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Comission Europeenne 16 06 2017

Les Européens réfléchissent à la création d'European Safe Bonds.

La fin du soutien de la BCE va rendre la zone euro plus vulnérable.

« C'est seulement quand la mer se retire que l'on voit ceux qui nageaient nus. » La maxime de Warren Buffett revient à l'esprit des investisseurs à mesure qu'approche la fin du soutien de la Banque centrale européenne (BCE) au marché des emprunts d'État. « En comprimant les primes de risque des États, le programme d'achat de la BCE s'est en quelque sorte substitué à un outil de mutualisation des dettes de la zone euro, résume Nick Kounis, chez ABN AMRO. Sa disparition va donc laisser un vide inquiétant. La zone euro va se retrouver de nouveau vulnérable. »

Le temps d'une vraie mutualisation des dettes, avec la création d'obligations communes et d'une agence de la dette européenne, serait-il venu ? Le patron de la Bundesbank vient de rappeler la position allemande mercredi. Jens Weidmann s'oppose à à toute idée d'« eurobonds ». Mais il est aussi un peu méfiant à l'égard des « European Safe Bonds », un concept qui circule depuis des mois au sein des instances européennes et qui a été formalisé par des universitaires. De quoi s'agit-il ? Les European Safe Bonds consistent en une opération de titrisation des emprunts d'État. On fabrique un titre synthétique adossé à des obligations d'État achetées sur le marché secondaire. L'idée de départ est de répondre au phénomène de raréfaction des actifs financiers sûrs (notés AAA), très recherchés par les investisseurs. Il s'agit de produire de nouveaux titres sans risque.

Beaucoup de questions

Le projet des universitaires - qui envisagent ainsi de doubler l'offre de titres notés AAA libellés en euros - repose sur la mécanique suivante : un véhicule public ou privé achète un portefeuille composé de différents titres souverains de la zone euro, selon une pondération prédéfinie. Pour financer cet achat, l'entité émet deux types de titres : des obligations sûres (senior) achetées par des fonds souverains, banques centrales étrangères, etc. Et des obligations plus risquées (junior), pour les fonds spéculatifs.

Lorsqu'un État fait défaut, ce sont les détenteurs des titres junior qui subissent les pertes, sauf si celles-ci sont telles qu'il faut remonter aux détenteurs de titres senior. « Un scénario très peu probable », jugent les auteurs du projet, étant donné le calibrage préconisé. Selon eux, la tranche junior doit peser 30 % et la tranche senior 70 % de la valeur faciale sous-jacente.

Le rapport, dont l'examen par le Conseil européen du risque systémique est repoussé à décembre, soulève encore beaucoup de questions. Notamment concernant les contraintes réglementaires appliquées aux produits titrisés par rapport aux obligations d'État. Faudrait-il apporter une garantie publique pour y remédier et attirer les investisseurs ? La Buba refuse en tout cas d'impliquer une entité européenne, par crainte de mutualiser les risques. Elle est cependant ouverte au projet, pourvu qu'il soit entièrement porté par les marchés. De son côté, la Banque de France insiste sur l'un des avantages de ce dispositif. En septembre, François Villeroy de Galhau a ainsi déclaré que les European Safe Bonds pourraient « réduire le lien excessif entre dette souveraine et secteur bancaire domestique ». Mais même à Bercy, certains s'interrogent sur le bien-fondé de créer un instrument complexe et finalement moins liquide que la dette d'État...

I. Co., Les Échos

Source : Les Échos.fr

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