Sanctions contre le pétrole iranien : les perdants et les gagnants, par Mireille Delmarre

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Pendant que l'on est dans les mauvaises nouvelles... Toute décision prise dans le présent (ou le passé) a des conséquences bien réelles dans le futur...

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IRIB- Punir Téhéran pour son programme nucléaire pacifique sur ordre de Tel Aviv ...

... C'est l'objectif des sanctions prises à l'encontre des importations de pétrole iranien vers l'UE. Sauf que les 3 principaux importateurs de pétrole iranien, la Chine, l'Inde, le Japon, se sont déjà organisés pour contourner ces sanctions ... et développer leur commerce extérieur avec l'Iran. Principales victimes : les exportateurs européens, surtout les entreprises allemandes qui doivent désormais trouver d'autres débouchés à leurs produits. Cette « diplomatie » à coups de sanctions est contre productive pour l'économie européenne déjà bien mal en point face à celles des pays émergents et asiatiques.

Plus d'importation de pétrole iranien en Europe à partir du 1er juillet prochain. L'embargo progressif décrété par les vingt-sept pays membres de l'UE en janvier dernier vient d'être confirmé ce lundi lors d'une réunion à Luxembourg des ministres européens des Affaires étrangères des 27. «Les contrats d'importation de pétrole iranien conclus avant le 23 janvier devront être rompus d'ici au premier juillet», expliquent ces derniers. À partir de la même date, les assureurs européens ne pourront plus couvrir le transport de pétrole iranien.

Ce délai de 6 mois a permis aux principaux importateurs de pétrole iranien, la Chine, lIinde, le Japon de s'organiser pour contourner ces sanctions.

L'Inde a décidé d'utiliser sa monnaie le rupee pour payer une partie de ses importations et d'exempter de taxes les compagnies important du brut iranien qui paient en rupees. Ceci est valable pour l'année 2012 et 2013 pour le moment. L'Inde vise l'importation de 113 millions de barils de pétrole iranien pour l'année fiscale en cours et selon le ministre des finances indien, cette décision a été prise pour protéger l'« intérêt national » de l'Inde.

La BPCL d'Inde (Bharat Petroleum Corp) a commencé à régler ses importations en rupees devenant ainsi le premier importateur indien à contourner ainsi les sanctions US/UE. L'Inde est le deuxième importateur de pétrole iranien après la Chine et depuis décembre 2010 les entreprises de raffineries indiennes utilisent la banque Halkbank en Turquie pour payer leur facture annuelle de pétrole iranien importé, soit plus de 10 milliards, alors que d'autres voies de paiements ont été bloquées à cause des sanctions.

Mais pour éviter tout problème si jamais Ankara venait à céder à la pression des US/UE et participer aux sanctions en janvier dernier Téhéran et New Dehli se sont mis d'accord pour régler 45 % du commerce pétrolier en rupees. C'est également pour encourager le développement des échanges commerciaux que cet accord a été conclu. L'Inde se voit offrir un important marché, celui de l'Iran (80 millions d'habitants) pour ses exportations. L'Iran projette d'utiliser le paiement en rupees pour payer ses importations en provenance de l'Inde.

L'Inde projette de proposer à l'exportation vers l'Iran - qui a drastiquement réduit ses importations en provenance de l'UE - des produits alimentaires, mais aussi des produits manufacturés et high tech. Actuellement l'Inde exporte pour environ 2.7 milliards de $ de produits vers l'Iran, alors que l'Iran exporte pour plus de 10 milliards de $ de pétrole. Bien sûr ses exportations d'un pays émergeant tel l'Inde se feront au détriment des pays de l'UE déjà touchés par la mauvaise performance de l'économie dans la zone euro.

En ce qui concerne le Japon l'un des principaux importateurs de pétrole iranien, pour pallier à la défection des compagnies d'assurances européennes c'est le gouvernement japonais lui-même qui va couvrir ces importations. Le parlement japonais a voté une couverture assurance d'un montant de 7.6 milliards de $ pour chaque pétrolier transportant du pétrole iranien.

La Chine premier pays importateur de pétrole iranien a proposé à l'Iran de mettre ses pétroliers à disposition pour le transport de brut, afin d'assurer une partie de ses importations. La Chine et le Japon ont déclaré qu'ils chargeront et transporteront 620.000 barils de pétrole iranien par jour le mois prochain.

Les sanctions des US/UE visant à interdire l'importation de pétrole iranie,n et aux compagnies d'assurances de couvrir les transports de brut, doit prendre effet le 1er Juillet et concerne principalement la Chine l'Inde le Japon.

L'Inde a aussi bénéficié d'une exemption provisoire et elle est entrain de voir comment mettre en place, à l'instar de la Chine et du Japon, un système lui permettant de couvrir par le biais d'un fond souverain le transport du pétrole iranien. A terme ce genre de « diplomatie » punitive aura des effets contre productifs pour l'économie européenne déjà mal en point.

Cela vaut aussi pour les compagnies d'assurances majoritairement situées en UE qui risquent de perdre des clients, car des états comme la Chine et le Japon ont les moyens (réserves de bonds du trésor américain réserves en or) d'élargir la couverture assurance à d'autres activités commerciales, réduisant ainsi les coûts de transports de leurs produits destinés au marché européen.

Il ne faudra pas se plaindre après, qu'à cause de ces stupides sanctions contre l'Iran, l'économie européenne s'effondre entraînant une augmentation du chômage et des délocalisations.

 

Source : french.irib.ir