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A L'heure où Julian Assange fait face à certaines difficultés sur le territoire américain, il m'a semblé opportun de faire un focus sur l'origine de la polémique, à savoir Wikileaks et son créateur.

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Le site, spécialisé dans la publication de documents « sensibles », est dans la ligne de mire de la CIA. Et vient d’être censuré par Facebook.

C’est sans doute la première fois dans l’histoire du net que le Pentagone déclare un site « menace pour l’armée américaine ». Et Facebook vient de supprimer la page de fans de Wikileaks, qui comptait pourtant plus de 30 000 membres. Le réseau social aurait-il obéi à la pression ? Là où la CIA emploie 20 000 personnes, Wikileaks a pour lui le monde entier et apparaît comme un outil extrêmement puissant. Lancé en 2006, ce site fait appel à des contributeurs qui peuvent poster des documents anonymement (d’où le terme collaboratif de wiki) et divulguer ainsi des informations tenues secrètes (leaks en anglais signifiant fuites).

Si l’identité des contributeurs et leur rémunération éventuelle restent un secret, l’équipe dirigeante n’hésite pas à s’afficher et à donner des conférences. A l’origine du projet, on trouve The Sunshine Press, un organisme à but non lucratif financé exclusivement par les dons «de défenseurs des droits de l'homme, de journalistes d'investigation, de technophiles et du grand public ». Porte-parole du site, Julian Assange (photo ci-dessus), un Australien qui se présente comme un hacker militant, rêve de faire d’internet un moyen pour les citoyens d’apprendre ce que leurs dirigeants leur cachent. Ce personnage énigmatique assure ne pas gagner d’argent avec ce site et affirme travailler avec une centaine de personnes environ. D’autres membres de l’équipe ont accepté de rendre leur collaboration publique, notamment une députée islandaise, Birgitta Jondottir.

Une bavure de l’armée américaine en vidéo

Début avril, il a ainsi attiré sur lui les foudres du gouvernement américain en diffusant la vidéo d’une bavure de l’armée américaine en Irak où on voit les soldats tuer douze civils, dont deux journalistes de Reuters. Malgré ses demandes répétées, Reuters n’avait jamais réussi à obtenir cette vidéo, filmée depuis un hélicoptère ayant participé à l’attaque. A l’actif de Wikileaks, on trouve  aussi : le manuel de Guantanamo ou encore des documents mettant en cause une importante banque islandaise, la liste des membres du BNP, le parti d’extrême-droite britannique, mais aussi la liste des 2400 sites soumis à la censure d’Etat en Australie…

A chaque fois, ces publications ont suscité d’importants remous. Le Premier Ministre islandais a ainsi annoncé qu’elle allait étudier la possibilité de réviser la législation sur le secret bancaire. En Angleterre, plusieurs policiers, dont les noms apparaissaient sur la liste des membres du BNP, ont dû démissionner. Hillary Clinton s’est emparée de l’exemple de la cybercensure australienne en janvier. Bref, de quoi faire obtenir à Wikileaks en 2009 le prix des nouveaux médias d’Amnesty International.

Menaces sur le site           

Mais Wikileaks pourrait bien être victime de son succès car les agences de renseignement voient en effet d’un très mauvais œil cette CIA du web. La Chine, Israël, la Russie, le Vietnam, le Zimbabwe, la Corée du Nord et la Thaïlande ont d’ores et déjà interdit l’accès au site. La CIA, elle, tente de le faire purement et simplement supprimer, comme l’indique un de ses rapports publiés par…Wikileaks, confirmant ainsi les soupçons du Pentagone qui pensent que les fuites viennent de la CIA elle-même.

Depuis son existence, le site a été attaqué une dizaine de fois, mais a gagné tous les procès, bénéficiant d’un vide législatif dans le domaine. Il envisagerait de migrer vers l’Islande, où un projet de loi prévoit de garantir la protection des sources plus fortement que dans les autres pays d’Europe. Un paradis pour les journalistes d’investigation ?

Marjorie Philibert 

Source : Vsd.fr

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