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Nous on a fait un surendettement, on a connu, on était jeunes, et on a fait de la cavalerie. Des gens que je connais ont aussi eu cet écueil. Il semblerait que ce soit un passage obligé pour tous les damnés de la terre... Du reste, on a tout remboursé, et ça a pris des années... Mais des fois, quand vous avez des créanciers qui se comportent comme de véritables prédateurs, c'est la seule solution.

Suredettement 16 06 2019
Audience de surendettement, au tribunal d’instance de Guéret dans la Creuse, le 21 mai. Photographies C. Pauquet
VU pour Libération Salle d'audience Photo C. Pauquet. Vu pour Libération

Au tribunal de Guéret, dans la Creuse, la juge Morin se penche chaque mois sur les créances de personnes surendettées. Des situations souvent causées par un simple coup du sort, dans l’un des départements les plus pauvres de France.

A l’annonce de leur nom de famille, seule Monique Dupoirier s’est levée (1). Doudoune rose sur le dos, elle s’est approchée de la barre d’un pas craintif, avec ses centaines de feuilles sous le bras et sa mine déconfite, comme croulant sous le poids de l’embarras. Son mari Pierre, à l’évidence trop intimidé par la scène, est resté au fond de la salle d’audience. A peine a-t-il entendu sa femme murmurer : «Madame la juge, je ne vais pas vous mentir, on est dans un sacré bourbier…» Le couple de quinquagénaires est surendetté jusqu’au cou. La magistrate les a convoqués pour éplucher leurs comptes et trouver une solution de dernier recours. «Madame la juge, je sais que je vous demande l’impossible, mais si vous pouviez effacer les dettes…» Chez les époux Dupoirier, le «sacré bourbier» s’élève à 159.000 euros d’impayés.

Les ennuis ont démarré à la retraite de Pierre, mais bien sûr, avant, c’était déjà ric-rac. Monique ne travaillait plus depuis plusieurs années, la faute à cette maladie du dos, la spondylarthrite, qui l’empêchait d’exercer son activité de femme de ménage. Leur maison à Boussac, dans la Creuse, était loin d’être remboursée. Idem pour leurs trois crédits à la consommation. Mais ce n’était pas encore la faillite. Pas celle d’aujourd’hui : «Mon mari a perdu 650 euros de revenu en passant à la retraite. Avec mon allocation adulte handicapé, nous sommes à 1660 euros pour deux. Madame la juge, on s’en sortirait si on n’était pas submergés de dettes. Mais là, c’est la chute libre…»

Ardoise indélébile

L’été dernier, dans l’espoir de sortir la tête de l’eau, le couple a vendu sa propriété au prix bradé de 60.000 euros (plus personne ne veut s’installer dans la Creuse). Leur dette est retombée à 159.000 euros. Monique et Pierre ne pouvaient pas faire mieux, et pris à la gorge, ont cessé de l’éponger. «Votre créancier, la Caisse d’Epargne, réclame tout de même que vous lui reversiez une partie des créances, rappelle la juge, placide. La banque estime que vous êtes en mesure de rembourser 402,25 euros mensuels durant les 57 prochains mois. Qu’en pensez-vous ?» Monique, groggy, fait non de la tête.

Ce matin-là, l’affaire Dupoirier est le premier dossier de surendettement examiné par le tribunal d’instance de Guéret. Une fois par mois, la juge Eugénie Morin convoque en audience une vingtaine de Creusois à la situation financière «irrémédiablement compromise». Factures impayées, arriérés de loyer ou d’impôts, découverts, crédits immobiliers, à la consommation… Tous ont contracté des dettes devenues ardoise indélébile. Le rôle de la justice : statuer sur l’effacement partiel, voire total, des créances ou bien se prononcer pour un nouveau plan de rééchelonnement des remboursements. Ici à Guéret, la juge Morin rend ses décisions après deux mois de réflexion.

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Marion, 23 ans, et son ami vivent sous le seuil de pauvreté. Photo Claude Pauquet. Vu pour Libération

 

Source : Libération.fr

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