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Tigre 20 02 2014

La Terre se dirige tout droit vers une sixième extinction massive d’espèces animales. On pointe la déforestation, des altérations du sol, le changement climatique, comme causes probables, mais c'est l’acidification des océans qui en serait le facteur principal. C'est ce qu'affirme Elizabeth Kolbert, experte du changement climatique pour la revue américaine The New Yorker, et auteure du livre « The Sixth Extinction: An Unnatural History », dans une interview qu'elle a donnée avec le journaliste Brad Plumer du Washington Post, au quotidien The Independent.

Notre planète a connu cinq extinctions de masse d’animaux dans son histoire et elle est sur le point d’en vivre une sixième à grande échelle, et cette fois, ce ne sera pas à cause d’un astéroïde ou d’un nouvel âge de glace. La plus importante, l'extinction Permien-Trias, la plus massive ayant affecté la biosphère a eu lieu il y a 250 millions d’années. Durant celle-ci, 96% des espèces marines et 70% des espèces terrestres vivant sur tous les continents ont disparu et il nous a fallu des millions d’années pour nous en remettre, rappelle le quotidien britannique. Retrouver un niveau de diversification équivalent a pris beaucoup plus de temps que pour les autres extinctions massives.

Selon plusieurs scientifiques, l'extinction Permien-Trias trouverait son origine dans un long événement volcanique qui a libéré beaucoup de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. C'est assez inquiétant étant donné qu’actuellement nous libérons beaucoup de CO2 dans l’atmosphère, et les experts établissent de plus en plus de parallèles entre cet évènement et ce qui se passe aujourd’hui, affirme Elizabeth Kolbert.

De nos jours, la chasse d’espèces en voie d’extinction, la déforestation de forêts tropicales, les modifications dans l’exploitation du sol, le déplacement des habitats naturels sur d’autres continents, la diffusion de milliards de tonnes de dioxyde carbone dans l’atmosphère et dans les océans et le changement climatique sont autant de facteurs qui font que les espèces sont déjà en train de disparaitre à un rythme anormalement rapide et élevé.

« Je pense qu’il faut se rendre compte que normalement, on ne devrait pas être en mesure de voir ce qui est en train de disparaitre au cours d’une vie humaine. Le taux d’extinction normal est très lent (…) Ce n’est évidemment pas ce qui est en train de se dérouler. Tout naturaliste sur le terrain a vu quelque chose s’éteindre ou proche de l’extinction. Même les enfants peuvent nommer des choses qui ont déjà disparu », ajoute Kolbert.

Elizabeth Kolbert précise qu’actuellement plusieurs études considèrent que 20 à 30% des espèces sont menacées d’extinction si la température de la planète se réchauffe de 2 °C. Toutefois, d’autres scientifiques pensent que ces estimations sont erronées.

« Il y a encore beaucoup de choses que nous ignorons. La vie est incroyablement complexe (…) Même dans des moments extrêmes, certains organismes se développent. On appelle cela les « organismes pionniers » (disaster taxa). Après la fin de l'extinction Permien-Trias, le lystrosaurus, un reptile préhistorique de la taille d’un porc, s’en est très bien sorti. On en trouve des fossiles partout. Et pourquoi cela s’est-il bien passé pour lui ? Nous ne savons absolument pas. Certaines choses vont prospérer, certaines choses vont prospérer dans un océan acidifié parce que toutes les autres espèces abandonneront. Il y aura sans doute des surprises ». « Je n’ai pas encore rencontré quelqu’un qui ne me dise pas que nous nous dirigeons vers une simplification importante de la toile de la vie », conclut la scientifique.

 

Source : Express.be

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