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La transition énergétique n’est pas une simple opération économico-écologique visant à basculer d’un mode de production d’électricité basé sur le nucléaire ou le charbon vers des énergies « propres » ou « vertes », respectueuses de l’environnement et sans danger. La centrale E.ON de Gardanne, bientôt en production, en est l’illustration parfaite. Premier aperçu d’une affaire qui risque de tourner très mal, enrichir des actionnaires et des propriétaires tout en ruinant écologiquement les (fragiles) vallées cévenoles dont beaucoup sont pourtant… « protégées ».

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La centrale électrique de Gardanne commence à être médiatisé depuis que l’entreprise E.ON l’a rachetée et débute son rachat de bois. E.ON, l’un des plus gros producteur d’énergie européen a en effet décidé de reconvertir l’une des tranches de la centrale à charbon du site, en centrale à biomasse. Le principe est simple : au lieu de produire de l’électricité en brûlant du charbon, cette tranche de la centrale brûlera du bois. Le projet, en accord avec le Grenelle de l’environnement, semble donc parfaitement adapté au principe de transition énergétique, puisque les centrales à biomasse rejettent peu de CO2 par rapport à des centrales à charbon. Sauf que les choses ne sont pas si simples.

 Comment alimenter une centrale en bois ?

E.ON explique précisément sur son site comment sera alimentée sa centrale :

La biomasse permet la production d’électricité à partir de la combustion de différentes matières organiques (déchets verts, plaquettes, bois de récupération). Le mix combustible de la nouvelle unité Provence 4 biomasse sera composé à 90% de biomasse et à 10% de produits charbonniers (produits cendreux de récupération PCR). La centrale brûlera environ 850 000 tonnes de combustible biomasse par an.

 La biomasse issue du secteur forestier local, entrera pour près de la moitié dans le mix combustible de la centrale biomasse Provence 4. La zone d’approvisionnement couvrira les régions PACA et Languedoc-Roussillon, ainsi que les départements limitrophes, soit un rayon de 400 km.

 425 000 tonnes de biomasse seront donc issues des forêts françaises, dont une partie proviendra des Cévennes. Ces montagnes, très sauvages, aux routes étroites, aux paysages enchanteurs, sont pour une partie importante (en Lozère et dans le Gard, particulièrement) incluses dans le Parc national des Cévennes. E.ON compte donc acheter une partie de ses 425 000 tonnes de bois en Languedoc Roussillon, et les forêts cévenoles paraissent des candidates toutes désignées. D’ailleurs, le Parc des Cévennes a déjà signé un « protocole de travail » :

Le parc national des Cévennes et la compagnie d’électricité allemande E.ON ont signé le 8 janvier un protocole de travail qui fixe « les actions à mener pour identifier les possibilités de conciliation entre la préservation des enjeux de territoire » identifiés dans la charte du Parc et l’approvisionnement du projet de centrale convertie à la biomasse de Gardanne (Bouches-du-Rhône), a annoncé le parc.

L’engagement de départ est lui aussi établi, et en volume, la précision est apportée :

La part de biomasse issue des Cévennes serait de 35.000 tonnes de bois/an. Ce qui représenterait de 200 à 1000 ha de coupes de régénération et d’éclaircie sur un massif forestier d’environ 150.000 ha.

Tout à l’air parfait, sauf que la réalité n’est pas du tout représentée par ces quelques chiffres.

Les Cévennes, un nature sauvage … et fragile

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Décrire le prélèvement en bois au sein d’un massif comme celui des Cévennes en donnant une valeur en hectares prélevés, comparée à l’ensemble est excessivement malhonnête. Ces montagnes sont difficiles d’accès, la végétation y est très hétérogène, et parler de massif forestier de 150.000 ha ne décrit pas la réalité. Les forêts de châtaigniers, par exemple, ne sont pas aussi importantes que celles de pins. Des parties très importantes de ces montagnes sont recouvertes de « bartasses » (des arbustes, des friches).

Mais le problème central de la vente de l’abattage à E.ON se situe à un autre niveau, celui de l’accès aux exploitations et des nuisances écologiques causées par les camions de la centrale à biomasse. Si la vente des troncs, déposés par les propriétaires au bord des chemins s’effectue comme il l’est prévu, c’est un ballet incessant de ces engins qui se mettra en place. Les ponts en pierre ne pourront que difficilement résister à ces passages incessants, comme les murs de pierres sèches qui maintiennent de nombreux bords de routes ou de chemins. Entre pollution par les gaz d’échappements des camions d’E.ON, nuisances sonores et détérioration des accès, les petites montagnes (et leurs habitants) n’y résisteront pas.

Cette affaire de Gardanne est loin d’être terminée, des manifestations ont déjà eu lieu, mais dans le même temps de chemins de terre des Cévennes ont déjà été « élargis » par des municipalités, sans concertation avec la population : l’ogre allemand arrive, et il risque bien de tout détruire sur son passage. Ne manquent que les gaz de schiste pour couronner le tout, et ce pays magnifique qu’est les Cévennes, sera détruit.

Pour quelle raison ? Produire de l’électricité « propre ». Sauf qu’une fois tout comptabilisé, le site de Gardanne n’est pas rentable.

Dommage, non ?

 

Reflets restera vigilant sur cette affaire et publiera d’autres éléments. Il y a encore beaucoup à dire sur la centrale à biomasse de Gardanne.

 

Source : Reflets.info

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