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Franchement, vous le prendriez comment vous si Matteo Salvini ou Viktor Orban s'adressait à vous dans le Figaro ? Encore une preuve qu'Emmanuel Macron est totalement déconnecté de la réalité....

Macron Europe 06 03 2019
Tour d'Euope - Christoph Hardt / Geisler-Fotopres / Geisler-Fotopress / dpa Picture-Alliance
 
La tribune d'Emmanuel Macron "Pour une renaissance européenne", publiée ce mardi 5 mars dans 28 quotidiens européens différents, n'a pas vraiment soulevé l'enthousiasme sur le continent.

En s'adressant à 28 nationalités différentes, dans un texte publié ce mardi 5 mars dans autant de journaux, en 22 langues, Emmanuel Macron espérait sans doute rencontrer un écho inédit. Las, son plaidoyer "Pour une Renaissance européenne" ne semble pas avoir suscité un intérêt démesuré sur le vieux continent. Il suffit d'écumer les unes des sites des quotidiens européens pour s'en rendre compte.

Dans l'est de l'Europe, la tribune semble avoir à peine été remarquée, le nom d'Emmanuel Macron étant parfois carrément absent des sites de quotidiens hongrois ou autrichiens. Certes, des articles factuels, visiblement tous inspirés de la même dépêche de l'agence de presse Reuters, sont repris dans la plupart des médias européens. Certes, la tribune du président français a figuré un temps en tête de lecture du site du quotidien irlandais The Irish Times. Certes, quelques journaux, comme La Repubblica, en Italie, ou encore la Gazeta Wyborcza, en Pologne, ont pris soin de rédiger eux-mêmes leur compte-rendu. Mais en dehors de ces maigres exemples, la lettre d'Emmanuel Macron aux Européens a été reléguée dans les tréfonds des colonnes opinions des journaux du continent. Et dans les rares pays où le texte a provoqué quelques réactions… ces dernières sont mitigées, quand elles ne sont pas carrément critiques. Tour d'Europe des réactions provoquées par un texte qui a fait "pschitt".

Parmi les réactions qui meublent aujourd'hui la presse européenne, certains n'hésitent pas à soutenir l'initiative du président français. Si l'on est loin des éloges énamourés des débuts, quand Emmanuel Macron était par exemple représenté en une de l'hebdomadaire The Economist en train de marcher sur l'eau, certains, comme le quotidien économique allemand Handelsblatt saluent l’initiative d’Emmanuel Macron. “S’adresser directement à tous les Européens, sans le détour des autres gouvernements. Personne n’a osé le faire avant lui”, complimente le journal allemand.

Une "série de propositions ambitieuses"

C'est à travers un édito du quotidien belge La Libre qu'Emmanuel Macron trouve son plus grand fan. Dans un texte en une de son site - s'il vous plaît ! - Francis Van de Woestyne, ancien rédacteur en chef du journal, vante une tribune visant à construire "un continent sûr" et "prospère" : "Comment ne pas partager cette ambition, ce projet face au rejet, l’arme des populistes ? Comment ne pas le suivre quand il lance : "nous ne pouvons pas être les somnambules d’une Europe amollie" ?", se demande le journaliste, avant d'enchaîner, conquis : "Face aux rabougris, aux défaitistes, à ceux qui rêvent de voir l’Europe constituer une simple parenthèse dans l’histoire, le projet d’Emmanuel Macron pourrait enfin redonner une vision, une colonne vertébrale à l’Europe". Pour conclure ce texte dithyrambique, Van de Woestyne émet toutefois une critique : Emmanuel Macron, remarque-t-il, "ne dit pas comment il parviendra à partager ses idées, ni par qui elles seront portées au niveau européen".

Même constat pour le journal néerlandais De Volkskrant, qui évoque une "série de propositions ambitieuses" tout en fustigeant la méthode du président français. "Macron veut faire cela avec une stratégie française familière : une multitude d’agences, de traités, de conseils et d’autorités", écrit le quotidien de centre gauche. Ce dernier s’amuse également de l’emballement européen du chef de l’Etat, alors que le peuple français ne le suit pas, comme "les gilets jaunes l’ont clairement indiqué". "Le président regorge de vues grandioses et d’idées ambitieuses, mais la faisabilité politique de ses projets laisse à désirer", souligne-t-il.

Mais le premier vrai coup de griffe vient en réalité de La Stampa. Pour le quotidien libéral italien, le vote européen est un "défi que Macron veut jouer à la première personne" avec l’ambition "plus ou moins déclarée [de se] tailler une place dans les livres d’histoire sous la rubrique des “pères fondateurs de l’Europe”". L'amertume est similaire en Espagne : "Macron s'est-il rendu compte que ces idées ne sont pas seulement bloquées mais ont rouvert les plaies entre pays du Nord et du Sud, entre débiteurs et créanciers ? Ou est-ce juste une pause technique pour prendre de l'élan après les élections européennes ?", fustige le site d'actualité libéral-conservateur El Espagnol.

Critiques acides Outre-Manche

Quand ils ne sont pas mitigés, certains journaux sont ouvertement hostiles, en particulier Outre-Manche. Et pour cause : le Royaume-Uni a bénéficié d'un traitement spécial. Quand, en France et ailleurs en Europe, la lettre d'Emmanuel Macron a sobrement été titrée "Pour une renaissance européenne", l'exemplaire disponible sur le site du Guardian table sur la situation nationale du Royaume-Uni : "Chère Europe, le Brexit est une leçon pour nous tous : il est temps de nous renouveler". Ce qu'une partie de l'équipe du Telegraph semble avoir pris très personnellement. Tôt dans la matinée, le journal proche du parti conservateur a ainsi dégainé une tribune au lance-flamme de l'un de ses chroniqueurs pro-Brexit, Asa Bennet, pour qui : "Même si le dirigeant français est impoli à propos de cette décision, les Brexiters devraient le remercier d’avoir été aussi direct. Il leur a rappelé qu'ils ont fait le bon choix."

Plus tard dans la journée, visiblement très vexé, le journal britannique rempile. Selon le correspondant à Bruxelles du Telegraph, James Crisp, le président français ferait ainsi "peser une plus grande menace sur l'avenir de l'Union européenne que le Brexit". D'abord, car il continue de creuser l'opposition "entre les forces pro-européennes et nationalistes" qui s'opposent aujourd'hui au sein du continent. "M. Macron a versé de l'essence sur ce mélange combustible et risque une rude réaction de la part des pays qui refusent son choix binaire d'être un pays demandant "plus d'Europe" ou de bénéficier d'une adhésion de deuxième classe à l'UE".

Le journal britannique critique aussi vivement la proposition d'Emmanuel Macron de "remettre à plat l'espace Schengen" : "La perte de Schengen n’empêcherait ni les Polonais ni les Hongrois d’exercer leurs droits de libre circulation, note -t-il. Mais la réimposition des contrôles aux frontières dans la zone chère de Schengen au sein de l’UE enverrait un message hautement symbolique aux pays déjà en proie à l’inquiétude". Et de conclure, tout en sobriété : "son appel" pourrait aboutir "à la fragmentation des partis traditionnels au Parlement européen", conduisant à la "paralysie de la machine bruxelloise". Les Anglais prévoient un bien beau programme pour cette renaissance.

 

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Source : Marianne.net

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