de sécurité n'étaient pas entrée dans le campement des "Chemises rouges", mais avaient été attaquées et forcées de se défendre. Les efforts sécuritaires seront accrus dans les prochains jours et "de nombreux lieux seront bientôt sous contrôle", a-t-il affirmé.

Parmi les victimes se trouvaient notamment un cameraman et un photographe thaïlandais. Un correspondant canadien anglophone de la chaîne internationale française France 24, Nelson Rand, a été touché de trois balles mais se trouvait hors de danger après avoir subi une opération, a précisé France 24. Le ministère français des Affaires étrangères a déploré cet incident "grave".

Nelson Rand a subi "une très très longue opération chirurgicale qui a duré plus de quatre heures. Il a été très très lourdement touché, à la jambe, à l'abdomen et aussi au bras. (...) Selon les chirurgiens, sa vie n'est pas en danger pour autant. Il a été grièvement blessé par trois balles de fusil d'assaut M16", a raconté son collègue présent sur place, Cyril Payen.

Depuis le début du mouvement de contestation, le 12 mars, les violences ont fait 43 morts et plus de 1.400 blessés. Ces deux journées de violence sont les plus meurtrières depuis celle du 10 avril, où 25 personnes avaient été tuées et 800 autres blessées.

Les "Chemises rouges", pour la plupart des Thaïlandais pauvres venant des campagnes, se sont élevés contre le gouvernement pour tenter d'obtenir la dissolution du Parlement et la convocation de législatives anticipées. Ils accusent le gouvernement de coalition d'être arrivé illégalement au pouvoir avec le soutien de l'armée à l'origine du coup d'Etat de 2006 qui a renversé l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra, chef de file des "Chemises rouges".

Le 3 mai, le chef du gouvernement Abhisit Vejjajiva a proposé des élections pour le 14 novembre. Mais de nouvelles revendications des dirigeants du mouvement sont venues doucher l'espoir de compromis et de résolution pacifique de la crise. AP

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Source : NouvelObs

Informations complémentaires :

France2.fr : Nouveaux heurts à Bangkok, le bilan s'alourdit
CCTV : Thaïlande : affrontements entre Chemises Rouges et forces gouvernementales
AFP : Heurts à Bangkok: un mort et plusieurs blessés dont un général pro-rouge

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