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No comment... Merci à Chalouette

Dans l'état actuel du pays, Sarkozy n'a-t-il pas déjà perdu ? A droite, certains avaient déjà posé la question de sa candidature à l'automne, ponctuant, comme Alain Juppé ou Jean-Pierre Raffarin, leur propos de «s'il est candidat». Désormais, d'autres font part de leur inquiétude, jusqu'ici exprimée en privé. Le collaborateur d'un ministre, dans Le Figaro : «On commence à se dire qu'on peut vraiment perdre.» Un ministre, dans le Journal du Dimanche :«S’il ne remonte pas dans les quinze jours, c’est fini.» Un ami du chef de l'Etat : «J’ai vu pour la première fois une lueur d’inquiétude dans ses yeux.» Elus et militants, eux, ont du mal à y croire depuis la rentrée de septembre (lire notre série de reportages).

Jusqu'à présent, les médias prenaient des pincettes pour le dire (lire la chronique de Daniel Schneidermann). Mais ce lundi, on commence à lire ici et , sous la plume de ceux qui encensaient encore il y a peu le président, que la droite est déboussolée. Combien de fois Jean-François Copé a-t-il annoncé «une nouvelle phase», «le signal de la reconquête», «le temps des explications», «bilan contre bilan», «projet contre projet»  (lire nos articles ici et ) ? Combien de fois l'Elysée a-t-il promis une «accélération», une «semaine cruciale» avant la «campagne éclair» et la stratégie dite de la «cible mouvante» ? A force d'annoncer «le moment venu», celui-ci ne vient pas.

L’UMP a beau mobiliser ses deux «cellules ripostes», dégainer des communiqués par lots de dix à chaque annonce de François Hollande, diffuser le «vrai programme» du PS pendant son discours du Bourget, faire le tour des médias pour dénoncer, tour à tour, «le candidat mou», celui «du système», celui «des années 1970-80» : rien n'y fait.


Nicolas Sarkozy porte de Versailles par ump

Pendant la primaire socialiste, le parti présidentiel était inaudible. Après le discours du Bourget de François Hollande, il est carrément plombé. Le meeting du 22 janvier marque un tournant dans la campagne (lire notre reportage). Comme celui de Nicolas Sarkozy, le 14 janvier 2007, fut un coup de massue pour les socialistes. A l'époque, le candidat UMP avait balayé Ségolène Royal avec un show à l'américaine (vidéo ci-contre) et une démonstration d'unité de son parti (lire le récit de Libération en 2007).

NS GuyanneCinq ans plus tard, au tour des ténors de l’UMP d'être assommés. Dimanche soir, ils ne se sont pas précipités pour réagir dans les médias. C'est Marine Le Pen qui tenait l'antenne pour dénoncer un «pâle mime de François Mitterrand». Mais difficile d'être en campagne sans candidat. Surtout quand ledit candidat offre en Guyane l'image d'un président à la dérive. Naviguant lentement dans une pirogue avec Claude Guéant. Présentant ses vœux à 1.500 personnes à Cayenne pendant que son adversaire socialiste déroulait ses propositions devant plus de 15.000 personnes.

Nicolas Sarkozy a moqué – devant ses proches – le «manque d'idées» de son rival et ses revirements programmatiques. «Nous en sommes à la cinquième relance de sa candidature», a-t-il ironisé. Oubliant que la sienne, malgré son marathon des vœux et 23 discours en janvier, ne décolle pas. Son ennemi Villepin se frotte les mains : «Nicolas Sarkozy attend de remonter dans les sondages pour se déclarer. Le problème, c’est qu’il risque de ne jamais remonter.» Alors l'UMP panique.

Il est un indicateur qui ne trompe pas : l'épanchement de fidèles députés dans Le Figaro. «Il faut que Sarkozy se lance. Il faut qu'il annonce sa candidature dans les quinze premiers jours de février. Il faut y aller ! Les gens ont l'impression que tous les candidats battent la campagne, sauf lui», s'agace le député Damien Meslot, proche de Xavier Bertrand. Jacques Domergue, député de l'Hérault : «Le président agit sur tous les fronts mais les sondages ne décollent pas. La méfiance des Français à son endroit perdure. L'entrée en campagne pourra peut-être susciter un électrochoc...»


Henri Guaino par franceinter

Autre baromètre, les interventions de pointures de l'UMP dans les matinales, lundi. Sur France Inter, le conseiller spécial de Sarkozy, Henri Guaino, est apparu presque résigné : «On n'est pas beaucoup aidé dans les médias, mais tant pis on va essayer de se battre quand même dans une hostilité générale.»

Alors que ministres et dirigeants de l'UMP répètent depuis des mois que François Hollande n'a «pas la carrure», lui admet : «Il a fait la preuve qu’il pouvait être candidat, qu’il avait la stature, qu’il était prêt au combat.» «Je ne le sous-estime pas, il a des qualités, il est tenace, il a de l’expérience, en tout cas politique», dit-il encore plus tard, tout en affirmant que le socialiste n'est pas «un président de la République».

Pendant ce temps-là, sur France Info, Bruno Le Maire, chargé du projet présidentiel à l'UMP, reconnaissait des «échecs» dans le quinquennat, confirmant ce qu'il avait dit à Libération (vidéo ici). Sur RTL, Jean-François Copé peinait à aligner les arguments : «Hollande, c'est le père Noël toute l'année», «sur tous les registres, il nous fait le cadeau de Noël».

En panne d'idées, le parti présidentiel tente d'utiliser les mêmes techniques qu'en 2007. Fustiger «l'héritier d’une gauche soixante-huitarde». Prétendre incarner «le parti des idées nouvelles» face à un «parti des idées datées». Dénoncer «le candidat du système» et présenter Sarkozy comme le «challenger» (dixit Brice Hortefeux au Figaro, en octobre) qui peut réaliser la «vraie rupture» (Henri Guaino). Appliquer la tactique de la «triangulation» (qui consiste à piquer au camp adverse certaines idées pour l'asphyxier), par exemple sur la taxe Tobin ou le projet d'union civile pour les homosexuels. Construire sa France virtuelle dans un vaste storytelling imaginé par l'Elysée.

Mais comment Nicolas Sarkozy pourrait-il, après cinq ans à l'Elysée et dix-sept ans de droite à la présidence de la République, rejouer la «rupture» de 2007 ? Le chef de l'Etat est rattrapé par la réalité, d'abord économique (lire notre analyse). Il n'échappera pas à l'examen de son bilan. Et cela a déjà commencé. Sa promesse de réduire le chômage à 5 % est remontée à la surface dans cette vidéo virale (ci-contre). «Si j'échoue, je le dis aux Français, il faut en tirer les conséquences», avait-il promis en 2007. Aujourd'hui, le chômage atteint 9,3 %. Et les rapports de l'Insee, comme celui du 30 août, dressent un constat limpide : les riches sont de plus en plus nombreux et de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus nombreux et de plus en plus pauvres. Lorsque Hollande promet de s'attaquer au «monde de la finance», comment l'UMP pourrait-elle être crédible en répliquant que le président a entrepris une «réforme du capitalisme financier» «incontestable» ? Evoquée dans son discours d'Agen en 2006 et promise dans son discours de Toulon en 2008 (puis son remake en 2011), cette «moralisation du capitalisme» n'a été qu'un ressassement de mesures qu'il n'a pas menées à leur terme. Sur France Inter, Henri Guaino semblait embarrassé : «Les bonus sont encadrés, pas assez, j’en conviens, mais nous n’allons pas changer le monde à nous tous seuls» ; «Qu’il faille aller plus loin encore dans les exigences qu’on a vis-à-vis des places financières, c’est vrai». «Il n’y a pas de raison d’être satisfait ni auto-satisfait, la crise, elle est là. Qui pouvait penser qu’on allait en escamoter les conséquences ?», a dit le conseiller élyséen. Autre exemple, le logement. Les promesses de François Hollande dimanche ont rappelé que Nicolas Sarkozy n'a pas tenu les siennes. «Depuis des années, on vous dit qu’on ne peut rien contre la crise du logement, et on laisse s’aggraver une pénurie qui a rendu la propriété impossible pour beaucoup d’entre vous et la location de plus en plus difficile. Cette situation ne peut pas durer», avait écrit le candidat UMP dans son projet de 2007. «Il a traité la question des logements, il a construit. (...) Mais ça ne se résout pas du jour au lendemain. Il faut du temps», a répondu Bruno Le Maire.

Les fondamentaux du sarkozysme se sont effondrés

«Sarkozy peut-il être réélu ?», s'interrogeait en décembre Gérard Grunberg, directeur de recherche au CNRS, sur le site du centre de réflexion Telos. Ce spécialiste de la sociologie électorale détaillait les trois «handicaps» du Président : «l’exercice du pouvoir en temps de crise économique», «la déception des électeurs» par rapport aux «réels espoirs» suscités (notamment en matière de pouvoir d'achat et d'emploi), et sa «personne même» (il «n’a pas incarné la présidence de la République de la manière que souhaitaient les Français»). Pour le chercheur, «le président sortant sera pénalisé pour ne pas avoir tenu ses promesses». A cela s'ajoute, selon lui, l'«isolement dangereux de son parti», qui ne pourra pas compter sur des reports de voix massifs du MoDem et surtout du FN.

Si le chef de l'Etat aura du mal à l'emporter, c'est aussi parce qu'il ne reste plus grand-chose des trois ingrédients de sa victoire de 2007. Son équipe, d'abord. La majorité de 2012 est bien loin du grand parti unique de 2007. Nicolas Sarkozy a perdu une partie de son cabinet de 2007 et notamment sa «boîte à idées», Emmanuelle Mignon. La «firme» – surnom de sa garde rapprochée – a volé en éclats. Parmi les cinq Sarkoboys historiques (son lieutenant Brice Hortefeux, son conseiller Pierre Charon, son porte-voix Frédéric Lefebvre, son Monsieur communication Franck Louvrier, et son directeur de campagne adjoint, Laurent Solly), seul Louvrier est encore au cœur du dispositif. Lefebvre est devenu secrétaire d'Etat, Solly est parti à TF1, Charon a été écarté. Même Brice Hortefeux, l'ami de 34 ans, a rejoint la longue cohorte des sarkozystes qui ont dû quitter le gouvernement : Roger Karoutchi, Yves Jégo, Alain Joyandet, Christian Estrosi, Patrick Devedjian. L’affaire Takieddine l’a remisé dans l'arrière-boutique.

Et puis il y a ces fidèles négligés, écartés, ou malmenés, qui sont entrés en dissidence : Rama Yade, Rachida Dati, Jean-Louis Borloo, Patrick Devedjian. Quant aux quadras de l'UMP, les François Baroin, Luc Chatel, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, ils misent surtout sur 2017.

La bataille des idées ensuite. Entre 2004 et 2007, Nicolas Sarkozy avait mis sur pied une véritable fabrique à idées pour bâtir son «projet pour la France d'après», sous la houlette de la directrice des études de l'UMP, Emmanuelle Mignon. 
Au sommet de la pyramide, une quinzaine de ses proches synthétisaient les 200 propositions en 30 mesures phare. Le tout piloté par François Fillon. Cinq ans après, la besace à idées est vide (lire notre décryptage du projet UMP). Aucun thème de campagne n’a émergé. Il n'y a pas de successeur désigné à Emmanuelle Mignon. Et Fillon a été réduit par Sarkozy à un simple «collaborateur» transparent à Matignon.

Le grand parti unique, enfin. L'ancien patron de l'UMP avait construit la «machine à gagner» dont rêvait la droite. En 2012, le mouvement est en miettes, malgré les tentatives pour contenir à l'intérieur les différentes chapelles. Le bulldozer UMP est sclérosé, les fédérations endormies et le nombre de militants a fondu (obligeant l'UMP à «maquiller» l'hémorragie). Les démarches de Jean-Louis Borloo, d'Hervé Morin et de Dominique de Villepin, même si elles n’aboutissent pas, ont montré que Nicolas Sarkozy ne pouvait plus incarner à lui seul tout le spectre politique de la droite et du centre.

A ce versant politique s'ajoute un versant judiciaire. Le chef de l'Etat est cerné par l'affaire Karachi/Takieddine et plusieurs de ses proches font face à des démêlés avec la justice. Quel président a connu une telle combinaison de facteurs politiques négatifs et de dangers judiciaires ?

Il reste 90 jours à Nicolas Sarkozy pour lancer une dynamique victorieuse. Un défi face auquel Giscard d'Estaing (en 1981) et Balladur (en 1995) ont échoué. Le chef de l'Etat lui-même le reconnaissait, le 27 octobre, lors de son intervention télévisée : «Tous les candidats du système, y compris lorsque je les ai soutenus, ont été battus. Tous.»

23 janvier 2012 | Par Marine Turchi

Source : Mediapart

(Ne manquez par leur second article en Informations complémentaires)

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