Malgré la pression croissante des grandes puissances comme les États-Unis, la Chine ou la Russie, la petite île arctique a rejeté, samedi, dans un vote serré, la réouverture des négociations d’adhésion à l’Union européenne.
Publié le

« Nei ! »
Les Islandais ont dit « non »
à 52,8 % à une réouverture des négociations d’adhésion avec l’Union européenne (47,2 % pour le « ja »
). Un vote qui a tout d’une fracture… Car les 395 000 habitants de l’île s’avèrent si partagés qu’il aura fallu la nuit entière pour connaître le résultat du référendum de samedi. À la veille du scrutin, déjà, les jeunes se disaient majoritairement réticents (60 %) : leur île richement dotée n’a, selon eux, pas besoin de l’UE
, résume la chaîne de télévision RUV. Même rejet des agriculteurs et surtout des pêcheurs. Ces derniers, qui assurent 40 % des exportations de l’île, redoutaient plus que tout de se voir imposer des quotas par Bruxelles.
De quoi faire vaciller le gouvernement ?
Ce rejet est d’abord un camouflet pour la Première ministre pro-européenne Kristrun Frostadottir. Depuis son arrivée au pouvoir, fin 2024, la dirigeante sociale-démocrate a porté la campagne du oui
comme un fardeau. Un serpent de mer qu’elle savait potentiellement venimeux tant il déchire ses deux alliés de coalition : l’europhile Parti de la Réforme (libéral) a exigé ce scrutin pour soutenir son gouvernement… mais l’anti-système Parti du Peuple (centre-gauche) a désavoué la Première ministre en militant aux côtés de l’opposition de droite contre une reprise du dialogue avec Bruxelles.

Bis repetita ?
L’Islande n’en était pas aux préliminaires avec l’UE. En 2009, au lendemain d’une crise financière mondiale qui l’avait plongée dans la faillite, l’île avait déjà engagé des discussions d’adhésion avec Bruxelles. Avec un certain succès : en un temps records, onze des trente-cinq chapitres de négociations avaient été clôturés. Jusqu’à l’arrivée au pouvoir, à Reykjavik, d’un gouvernement eurosceptique qui avait coupé court aux tractations, en 2015.
Un camouflet pour les Européens ?
Ce vote avait tout d’un test d’attractivité pour l’Union européenne, dix ans pile après le Brexit, la sortie du Royaume-Uni. Ce loupé fait d’autant plus tache que l’Islande avait tout du candidat idéal pour devenir le 28e État membre de l’UE. Aux antipodes des autres pays qui tentent, non sans difficulté, d’y entrer : l’Ukraine, la Moldavie et six pays des Balkans, Monténégro en tête…
si politiquement stable, respecte l’État de droit et affiche déjà des standards, sociaux comme sanitaires, proches de ceux des Européens.
Une perte considérable…
L’Islande aurait aussi offert à l’UE une précieuse base arrière dans l’Arctique, à l’heure où la fonte des calottes glaciaires fait du Grand Nord une région hautement stratégique. Une zone que s’arrachent déjà, commercialement et militairement, les grandes puissances américaines, chinoises et russes. Cela explique sans doute l’empressement dont a fait preuve Bruxelles, ces derniers mois, allant jusqu’à promettre une intégration en accéléré - moins de deux ans - à Reykjavik.
D’où les tentatives d’ingérence européenne ?
Les Européens ont-ils tenté d’influer sur la campagne ? C’est ce qu’avait laissé entendre la Première ministre Kristrun Frostadottir : devant le Parlement, en juin, elle avait martelé qu’elle ne tolérerait aucune ingérence étrangère d’où qu’elle vienne
. Dans la foulée, selon l’agence de presse Euractiv, cette mise en garde avait été transmise aux responsables de l’UE à huis clos
.
Ingérence ou simple attention ? Toujours est-il que l’île n’a jamais vu défiler autant de responsables européens. Six personnalités de premier plan s’y sont rendues à tour de rôle, depuis janvier. Dont les Français Valérie Hayer, présidente du groupe libéral au Parlement européen, ou encore Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, qui avait clamé que l’île n’avait rien à perdre
à soutenir une reprise des négociations. Lors d’une visite au Groenland voisin, le 6 septembre, Ursula Von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, avait aussi prévu de s’arrêter à Reykjavik. Son escale s’annonce un brin glaciale.
Source : Ouest-france.fr
Vous aimez ce que vous lisez ? Notre travail est gratuit et indépendant, mais il a un coût. Vous pouvez nous soutenir librement grâce à un don via Tipeee ou PayPal. Si vous ne pouvez pas nous aider financièrement (ce que je peux comprendre parfaitement), vous pouvez partager les articles sur vos réseaux sociaux, et parler du site autour de vous. Merci à celles et ceux qui rendent tout cela possible.
Terms & Conditions
Subscribe
Report
My comments