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Il est toujours bon en cette période trouble de se rappeler certains points importants, même si c'est tard (il y a une forte demande rue Vivienne venant de Grèce dixit William). Je vous ai mis un petit mémo de nos amis Québecquois de « L’autre monde » en information complémentaire, place à l'ami Lupus qui va vous apprendre des choses comme toujours étonnantes...

Entretien avec John Hathaway, responsable du Tocqueville Gold Fund

Fondée à New York en 1984, la société de gestion Tocqueville AM revendique une approche «contrariante», visant à dénicher des actifs sous-évalués ou ayant perdu la faveur du marché. Le total des actifs confiés par ses clients – privés ou institutions – atteignait 12 milliards de dollars fin mars dont 3,5 milliards dans les sociétés minières. En Europe, Tocqueville Finance emploie 49 collaborateurs à Paris et quatre à Genève. Le placement de son fonds dédié à l’or – principalement dans des sociétés aurifères – est orchestré par John Hathaway. Il est devenu l’une des voix emblématiques des marchés ayant cru, avant tout le monde, que secteur minier ne rimait pas uniquement avec XIXe siècle.

ENTRETIEN

Le Temps : La panique provoquée par la crise financière pouvait justifier de sauvegarder une partie de son patrimoine dans l’or. Est-il encore judicieux de le conserver?

John Hathaway : Je ne suis pas sûr que tout soit terminé. Dans toutes les démocraties occidentales, les responsables politiques ont mis en place des programmes sociaux que leurs concitoyens n’ont plus les moyens de payer. Résultat, tous les chiffres sont faussés. Les devises – ce que les gens appellent l’argent – n’ont plus de fondements réels; ce ne sont que l’instrument d’une politique donnée des Etats. A l’inverse, l’or représente une protection contre cette fuite en avant. Si vous souhaitez garder liquide une partie de votre patrimoine, seul l’or peut en préserver la valeur. Pas le papier: les taux d’intérêt sont négatifs si vous les défalquez de l’inflation.

Cet engouement ne reflète-t-il pas plutôt celui pour les matières premières, promulguées au rang de nouveaux instruments spéculatifs ?

En réalité, la hausse de l’or a peu à voir avec le métal jaune. Elle reflète plus d’une décennie de création «d’argent artificiel». C’est une illusion de croire que l’or monte: c’est en réalité le papier qui sert à l’acheter qui se déprécie.

Le métal jaune avait déjà connu une envolée au cours des années 1970. Quinze ans plus tard, celle-ci n’était plus qu’un souvenir…

– Souvenez-vous des Etats-Unis à la fin des années 1970: après des années d’inflation, Paul Volcker, alors à la tête de la Réserve fédérale, décide de relever les taux d’intérêt. Drastiquement. Cela a provoqué trois ans de récession, un chômage massif. Reagan plongeait dans les sondages. Mais cela a également permis au dollar de redevenir une devise respectée. Tout a commencé à se fissurer avec la bulle Internet et avec la réponse des autorités monétaires sous Greenspan : la «Fed» s’est mise à remettre les banques à flot, à soutenir les «hedge funds». Les erreurs étaient épongées par les dollars imprimés. Nous avons atteint le point de non-retour. Quand vous avez imprimé si longtemps de l’argent pour soutenir artificiellement l’économie, la soudaine réconciliation entre les valeurs affichées et ce que valent vraiment les choses sur le marché est terrible.

Plus que la fin du monde, vous ne pensez pas que nous traversons une période de morosité similaire à celle des années 1970 ?

Je ne dis pas que nous ne pouvons pas nous hisser hors de ce gouffre. Mais je ne vois aucun responsable à même de tenir la barre. Au début des années 1980, vous aviez une Réserve fédérale avec une vision claire, un nouveau gouvernement largement élu. Où est le front commun aujourd’hui aux Etats-Unis ? Les progressistes se battent bec et ongles pour maintenir les programmes sociaux. Les conservateurs militent pour des coupes dans le secteur public, à n’importe quel prix. Pendant ce temps, Obama ne dit rien. Et Ben Bernanke suit une politique opposée à celle initiée par M. Volcker il y a trente ans.

Tout autant qu’à la noirceur de la situation aux Etats-Unis – ou en Europe – cette appréciation de l’or n’est-elle pas liée aux besoins d’épargne d’une nouvelle classe moyenne chinoise ou indienne ?

– Juste. Vous n’avez pas besoin de répéter à un Chinois deux fois que l’or a une valeur intrinsèque : il le sait mieux que quiconque que, en comparaison de l’état dans lequel se trouvent ses banques, la situation de Citigroup ressemble à un conte pour enfants.

Peut-on encore parler de placement intéressant après une décennie d’appréciation ?

Tout actif qui monte depuis onze ans a forcément attiré de la spéculation – de la «fast money» – et des suiveurs qui prennent le train trop tard. Il est légitime de se demander s’il est encore temps d’acheter, bien sûr qu’il aurait mieux valu le faire il y a onze ans. Mais je ne vois toujours pas apparaître les véritables éléments constitutifs d’une monnaie forte, en Europe ou aux Etats-Unis.

Vous étiez l’un des rares à vous intéresser au secteur minier à la fin des années 1990. Qu’est-ce qui motivait alors votre choix ?

– Lorsque nous avons lancé notre fonds en 1998, l’or – et, souvent, le secteur minier – était l’objet d’un dédain quasi universel. C’est précisément pour cela que nous avons décidé de lancer un tel fonds: il n’y avait guère de risques. A l’époque, il n’y avait plus personne à Wall Street pour s’intéresser au secteur des métaux. Nous avons pratiquement dû tout apprendre sur le tas à l’époque.

Source : Le Blog à Lupus

Information complémentaire :

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