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Bonne manif à ceux qui se mobilisent.

Amitiés,

f.

Liberte 07 08 2021
La manifestation parisienne contre le passe sanitaire à l’appel du parti de Florian Philippot, Les Patriotes,
samedi 31 juillet. Sébastien SORIANO/Le Figaro

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Avis de tempête au cœur de l’été. Depuis la validation, ce jeudi, par le Conseil constitutionnel de l’essentiel de la loi sanitaire, un fort vent de colère souffle parmi une frange de la population. Sur les réseaux sociaux, l’avalanche de messages ne faiblit pas et les mots ne sont pas assez durs pour fustiger le «passe de la honte», la «dictature» qui s’installerait en France ainsi que la «trahison du peuple par les institutions».

Les appels se multiplient pour descendre dans la rue ce samedi et y mener une «insurrection populaire». Comme à l’occasion des fiévreuses manifestations contre la loi travail en 2016 ou celles des «gilets jaunes», l’outrance verbale se conjugue aux rêves de «grand soir».

Au ministère de l’Intérieur, les analystes suivent la situation comme le lait sur le feu. Les services de renseignement observent que, week-end après week-end, les appels à la mobilisation se font exclusivement sur les réseaux sociaux et en particulier via des messageries instantanées de type WhatsApp. Note après note, la sociologie des participants n’évolue guère. «En très grande majorité, il s’agit de citoyens lambda qui viennent en famille avec les enfants, d’adolescents et de retraités, qui ne sont pas rompus aux manifestations et n’ont aucune affiliation politique ou idéologique, souffle une source informée. En cela, ces rassemblements ne sont pas ceux que l’on encadre habituellement.»

Dès jeudi soir, ils attendaient plus de 200.000 frondeurs dans 150 villes de France, dont 14.000 à Paris et 195.000 en province. C’est-à-dire la même jauge que samedi dernier. Vendredi, les prévisions risquaient d’être révisées à la hausse. À la veille d’un week-end qui s’annonce incandescent, les états-majors ont mesuré l’effet de souffle provoqué par la décision des Sages de la rue Montpensier sur les opposants. Sous le hashtag #7mai, près de 80.000 messages de révolte ont été lancés en 24 heures sur le seul réseau Twitter.

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Les services de renseignement notent que la mobilisation est plus forte dans les départements situés au sud la Loire

Aux côtés de ces apprentis de la contestation, sans leader ni organisation, qui font songer aux premiers «gilets jaunes », les experts relèvent que «s’agrègent déjà des individus potentiellement très violents». Présentés comme des «agitateurs» et des «professionnels du désordre», ces derniers comptent dans leurs rangs des «gilets jaunes » radicalisés, surfant sur la vague sanitaire, comme ils l’avaient fait sur les taxes du carburant dès octobre 2018. Des activistes gravitant dans la mouvance de l’extrême gauche ou des anarcho-autonomes complètent le tableau. «Une cinquantaine d’éléments radicaux, casqués et masqués, ont ainsi été repérés à l’intérieur d’un cortège à Nantes, où des incidents ont éclaté avec des sympathisants de l’organisation Civitas», glisse un cadre policier. Plutôt en retrait pour l’instant, des partisans de l’ultradroite ont été détectés par groupes de dix à Chambéry, Caen ou encore Tours. À la marge, ces groupuscules politiques - parmi lesquels grenouillent aussi des activistes environnementalistes - étaient déjà décrits le mois dernier comme «trop peu présents pour mettre la main sur les cortèges et les faire dégénérer, en dépit de quelques tentatives».

À ce stade, les services de renseignement notent que la mobilisation est plus forte dans les départements situés au sud la Loire, où 60% du total des manifestants ont été répertoriés. «Parmi les quatorze villes ayant le plus mobilisé, cinq sont sur la côte méditerranéenne», indique-t-on en mentionnant une affluence de 13.000 personnes à Toulon. Ou encore à Montpellier, où le procureur de la République a ouvert une enquête après la mort suspecte, fin juillet, d’un jeune homme de 22 ans qui avait reçu une dose de Pfizer. Cette plus forte mobilisation n’est pas forcément liée à la présence de touristes, les manifestants étant majoritairement des locaux. Sans fournir de plus amples commentaires, les analystes remarquent une corrélation géographique: les départements les plus mobilisateurs sont aussi ceux qui affichent la part la plus élevée de cas de Covid pour 100.000 habitants.

Nous sommes à un moment charnière. Les frondeurs ont réservé leurs forces vives pour samedi

Un cadre policier

À Paris, l’heure est aussi à la veillée d’arme avant un week-end sous tension. Nous sommes à un moment charnière, concède un cadre policier. Les frondeurs ont réservé leurs forces vives pour samedi», affirme-t-il. Quatre défilés sont prévus dans la capitale, dont un lancé à l’appel des Patriotes de Florian Philippot, et un autre, jugé plus «préoccupant», déclaré par un «gilet jaune » entre le pont de Neuilly et la place du Châtelet. Composé d’un public hétéroclite et potentiellement belliqueux, parmi lesquels des «ultra-jaunes», ce cortège pourrait donner lieu à des tentatives de rassemblements sauvages, des dégradations et des attaques ciblant policiers et gendarmes. Un comité d’accueil «adapté et conséquent» est prévu par la préfecture de police de Paris, qui va déployer des unités de forces mobiles ainsi que des «Brav», les fameuses brigades de répression de l’action violente.

Dans une note du 19 juillet consacrée à l’«opposition aux mesures sanitaires prises dans le cadre de la lutte contre le Covid 19», le renseignement territorial (RT) mettait en garde contre le risque d’une radicalisation au sein de la nébuleuse antivax. «À l’instar de ce qui s’est produit avec le mouvement des “gilets jaunes”, plus le conflit durera, plus le risque est grand que les plus déterminés, puis les plus radicaux, parviennent à prendre le contrôle», prévenaient déjà les analystes. Et d’estimer que «ce n’est pas l’existence du vaccin qui est mise en cause, hormis par une branche ultraminoritaire, mais le fait que les nouvelles mesures induisent, pour qui voudrait mener une vie normale, une obligation vaccinale de fait».

«Nous prenons ce phénomène au sérieux», confie-t-on Place Beauvau, où l’on assure «bien distinguer la grande masse des inquiets, auxquels il faut répondre, et la minorité de professionnels de la violence, pour lesquels sera réservée une sévérité maximum». Si le renseignement territorial estime qu’il n’y a aucune raison pour que le mouvement s’essouffle d’ici à la fin du mois d’août, une source ministérielle invite toutefois à savoir «raison garder» en rappelant que «200.000 personnes mobilisées, c’est l’équivalent d’une demi-journée de vaccination». Tel un mantra, l’exécutif souhaite calmer le jeu en répétant que, à la différence des premières manifestations des «gilets jaunes», l’opinion publique est cette fois de son côté. Le week-end qui s’annonce fera figure de test.

 

Source : Lefigaro.fr

 

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