Walter Hallstein : le nazi devenu premier président de la Commission européenne
Walter Hallstein est officiellement présenté comme l'un des grands pères fondateurs de l'Europe. Juriste brillant, diplomate respecté, premier président de la Commission européenne de 1958 à 1967 : le portrait officiel est flatteur. Ce que les manuels scolaires et les institutions européennes omettent soigneusement, c'est son engagement documenté au service du régime hitlérien entre 1933 et 1945. Cet article revient sur les faits, les sources primaires disponibles et les questions que cette biographie pose sur les fondements idéologiques de la construction d'une Europe intégrée.
Biographie de Walter Hallstein : les éléments officiels
Né le 17 novembre 1901 à Mayence, Hallstein grandit dans une famille catholique bourgeoise de la région rhénane. Après des études de droit à Berlin, Munich et Bonn, il obtient son doctorat en 1925 et entame une carrière académique remarquée. En 1930, à seulement 29 ans, il est nommé professeur de droit à l'université de Rostock. En 1941, il obtient une chaire à l'université de Francfort.
Sa trajectoire académique est indéniablement brillante. C'est précisément cette respectabilité institutionnelle qui lui permettra, après 1945, de se repositionner sans rupture apparente dans le nouveau paysage politique ouest-allemand, puis français et européen.
Après la guerre, Hallstein intègre la diplomatie de la jeune République fédérale d'Allemagne. Il devient secrétaire d'État aux Affaires étrangères en 1951, poste qu'il occupe jusqu'en 1958. C'est dans ce rôle qu'il formule la fameuse doctrine Hallstein, avant de prendre la tête de la toute nouvelle Commission de la Communauté économique européenne (CEE) à sa création en janvier 1958.
Il décède le 29 mars 1982 à Stuttgart.
Walter Hallstein sous le IIIe Reich : ce que les archives documentent
C'est ici que la biographie officielle devient lacunaire - et que les faits documentés méritent d'être exposés sans détour. La vérité sur ce passé n'est pas un sujet de querelle médiatique mais d'enquête historique rigoureuse.
L'adhésion aux organisations nationales-socialistes
Walter Hallstein a adhéré au Nationalsozialistischer Rechtswahrerbund (NSRB), l'union nationale-socialiste des gardiens du droit, organisation affiliée au parti nazi chargée d'aligner la profession juridique sur l'idéologie du régime. Cette adhésion n'était pas anodine : elle conditionnait l'accès aux postes universitaires sous le IIIe Reich et signifiait une intégration active dans les structures idéologiques du régime.
Des recherches historiques, notamment celles menées à l'occasion des débats autour de la Commission indépendante d'historiens qui a examiné le passé de personnalités liées aux institutions européennes, ont mis en évidence cette appartenance. L'historienne Katharina Rietzler et d'autres chercheurs ont documenté les liens entre plusieurs juristes de sa génération et les structures du régime nazi.
Le discours de Rostock de 1933
L'élément le plus cité et le plus documenté reste un discours prononcé par Hallstein à l'université de Rostock en novembre 1933, quelques mois après l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Dans ce texte, il salue explicitement les réformes juridiques introduites par le régime national-socialiste, en particulier la « loi sur la restauration de la fonction publique professionnelle » qui excluait les Juifs et les opposants politiques des postes universitaires et administratifs.
Ce discours a été exhumé et analysé par plusieurs historiens. Il constitue une preuve directe de l'adhésion intellectuelle de Hallstein aux fondements idéologiques du nazisme, au-delà d'une simple conformité administrative. Le contenu de ce discours révèle non pas une résignation face aux mesures du régime, mais un soutien actif à son orientation politique.
Le service militaire et la capture par les Alliés
Hallstein est incorporé dans la Wehrmacht durant la Seconde Guerre mondiale et atteint le grade d'officier d'artillerie. Il est capturé par les forces américaines en 1944 et passe une partie de la fin de la guerre dans un camp de prisonniers aux États-Unis. C'est précisément pendant cette captivité qu'il aurait, selon la version officielle, approfondi sa réflexion sur l'unité européenne en participant à des séminaires organisés dans les camps pour les officiers allemands cultivés.
Cette lecture, qui transforme la captivité en révélation pro-européenne, est celle que les biographies institutionnelles retiennent. Elle mérite d'être nuancée : nombre de juristes et fonctionnaires allemands étaient enclins à utiliser la rhétorique européiste après 1945 comme vecteur de réhabilitation et de repositionnement politique, sans rupture réelle avec leur vision antérieure d'une Europe organisée sous leadership allemand.
La dénazification : un processus contourné
Le système des « Mitläufer »
Le processus de dénazification mis en place par les Alliés après 1945 a classé les anciens membres et sympathisants du régime en plusieurs catégories, allant des grands criminels de guerre aux simples « suiveurs » (Mitläufer). La catégorie Mitläufer permettait une réintégration rapide dans la vie publique moyennant un examen formel.
Hallstein a bénéficié de ce système. Son dossier de dénazification l'a classé dans une catégorie lui permettant de reprendre une activité professionnelle sans obstacle. Ce résultat n'était pas exceptionnel : des milliers de juristes, fonctionnaires et universitaires ayant activement participé aux structures du régime ont obtenu des classements similaires, grâce notamment à des réseaux de solidarité entre anciens collègues qui produisaient des attestations favorables - les fameux Persilscheine (« certificats de lessive »), ainsi nommés parce qu'ils « blanchissaient » leurs bénéficiaires.
La continuité des réseaux juridiques
Ce que l'historien allemand Ingo Müller a documenté dans son ouvrage de référence « Furchtbare Juristen » (1987) concerne l'ensemble d'une génération de juristes allemands. Cette génération n'a pas été une exception : elle a massivement intégré les nouvelles institutions ouest-allemandes et, par extension, les institutions françaises et européennes naissantes, en apportant avec elle une conception du droit et de l'ordre politique formée sous le IIIe Reich.
Walter Hallstein et la construction européenne : architecture et ambiguïtés
Premier ministre de la Commission européenne (1958-1967)
Hallstein prend la tête de la Commission de la CEE dès sa création en janvier 1958. Il y exerce un mandat de neuf ans, le plus long de l'histoire de l'institution à ce jour. Sous sa présidence, la Commission affirme son rôle de moteur de l'intégration européenne, développe une bureaucratie supranationale autonome et pose les bases du droit communautaire contraignant.
Hallstein défend une vision fédéraliste de l'Europe, ce qui l'amène à des affrontements directs avec le général de Gaulle, partisan d'une Europe des nations souveraines. La crise de la « chaise vide » (1965-1966), durant laquelle la France boycotte pendant sept mois le Conseil des ministres européen pour protester contre le passage au vote à la majorité qualifiée, trouve sa source dans cette opposition fondamentale entre Hallstein et de Gaulle.
C'est précisément de Gaulle qui, dans ses mémoires et ses déclarations privées, exprime le plus clairement ses réserves sur le passé et la vision de Hallstein, refusant ce qu'il percevait comme une tentative de domination supranationale portée par des hommes dont les références idéologiques méritaient, selon lui, un examen critique.
La doctrine Hallstein : outil diplomatique de la guerre froide
La doctrine Hallstein, formulée en 1955 et appliquée jusqu'en 1970, stipule que la République fédérale d'Allemagne (RFA) rompra ses relations diplomatiques avec tout État qui reconnaîtra officiellement la République démocratique allemande (RDA). Cette doctrine vise à isoler la RDA sur la scène internationale et à affirmer que la RFA est le seul État allemand légitime.
Si cette politique s'inscrit dans la logique de la guerre froide, elle illustre aussi la conception centralisatrice et hiérarchique du pouvoir qui caractérise la pensée politique de Hallstein : un centre unique qui définit la légitimité et isole ce qui conteste cette définition. Cette logique se retrouve dans sa vision de la Commission européenne comme instance supranationale dotée de pouvoirs propres, au-dessus des États membres. Elle reflète également l'influence américaine sur le modèle institutionnel européen au début de la guerre froide.
Les controverses historiques autour de Walter Hallstein
Le débat entre historiens
La question du passé nazi de Hallstein n'est pas une invention de médias alternatifs : elle a fait l'objet de débats sérieux dans la communauté historique. En juillet 2015, à l'occasion du renouvellement du billet de banque européen portant son effigie, plusieurs historiens ont demandé publiquement que la Banque centrale européenne réexamine l'opportunité de mettre en avant une personnalité dont le passé sous le IIIe Reich n'avait pas été pleinement examiné.
L'Observatoire de l'Europe, qui suit les débats institutionnels européens, a documenté les échanges entre historiens sur ce point, soulignant que certains défenseurs de la réputation de Hallstein ont adopté des postures peu rigoureuses sur le plan académique pour minimiser les faits établis. Plusieurs ouvrages et articles scientifiques, notamment le livre d'Ingo Müller, contiennent des analyses approfondies de cette période.
La réponse des institutions européennes
Les institutions européennes, à commencer par la Commission elle-même, maintiennent la présentation de Hallstein comme un père fondateur visionnaire dont l'engagement européen constitue l'héritage principal. Le site officiel de l'Union européenne le présente comme un « pionnier de l'Europe », sans mention de son appartenance aux organisations nazies ni de son discours de 1933 à Rostock.
Cette occultation n'est pas neutre. Elle s'inscrit dans un mensonge plus large : celui de la construction d'une mémoire européenne fondatrice qui efface les zones d'ombre du passé de ses protagonistes pour produire un récit téléologique - l'Europe comme aboutissement naturel et vertueux d'une histoire tendue vers la paix et la démocratie. La culture politique européenne officielle repose encore aujourd'hui sur cette édulcoration de la vérité historique.
Ce que cela révèle sur les fondements de la construction européenne
La trajectoire de Hallstein n'est pas un cas isolé. Plusieurs personnalités ayant joué un rôle central dans la construction d'une Europe intégrée avaient des liens documentés avec le régime nazi ou avec des régimes collaborationnistes :
Jean-Baptiste Duroselle, historien des relations internationales et figure des cercles européistes, a travaillé dans des institutions proches du régime de Vichy.
Altiero Spinelli, figure du fédéralisme européen, a pour sa part un parcours de résistant communiste - mais il côtoyait dans les cercles européistes des personnalités aux passés bien plus ambigus, notamment Robert Schuman et Jean Monnet.
La CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier), premier cadre institutionnel de l'intégration européenne créé en 1951, a été construite en partie avec des réseaux industriels qui avaient largement collaboré avec le régime nazi, notamment dans le secteur de l'acier rhénan et celui du gouvernement français de l'après-guerre.
Cela ne signifie pas que la construction européenne est intrinsèquement nazie - une telle affirmation serait inexacte et réductrice. Cela signifie que l'histoire réelle de ses fondements est plus complexe, plus ambiguë et plus politique que le récit officiel ne le donne à voir. Le mensonge réside dans l'absence de clarté, pas dans la reconnaissance des faits. C'est précisément ce type de décryptage que CrashDebug.fr pratique depuis son début en 2009. Quand des agents d'influence issus des milieux américains et français ont voulu modeler l'Europe selon leurs intérêts économiques, ils se sont appuyés sur des personnalités dont le travail antérieur les prédisposait à cette orientation.
Tableau récapitulatif : Walter Hallstein, les faits
Élément | Détail documenté | Source / référence |
|---|---|---|
Adhésion au NSRB | Membre de l'union nationale-socialiste des juristes | Archives historiques allemandes |
Discours de Rostock (1933) | Soutien explicite aux lois d'exclusion du régime nazi | Archives universitaires, analyses historiques |
Grade militaire | Officier d'artillerie dans la Wehrmacht | Biographies académiques |
Dénazification | Classé Mitläufer, réintégration rapide | Dossiers de dénazification |
Poste post-guerre | Secrétaire d'État aux Affaires étrangères RFA (1951-1958) | Archives officielles allemandes |
Rôle européen | Premier ministre de la Commission CEE (1958-1967) | Archives de la Commission européenne |
Doctrine Hallstein | Doctrine diplomatique d'isolement de la RDA (1955-1970) | Textes officiels, archives diplomatiques |
Présentation officielle UE | « Pionnier de l'Europe » sans mention du passé nazi | Site officiel de l'Union européenne |
Ce qu'il faut retenir
Hallstein incarne une contradiction que les institutions européennes préfèrent ne pas examiner : celle d'un homme formé intellectuellement et politiquement sous le IIIe Reich, ayant adhéré à ses structures idéologiques, ayant prononcé des discours de soutien au régime nazi, et qui est devenu ensuite l'architecte d'une institution supranationale européenne présentée comme le rempart contre les totalitarismes du XXe siècle.
Les faits documentés ne permettent pas de le réduire à un simple « suiveur » opportuniste. Son discours de Rostock en 1933 témoigne d'une adhésion intellectuelle, pas d'une simple conformité administrative. Sa vision de la Commission européenne comme instance supranationale autonome et contraignante pour les États membres s'inscrit dans une conception du pouvoir centralisateur qui dépasse le simple projet de paix et d'économie commune entre nations.
Cela ne condamne pas en bloc le projet européen. Cela impose, en revanche, d'examiner lucidement qui l'a construit, avec quelles références intellectuelles et dans quel contexte de réhabilitation massive d'une génération de juristes et de fonctionnaires formés sous le nazisme, quand même des américains participaient à ce processus de réintégration. À Paris comme à Bonn, le gouvernement français et les autorités allemandes avaient un intérêt stratégique à ne pas approfondir ces questions durant la guerre froide.
Un média indépendant comme CrashDebug.fr n'a pas pour rôle de produire le récit que les institutions souhaitent entendre. Il a pour rôle d'examiner les faits disponibles et de les soumettre à ses lecteurs sans filtre idéologique. Sur Walter Hallstein nazi et ses responsabilités dans la construction européenne, les faits sont là, documentés dans les archives et dans plusieurs livres d'histoire de référence. C'est aux lecteurs d'en tirer leurs propres conclusions.
Sources et références pour aller plus loin :
Ingo Müller, « Furchtbare Juristen », Kindler Verlag, 1987
Archives de l'université de Rostock, discours de novembre 1933
Observatoire de l'Europe, dossier « Affaire Hallstein » (observatoiredeleurope.com)
Site officiel de l'Union européenne, section « Pionniers de l'Europe »
Touteleurope.eu, biographie de Walter Hallstein
Commission indépendante d'historiens, travaux sur les institutions européennes et leurs fondateurs
Archives diplomatiques de France (Paris), fonds relatifs à la construction des institutions européennes
Philippe Villiers, « Pour la France : au-delà du pessimisme méthodique », éditions de l'Ares, 2012
Update : Europe : « J'accuse », par Philippe de Villiers (Le Figaro)
Source(s) : Lesmoutonsenrages.fr via Guy Fawkes
Walter Hallstein, né le à Mayence et mort le à Stuttgart, est un professeur, haut fonctionnaire2, puis, après 1950, diplomate et homme politique chrétien-démocrate3. Il fut le premier président de la Commission de la Communauté économique européenne et est également considéré comme l'un des Pères de l'Europe.
Hallstein a commencé sa carrière universitaire avant la Seconde Guerre mondiale en devenant le plus jeune professeur de droit d'Allemagne à 29 ans, puis nommé doyen de l'université de Rostock à l'âge de 34 ans (en 1936)4. Durant la guerre, il fut officier de la Wehrmacht en France. Capturé par les troupes américaines en 1944, il passa le reste de la guerre dans un camp de prisonniers de guerre aux États-Unis. Après la guerre, il fut professeur invité à l'université de Georgetown (état de Washington aux États-Unis) avant de revenir en Allemagne où il reprit sa carrière universitaire jusqu'à ce qu'il commence une carrière diplomatique en 1950. Il devint alors le principal fonctionnaire de l'office des Affaires étrangères où il donna son nom à la doctrine Hallstein, la politique ouest-allemande visant à isoler diplomatiquement la RDA.
Défenseur d'une Europe fédérale, Hallstein a joué un rôle clef dans l'intégration européenne et dans la réhabilitation de l'Allemagne de l'Ouest après la guerre, s'opposant au ministre fédéral de l'Économie Ludwig Erhard sur le chemin à prendre pour promouvoir l'intégration européenne. Il fut l'un des architectes de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) et premier président de la Commission de la Communauté économique européenne (CEE), qui deviendra plus tard l'Union européenne. Il occupa cette fonction de 1958 à 1967 et resta le seul Allemand à avoir exercé cette fonction5 jusqu’à la nomination d’Ursula von der Leyen en 2019.
Hallstein démissionna après un désaccord avec le président français Charles de Gaulle, et se tourna vers la politique interne allemande en devenant membre du Bundestag. Il devint, parallèlement, président du Mouvement européen. Il est l'auteur de livres, d'articles et de discours sur l'intégration européenne et sur les Communautés européennes.
Source : Wikipedia.org
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