Non, il n'y a pas de guerre sans arrière-pensées !

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En page internationale, ce qui est sur toutes les lèvres, c’est la situation au Mali où les frappes françaises ont réussi hier, avec notamment des opérations sur Diabali dans la nuit et l'arrivée des blindés français à Bamako. Hélas, tout a un prix, et ces mouvements de troupes se chiffrent à excatement 400.000 € par jour… Aussi, certains s'interrogent...

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Pour Hervé Gattegno, François Hollande veut préserver les intérêts de la France en Afrique et sur notre
sol. © Patrick Kovarik / AFP

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L'intervention militaire lancée par François Hollande au Mali contre les islamistes semble assez largement approuvée en France. Vous n'êtes pas d'accord avec la présentation qui en est faite. Votre parti pris : il n'y a pas de guerre sans arrière-pensées. Lesquelles, d'après vous ?

Il n'y a pas d'opération armée qui ne soit armée... que de bonnes intentions. Il y a toujours une volonté de puissance, des calculs stratégiques ou économiques. Notre esprit cocardier fait que tout le pays ou presque se met au garde-à-vous au premier coup de canon ; et que, aussitôt, le président-chef des armées est cru sur parole - alors qu'il a le plus grand mal à convaincre sur les autres sujets. Il n'empêche qu'on n'est pas tenu de croire que nos soldats ne sont au Mali que pour réprimer le terrorisme. Il s'agit de maintenir ce qui reste de l'influence française en Afrique ; et de préserver la sécurité de nos intérêts dans cette zone et sur notre sol - en neutralisant ces réseaux. C'est moins altruiste, moins glorieux, mais ça va mieux en le disant.

Est-ce que vous soupçonnez aussi François Hollande d'arrière-pensées en politique intérieure ? C'est souvent ce qu'on dit quand un président envoie des troupes à l'étranger...

Et on a souvent raison de le dire ! Ça ne signifie pas que la seule raison de l'engagement de nos soldats soit politicienne - pas plus que quand Nicolas Sarkozy a enrôlé la France dans la guerre en Libye. L'opération malienne répond à une vraie menace d'al-Qaida. Juridiquement, elle est justifiée par un feu vert global de l'ONU et un appel du gouvernement malien. Mais François Hollande mesure aussi ce que la France peut y (re)gagner en prestige dans cette région - et à quel point son image à lui peut en profiter devant les Français. Cela intervient dans sa décision. Au prix d'un reniement, d'ailleurs : il avait juré que la France ne serait plus "le gendarme de l'Afrique". Elle va y faire la police.

Si l'on vous suit, pourquoi la classe politique entière (à part Jean-Luc Mélenchon, Dominique de Villepin et Noël Mamère) soutient-elle l'intervention alors que François Hollande risque d'en être le seul bénéficiaire ?

C'est qu'il y a dans notre tradition politique une sacralisation de la chose militaire. Une fascination de nos dirigeants pour l'armée, qui leur fait facilement perdre tout esprit critique. Avec en plus l'orgueil de la grande puissance déclinante. Envoyer nos soldats, c'est montrer que la France reste une nation forte, même si notre économie décline. C'est aussi pourquoi nous avons envie de voir de la mesquinerie dans la neutralité de l'Allemagne. En réalité, Angela Merkel ne pourrait pas envoyer de troupes au Mali sans l'accord de son Parlement. Chez nous, le président déclare la guerre et informe le Parlement ensuite. Il n'a pas d'autorisation à demander. Ça ne fait hurler personne.

Est-ce qu'il n'y a pas quand même aussi un risque politique pour François Hollande, si la guerre au Mali s'enlise, que des soldats sont tués - les islamistes montrent déjà leur résistance...

C'est le scénario du pire - pas impossible, hélas. François Hollande espérait que la pression diplomatique suffirait à intimider les islamistes, c'est le contraire qui s'est produit. Il s'est retrouvé obligé de choisir en urgence entre une humiliation (si la France laissait faire) et une audace (en attaquant seul). Autant dire qu'il a dû forcer sa nature. Maintenant, passé le moment d'orgueil national, l'accord de l'opinion va diminuer à mesure que le nombre de soldats tués augmente - on l'a bien vu en Afghanistan... Même quand une guerre est juste, on ne peut jamais se contenter de croire que c'est juste une guerre.

 

Source : Lepoint.fr

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