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Un contrat de sécurité signé entre la société de Vincent Crase et un oligarque russe est à l’origine de cette nouvelle enquête.

Iskander Makhmoudov 08 02 2019
Iskander Makhmoudov

Après les violences du 1er mai et l’imbroglio autour des passeports diplomatiques, l’inextricable affaire Benalla prend un nouveau tournant judiciaire : le parquet financier a ouvert une enquête sur un contrat signé avec un sulfureux oligarque russe.

Le parquet national financier (PNF) a confirmé jeudi l’ouverture de cette enquête révélée par Mediapart, sans plus de commentaires.
Au même moment, Matignon a annoncé à l’AFP la démission de la cheffe du groupe de sécurité du Premier ministre (GSPM), prise dans la tourmente de cette affaire qui n’en finit plus de rebondir.

Selon Mediapart, les investigations du PNF ont été ouvertes, à une date non précisée, pour "corruption" et concernent un contrat signé entre Mars, la société de Vincent Crase – ex-employé de LREM et gendarme réserviste – et l’oligarque russe Iskander Makhmoudov, qui aurait été "négocié" par l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, "du temps où il était à l’Elysée". 

Le journal en ligne avait révélé l’existence de ce contrat le 17 décembre, affirmant que Makhmoudov avait rémunéré Vincent Crase 294.000 euros le 28 juin 2018. Le contrat, qui "prévoyait la protection des biens immobiliers en France de l’homme d’affaires, et de sa famille à Monaco" selon Mediapart, avait été sous-traité à la société Velours, ancien employeur de Benalla. 

A la tête de la "Société minière et métallurgique de l’Oural" (UGMK), Makhmoudov est présenté par la justice espagnole, avec laquelle il a eu maille à partir, comme faisant partie de l’organisation criminelle russe Izmailovskaïa. 

Le 21 janvier, M. Crase avait affirmé devant le Sénat avoir travaillé pour cet oligarque russe une fois parti de l’Elysée, et sans l’aide d’Alexandre Benalla, mis en examen comme lui pour des violences sur des manifestants le 1er mai 2018.  Mais selon Mediapart, les discussions autour du contrat ont commencé "dès l’hiver 2017" et "se sont accélérées en juin" 2018. 

Alexandre Benalla "a rencontré à plusieurs reprises le représentant de l’oligarque en France, l’homme d’affaires Jean-Louis Haguenauer", écrit le site.
"On peut imaginer des éventuelles surfacturactions de contrat qui peuvent cacher plus que des prestations de sécurité", a commenté auprès de l’AFP le journaliste Fabrice Arfi, co-responsable des enquêtes de Mediapart. "La dissimulation par Benalla de son implication laisse aussi planer le soupçon", a-t-il ajouté. 

Les avocats de Benalla et de Makhmoudov étaient injoignables jeudi soir pour commenter ces informations.

Démission et suspension

Ce contrat a été évoqué dans une conversation entre Benalla et Crase enregistrée le 26 juillet et dont des extraits ont été publiés le 31 janvier par Mediapart.  Les deux hommes envisageaient alors de mettre en place un nouveau montage financier pour le contrat. 

"Une discrète société, France Close Protection, voit le jour le 16 octobre", affirme Mediapart, précisant qu’elle est dirigée par "un ancien militaire qui travaillait sur le contrat pour Velours". Elle aurait employé M. Benalla à partir de novembre. 

La révélation de cet enregistrement a suscité un nouveau rebondissement dans l’affaire, aboutissant à la démission jeudi de la cheffe du groupe de sécurité du Premier ministre (GSPM), Marie-Elodie Poitout, afin d’"écarter toute polémique". 

Après la publication des extraits sonores par Mediapart, des journalistes ont en effet tenté de vérifier auprès de Matignon des rumeurs selon lesquelles cette conversation avait été enregistrée au domicile de cette dernière. 

Mercredi, Matignon avait confirmé avoir informé par courrier le parquet de Paris de ces rumeurs le 1er février. Dans cette lettre obtenue par l’AFP, les services du Premier ministre expliquaient avoir questionné la cheffe du GSPM sur cette rencontre.

Celle-ci a alors expliqué avoir rencontré Alexandre Benalla fin juillet, avec son compagnon Chokri Wakrim, à leur domicile, mais assuré ne pas connaître M. Crase. 

Selon une source proche du dossier, c’est sur la base de ce courrier que le parquet a ouvert ce week-end une enquête et tenté lundi de perquisitionner les locaux de Mediapart, pour se faire remettre les enregistrements, une initiative vivement dénoncée par le site d’information, plusieurs médias et l’opposition comme une atteinte au secret des sources des journalistes.

Le militaire Chokri Wakrim, a été suspendu mercredi par le ministère des Armées "en attendant que la lumière soit faite sur ces allégations", a appris l’AFP. Compagnon de la cheffe du groupe de sécurité du Premier ministre elle-même mise en cause dans cette affaire, "Chokri Wakrim a été convoqué aujourd’hui par le ministère des Armées et suspendu à titre conservatoire de ses fonctions, avec effet immédiat, en attendant que la lumière soit faite sur ces allégations" parues à son propos dans Libération, a indiqué le ministère à l’AFP. 

 

Source : Sudouest.fr

 

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