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Avec ce remaniement et l'arrivée de Macron à Bercy, l'exécutif a réussi définitivement à braquer toute une partie des socialistes qui sont bien décidés à réagir en exigeant l’organisation d’un congrès du parti. Jusque-là, ils se contentaient de le demander mollement. Aujourd’hui, alors que s'ouvre leur université de la Rochelle, ils sont bien décidés à l'arracher.

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DUPUY FLORENT/SIPA
 
Maintenant, retournons la table et exigeons un congrès conformément aux statuts du parti. Cela commence aux universités d’été ». Il est à peine 19 heures, ce mardi, lorsque nous parvient ce SMS envoyé par un député socialiste excédé. Jean-Pierre Jouyet vient tout juste de finir d'égrainer le nom des ministres du nouveau gouvernement Valls. Signe que la surprise et l'exaspération sont de taille. Pour remplacer Arnaud Montebourg au ministère de l’Économie, Manuel Valls et François Hollande (surtout) ont décidé d’y installer Emmanuel Macron, l’ancien conseiller économie du président. Une véritable gifle balancée à la figure de ces nombreux socialistes, élus comme militants, qui depuis 2012, émettent des doutes sur la ligne économique tracée par l’exécutif. Car Macron c’est l’anti-Montebourg, le « Mozart de la finance » comme certains aiment à l’appeler. Il paraît qu’à la Société générale, on appelait Jérôme Kerviel de la même manière… Passons. Ce bras d’honneur en direction des « grincheux » — dixit François Hollande  — ne peut rester sans réponse. Et la Rochelle va être le lieu de la réplique.
 
La sénatrice de Paris Marie-Noëlle Lienemann l'assure : elle qui n'hésite jamais à ruer dans les brancards va profiter du rendez-vous socialiste pour exiger que « le Parti socialiste engage un congrès très rapidement pour définir les orientations politiques et permettre aux militants de s’exprimer dessus » nous explique-t-elle. Un point de vue que partage son camarade de lutte, Paul Quilès. Serge Bardy, député du Maine-et-Loire et signataire de l’Appel des 100 est, lui aussi, sur la même ligne : « il est temps que les militants puissent s’exprimer, qu’on leur donne enfin la parole ».

Dans une note de blog, Gérard Filoche, membre du Bureau national du parti, résume les griefs : « Jamais le PS n’a voté la politique de l’offre, jamais il n’a voté la baisse du coût du travail, jamais il n’a voté la casse du code du travail et de l’inspection du travail, jamais il n’a voté le recul des droits à retraite, la suppression des élections prud’homales, le gel des seuils sociaux, les ouvertures des magasins le dimanche, la facilitation des licenciements, jamais il n’a voté l’austérité, ni le cadeau de 40 milliards d’euros au Medef, ni la suppression de 50 milliards de nos besoins sociaux, jamais il n’a voté le gel du Smic, ni le transfert des fonds publics de l’emploi au secteur privé… ».
 
La démocratie ? Non merci !
Le débat sur la date de la tenue du congrès, à vrai dire, n’est pas nouveau. Depuis quelques mois déjà, certaines voix, notamment celles des aubrystes, commençaient à s’élever pour réclamer le respect des statuts du parti qui prévoient que « le congrès national se réunit dans les six mois suivant les élections présidentielle et législatives. Il se réunit également à mi-mandat ». François Hollande ayant été élu le 6 mai 2012, le congrès devrait logiquement avoir lieu à la mi-novembre de cette année. Mais pour Henri Weber, directeur des études auprès de Jean-Christophe Cambadélis, la question semble tranchée : « Avec le décalage des élections régionales, il faut que le congrès se tienne après. Janvier ou février 2016 serait une bonne date ». Henri Weber serait-il un adepte de la flexibilité jusque dans l’application des statuts du parti ? Le Monsieur Europe de Cambadélis ne voit en tout cas pas d’un très bon œil ce regain d’intérêt pour la démocratie interne : « Imaginons que le congrès se tienne et que ce soit la ligne anti-gouvernementale qui l’emporte. Qu’est-ce qui va arriver ? On aggraverait la crise politique qui existe déjà ». Exit donc le débat. « Surtout que dès septembre, on engage les « Etats généraux du socialisme ». Il n’y aura pas d’enjeu de personnes, donc, on pourra parler plus sérieusement. Avoir par exemple ce débat fondamental sur ce qu'est le compromis social-démocrate ? Voilà ce qui est intéressant. Ça permettra de sortir un peu le nez du guidon et d'avoir une vraie réflexion », s’emporte-t-il un peu.

Des militants qui partent, un parti « en slip»

Pourtant, de plus en plus de militants et d’élus socialistes considèrent ces Etats généraux comme un « attrape-nigaud », comme le confie un député. Surtout, l’attitude autoritaire de l'exécutif face à la demande de débat des frondeurs, puis l’éviction d'Arnaud Montebourg et Benoît Hamon du gouvernement et l’installation d’un ex-banquier d’affaires au ministère de l’Economie, a créé une réelle vexation. « Ça me paraît complètement fou que quelques chefs à plumes à Solférino contrecarrent la volonté massive des militants d’avoir un congrès », explique Christophe Léonard, député socialiste des Ardennes, échaudé par le remaniement. « C’est en ce sens, d’ailleurs, que le conseil fédéral PS des Ardennes a voté une motion demandant que le congrès soit organisé le plus rapidement possible. Il y a une nécessité de clarifier la vision du parti après ces deux années d’exercice du pouvoir et ce changement de cap idéologique. On ne se bat pas sur des questions de personnes, mais sur des questions de fond » insiste-t-il. D’autant que le parlementaire craint, à cause de ce « non-débat », une désertion massive de militants d’ici au prochain congrès. Le processus serait déjà engagé dans les sections de sa circonscription, ce qui lui fait redouter « que d’ici 2016, le parti [soit] en slip ».
 
Hors micro, certains expliquent que ce rétrécissement de la base militante « ne déplairait pas en haut lieu ». Comprendre : seuls les plus hollandistes resteraient au bercail, permettant ainsi un meilleur contrôle des troupes. Une thèse un brin complotiste, sauf à considérer que le cynisme n’est pas un sentiment étranger à nos hommes politiques...
 
Quoi qu’il en soit, tous ces déçus ont bien décidé de se servir de l’université de la Rochelle pour relancer le débat. Quant au fameux Etats généraux, le député des Ardennes a bien sa petite idée en tête. « Il faut que les militants les investissent pour que le nom que porte cet événement soit justifié pleinement ». Pas sûr donc que la température qui est montée d’un cran après ce remaniement, ne retombe d’ici tôt.
 
Source : Marianne.net
 

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