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Bonjour, on en sait un peu plus sur les pistes possibles de l'incendie de la mairie de Limoges. Depuis l'arrestation du suspect, les regards se tournent vers le plateau de Millevaches et l'ultragauche qui s'y serait installée, entre Creuse, Corrèze et Haute-Vienne. Le maire LR de Limoges y voit la base de « l'ultragauche anarchiste », un député UDR parle de « base arrière » et David Lisnard évoque carrément des « camps de terroristes ». Problème : le parquet national antiterroriste affirme n'avoir jamais ouvert la moindre procédure sur des camps d'entraînement dans ce secteur. L'article du Parisien remet les choses en perspective : un territoire d'environ 10 000 habitants, l'héritage de l'affaire de Tarnac, et un détail qui pèse lourd : le suspect de 34 ans est le fils d'un homme condamné en avril pour des sabotages revendiqués par l'ultragauche dans la région. Entre faits établis et récupération politique, de quoi se faire son propre avis, en gardant à l'esprit que le suspect reste présumé innocent.

millevache
Le plateau de Millevaches est un territoire d’environ 10 000 habitants situé entre Corrèze, Creuse
et Haute-Vienne. LP/Arnaud Dumontier
 

Des zadistes du plateau de Millevaches impliqués dans l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges ? C’est l’accusation lancée par le maire LR, alors que dans ce territoire rural, la présence d’une population réputée radicale nourrit méfiances et tensions.

Après la destruction d’une grande partie de l’édifice lors de la mobilisation du 17 octobre, avec un tag « Vive la Commune » laissé sur la fontaine, Guillaume Guérin (LR) a d’emblée mis en cause « l’ultra gauche anarchiste », « celle qui vit pour partie repliée dans les localités du plateau de Millevaches ».

VidéoViolences du 17 Octobre : les dégâts dans la mairie de Limoges, incendiée

 

Et depuis qu’un trentenaire originaire de la Creuse voisine, fiché « S » pour son appartenance à cette mouvance et déjà connu pour des faits de violences sur un policier, a été interpellé mardi en Haute-Vienne, « c’est signé » selon l’édile, qui en fait même le probable « cerveau de cette opération ».

Des « camps de terroristes » sur le plateau ?

Bartolomé Lenoir, élu député de la Creuse en 2024 sous l’étiquette UDR, allié du RN, a fait aussi du plateau, qu’il qualifie de « base arrière » de l’ultra gauche, son cheval de bataille. Il réclame régulièrement au gouvernement « la dissolution de ces groupes antifas » et avait lancé une pétition contre cette « ZAD ».

Ce mercredi encore, l’élu UDR a interpellé le ministre de l’Intérieur, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée. « Le gouvernement a-t-il, oui ou non, sous estimé la menace de l’ultragauche dans le Limousin », a-t-il lancé. Laurent Nuñez a répondu que ces « mouvances qui appartiennent à l’ultragauche » étaient « suivies de très près ».

David Lisnard, maire de Cannes et candidat à la présidentielle, a lui aussi ciblé le plateau de Millevaches. Mardi sur RTL, il a même pointé l’existence de « camps de terroristes, d’extrême gauche » composés d’individus qui, selon lui, « se regroupent, s’entraînent à la guérilla urbaine, acquièrent du matériel lourd, d’attaque contre les policiers et se préparent à la garde à vue ».

« Terre de non-droit »

Contacté par TF 1, le parquet national antiterroriste (PNAT) indique pourtant à TF 1 n’avoir jamais « ouvert aucune procédure relative à des camps d’entraînement sur le plateau des Millevaches ». « Jamais aucun membre des renseignements territoriaux ne m’a parlé de ce type de choses », a relaté pour sa part à Libération Damien Maudet, député LFI de Haute-Vienne.

 

« Que le plateau de Millevaches soit une zone refuge pour des gens qui sont en marge du système et contestataires, ça, c’est sûr. Qu’il y ait quelques individus violents au milieu d’eux, je ne le conteste pas. De là à dire qu’il y a des camps d’entraînement, c’est faux », a réagi Philippe Brugère, maire de Meymac et président du Parc naturel régional de Millevaches, interrogé par La Montagne.

Ces accusations ne sont pas nouvelles. Depuis plusieurs années, des élus locaux dénoncent une « terre de non-droit », notamment après la perturbation en 2022 d’une course de moto, l’En’duo du Limousin. « C’est l’ultragauche aux dérives écologistes, qui est de plus en plus présente sur le plateau depuis 2008 et l’affaire de Tarnac », accusait un agriculteur local.

Dans ce village corrézien, des membres présumés de la « mouvance anarcho-autonome » avaient alors été arrêtés pour le sabotage de lignes SNCF, avant d’être relaxés dix ans plus tard.

Une « minorité » de militants radicaux

Le plateau de Millevaches, territoire d’environ 10 000 habitants entre Corrèze, Creuse et Haute-Vienne, fut d’abord un bastion du communisme rural, rappelle l’historien Dominique Danthieux, avant d’accueillir des « alternatifs » à partir des années 1970.



« Ces personnes ne se reconnaissent pas dans le système capitaliste, ni dans la gauche classique. Elles sont venues là en pensant que le territoire leur serait favorable, puisque très à gauche », expliquait ce spécialiste en 2023.

« Mais les locaux n’ont pas compris ce que ces gens, qui avaient un bagage universitaire et étaient promis à une belle ascension dans les grandes villes, venaient faire ici », poursuivait-il, ajoutant que les militants radicaux, parmi eux, ne sont qu’« une toute petite minorité ».

Un syndicat engagé contre les « mégabassines »

Dans une forêt entre Creuse et Corrèze, à Faux-la-Montagne, un ancien camp de vacances d’EDF, où yourtes et cabanes ont été installées, cristallise les critiques de certains.

En 2019, un « Syndicat de la Montagne limousine » a été créé par des habitants pour « défendre et mettre en œuvre » leur vision du territoire, qui prône de relocaliser l’usage des ressources, un accès pour tous à la terre et au logement, la défense des services publics, un « droit d’asile local », la défense du vivant et des milieux de vie.

À ce titre, il avait soutenu notamment la mobilisation de plusieurs milliers de personnes contre les « mégabassines », des réserves d’irrigation contestées, où une manifestation a entraîné de violents affrontements, en 2023 à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), entre militants radicaux et forces de l’ordre.

Fin 2022, le syndicat avait répondu à ses accusateurs, sur son site Internet, qu’il ne visait pas à « régenter » le plateau, ni à « attaquer les personnes individuellement », ajoutant que « la démocratie est forcément conflictuelle ».

Plusieurs actions revendiquées par l’ultragauche

Dans la région, des actions ont été revendiquées par l’ultragauche, comme l’incendie de véhicules Enedis à Limoges en 2020, puis d’une antenne-relais en Haute-Vienne en 2021.

L’enquête avait conduit à des interpellations menées par la police, la gendarmerie et la sous-division antiterroriste (Sdat), dont celle de la directrice de l’école du village de Gentioux-Pigerolles en Creuse, connu pour son rare monument aux morts d’inspiration pacifiste.



« C’était vraiment excessif et ça n’a fait qu’attiser les tensions », avait estimé à l’époque le maire de cette commune, niant toute proximité avec l’ultragauche. « Il y a des tendances très diverses dans mon conseil municipal et aucun appel à des sabotages, même pour des raisons environnementales. Nous sommes dans la défense pacifique de l’environnement, comme beaucoup d’habitants du plateau depuis longtemps », insistait-il.

En avril dernier, la justice a condamné pour ces faits, à des peines de prison avec sursis, une femme d’une cinquantaine d’années et un septuagénaire qui avait été arrêté, lui, à Bussière-Boffy (Haute-Vienne). L’homme de 34 ans arrêté mardi dans ce même village pour l’incendie de la mairie de Limoges est son fils, a confirmé l’avocat du suspect, Me Henri Braun, qui n’a pas encore eu accès au dossier.

 

 

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