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Les conservateurs remportent les élections, mais les petits partis font des gains spectaculaires

Podemos 21 12 2015
Photo: Pedro Armestre Agence France-Presse Des partisans du parti Podemos célèbrent les gains faits par
leur formation à cette élection qui rompt avec la dynamique habituelle en Espagne.

Les Espagnols ont donné dimanche la victoire au Parti populaire (PP) du premier ministre sortant, Mariano Rajoy, mais ils ne lui ont pas accordé la majorité, et encore moins les rênes d’un nouveau gouvernement. L’élection, l’une des plus indécises que l’Espagne ait connues, a cependant fait ressortir une certitude : le pays a bel et bien tourné le dos à ses partis traditionnels.

Officiellement, le PP a remporté les élections générales. Mais avec 28,7 % des voix et 123 sièges au Parlement, le parti conservateur est loin de la majorité absolue, qui requiert 176 sièges sur les 350 disponibles. Derrière le PP, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), lui aussi bien implanté dans le paysage politique, a récolté 90 sièges.

Dans un contexte de crise économique et de corruption, ce sont donc les nouveaux partis qui ont émergé : Podemos, parti d’extrême gauche né il y a moins de deux ans de l’impulsion du mouvement des Indignés, a obtenu 69 sièges. Ciudadanos, jeune parti centriste opposé au nationalisme catalan, a terminé avec 40 sièges.

« Le changement qu’on a observé dans les dernières années vient de se matérialiser », a analysé le chercheur postdoctoral catalan Marc Sanjaume, affilié à l’Université du Québec à Montréal, quand Le Devoir l’a joint à Barcelone. « Le bipartisme entre les conservateurs et les socialistes vient de tomber de façon assez claire. Même si, ensemble, les deux partis récoltent plus de 50 % des voix, ils sont loin d’avoir une majorité ou une majorité absolue, comme ça s’est vu dans le passé. C’est un changement énorme. » En 2011, le PP avait récolté 45 % des suffrages et le PSOE, 28,7 %.
 

L’Espagne dans l’incertitude

L’Espagne, qui n’a pas une tradition de gouvernements de coalition au niveau étatique, est désormais plongée dans l’incertitude. Des jours ou des semaines de négociations pourraient être nécessaires pour décerner qui gouvernera le pays. Il sera extrêmement difficile pour le PP de former un gouvernement, prédisent déjà les observateurs.

Même si le parti de Mariano Rajoy s’unissait avec Ciudadanos, son allié le plus naturel, il n’obtiendrait pas la majorité. Un scénario du type « coalition de perdants », entre le Parti socialiste, le Ciudadanos et le Podemos, est évoqué, même si le premier ministre sortant a annoncé qu’il allait tenter de former un gouvernement.

« C’est une victoire du PP, mais il pourrait se produire quelque chose d’insolite en Espagne, que le vainqueur finisse par ne pas gouverner », a ainsi observé Jordi Matas, professeur de sciences politiques de l’université de Barcelone, en entrevue à l’Agence France-Presse.

« Le Parti populaire sortant a été réélu, mais avec une minorité seulement, ce qui le place à risque qu’une alliance le chasse du pouvoir », a aussi estimé Marc Sanjaume.

Chose certaine, l’instabilité politique n’annonce rien de bon en Espagne, où environ la moitié des jeunes et le quart de la population sont au chômage. « C’est sûr que demain [lundi] matin, les marchés vont tomber. On mettra donc de la pression sur les deux grands partis pour qu’ils forment une coalition », a prédit M. Sanjaume.

Le problème, c’est que les nouveaux partis « n’ont aucun bénéfice » à tirer d’une alliance avec les vieux partis, selon le politologue. « Ils sont là pour changer la politique, et non pas pour faire élire le président que l’on vient d’avoir », a-t-il souligné.

À preuve, le chef de Podemos, Pablo Iglesias, a annoncé que « l’Espagne ne sera plus la même, et nous en sommes très heureux ».

Et la Catalogne ?

En Catalogne, le parti Podemos arrive en tête, faisant passer le pouvoir à gauche. Mais devant l’attitude fermée des deux grands partis à leurs ambitions souverainistes, les Catalans ne se font pas d’illusions. « L’espoir d’un gouvernement espagnol prêt à reconnaître le droit de décider du peuple catalan reste un rêve », a déclaré M. Sanjaume.

En campagne, l’argument anti-indépendance de la Catalogne a été maintes fois utilisé. « Les socialistes évoquent le manque de solidarité des Catalans avec le reste de l’Espagne. Les conservateurs disent que les Catalans brisent la loi ou empêchent la paix », a résumé le chercheur.

Selon lui, le scénario idéal en serait un inspiré du mouvement indépendantiste écossais, avec un gouvernement espagnol prêt à essayer la voie de la négociation. « Si ça n’arrive pas, les souverainistes catalans auraient à suivre la voie de l’unilatéralité », a-t-il prévenu. « Mais c’est très compliqué. »

 

Source : LeDevoir.Com Avec l’Agence France-Presse

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