Otages français : les menaces de Ben Laden l'illusionniste

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Vous avouerez que c’est quand même pratique. Délivrer en audio, anonymement sur internet en différé, le message du fantôme Ben Laden permet de refaire parler de lui. Les États-Unis ressortent ainsi leur piratage médiatique et tentent de faire trembler les Français. Et si 10 ans après la tromperie du 11 septembre, les idées avaient fait leur chemin et le piège ne marchait plus ? En tout cas le message est clair, et pour les Français il faudra se méfier au Sahel et au Moyen Orient, car la compétition entre les groupes « affiliés » va être rude.

Les menaces d'Oussama Ben Laden à l'encontre de la France, diffusées ce vendredi par la chaîne Al-Jazira, s'inscrivent dans la droite ligne du message du même ordre, diffusé dans des conditions similaires, le 27 octobre 2010.

Il s'agit dans les deux cas d'un enregistrement vocal (le chef d'Al Qaeda n'est plus apparu à l'écran depuis 2004), exclusivement consacré à un chantage médiatique : Ben Laden lie de nouveau le sort des cinq otages français, kidnappés par Al Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) le 15 septembre dans la ville nigérienne d'Arlit (avec deux autres otages togolais et malgache), au retrait des troupes françaises d'Afghanistan.

Le chef d'Aqmi, Abdelmalek Droukdel, avait, le 18 novembre 2010, repris à son compte les exigences de Ben Laden. Il avait alors déclaré que le sort des otages d'Arlit dépendait de la décision du fondateur d'Al Qaeda, réfugié depuis l'hiver 2001-2002 dans les zones tribales de l'Ouest du Pakistan.

Cette posture publique signifiait qu'aucune négociation n'était envisageable à ce stade et il est fort probable qu'Aqmi interviendra en écho de la nouvelle déclaration de Ben Laden. Les partisans de Droukdel s'installent dans une épreuve de force de longue durée avec la France, dramatisée par l'issue tragique de l'enlèvement de deux Français à Niamey, le 7 janvier 2011.

Ben Laden donne l'illusion d'être présent en Afghanistan

Pour Ben Laden, la focalisation récente sur la France présente l'avantage incontestable d'entretenir un intérêt substantiel de la presse et des opinions. Alors qu'Al Qaeda est pratiquement absente d'Afghanistan, où les talibans sont partout en première ligne face aux Etats-Unis et à leurs alliés de l'Otan, Ben Laden peut ainsi alimenter l'illusion qu'il est encore un acteur essentiel sur ce théâtre, quitte à s'en prendre à la France plutôt qu'aux Etats-Unis.

L'imprécision volontaire des menaces du chef d'Al Qaeda (« A l'intérieur comme à l'extérieur de la France » ; « au moment de notre convenance ») vise à magnifier l'ombre portée de son organisation et à nourrir la psychose du terrorisme dans la population et chez les décideurs.

Le piège est clair, il est tendu à la France et à ses ressortissants depuis des mois. Par le biais de ses affiliés du « Maghreb islamique », Ben Laden veut relancer ses réseaux en perte de vitesse. La mise en scène de l'escalade dans le Sahel, amplifiée par les déclarations de Ben Laden, va se poursuivre, ce qui est paradoxalement une bonne nouvelle pour la santé et l'intégrité des otages d'Arlit, atout majeur d'Al Qaeda dans cette crise.

Mais de nouveaux enlèvements sont à craindre au Sahel, ne serait-ce que pour accentuer la pression sur la France. Et la concurrence entre les chefs d'Aqmi au Sahara va jouer en ce sens.

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