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Et il n'y a pas que dans la police... Hélas... (informations complémentaires)

Police 23 10 2016
Des policiers encagoulés lors d'une manifestation non autorisée, jeudi 20 octobre, à Paris. (BERTRAND GUAY/AFP)

Les syndicats policiers jouent en ce moment une petite musique bien connue et très attendue par leur ministre de tutelle. Rendus silencieux et dociles par une cogestion bien huilée au jour le jour, ils sont désormais débordés par une base qui ne se reconnaît pas en eux. Face à la contestation collective qui prend forme, le ministère de l’Intérieur compte sur la bureaucratie syndicale qu’il entretient au jour le jour pour récupérer la situation et calmer le jeu.

Telle est la fonction du syndicalisme de co-gestion : maintenir la paix sociale en échange de quelques gratifications bienvenues.

Mais ce système coûteux pour la collectivité montre aujourd’hui ses limites, à en juger par la persistance d’une fronde très vivace sur le terrain.

Les syndicats policiers évitent toujours les sujets qui fâchent

Si les syndicats policiers sont aujourd’hui débordés par un mouvement collectif qui remet en cause le mépris exprimé par le management, c’est précisément parce que la bureaucratie syndicale adore répéter une litanie qui dénonce le manque de moyens et les conditions de travail, mais qui évite toujours avec beaucoup de soins d’aborder le sujet qui fâche. Il suffisait de suivre les témoignages des syndicalistes après les événements terribles de Viry-Chatillon pour comprendre que les syndicalistes sont là pour réclamer des moyens, dénoncer les dysfonctionnements de la Justice, déplorer les malheurs de la société, mais surtout ne pas poser la question de l’incompétence des hiérarques.

C’est par exemple le cas de l’intervention de Jean-Claude Delage, le secrétaire général du syndicat Alliance Police :

Luc Poignant, secrétaire général de FO Police, évite lui aussi le sujet et préfère expliquer que le problème, c’est le fonctionnement de la justice :

Sur ces points, les discours des syndicats policiers sont les mêmes que ceux de la technostructure qui se gave sur le dos du système et ne veut surtout pas le remettre en cause.

Dans la co-gestion, ce sont les prisonniers qui gardent le camp

Le fondement de la co-gestion explique facilement pourquoi la bureaucratie syndicale rejoint le discours du commandement. Dans un système de co-gestion, l’employeur propose aux organisations syndicales un échange de bons procédés. D’un côté, l’employeur finance la bureaucratie syndicale en lui accordant une multitude de petits privilèges qui la corrompent. Il crée ainsi une caste de privilégiés dont les intérêts se distinguent de la « base », et qui souhaite la préservation du système en place. D’un autre côté, il confie à la bureaucratie syndicale la fonction de maintenir l’ordre sur le terrain en canalisant les revendications et surtout en les neutralisant.

La co-gestion vise donc à intéresser une élite syndicale à la préservation d’une rente injuste : son objectif est d’assurer la pérennité d’un système en équilibre sous-optimal par l’achat de la paix sociale, grâce à la neutralisation des relais d’opinion susceptibles de perturber l’ordre. Autrement dit, dans la co-gestion, ce sont les prisonniers qui gardent le camp à la place des matons.

Les secrets bien gardés du ministère de l’Intérieur

Sur ces pratiques, le ministère de l’Intérieur conserve un secret tout à fait suspect. Aucun compte syndical n’est publié et il est impossible de savoir par quel circuit financier précis s’organise le financement des organisations syndicales publiques, et en particulier le financement des syndicats de policiers. On sait juste qu’ils disposent d’un nombre important de gratifications sous des formes différentes.

Dans l’absolu, l’opacité en vigueur sur les moyens accordés aux syndicats, déjà pointée du doigt par plusieurs instances, devient un véritable problème pour la démocratie.

La question de l’action sociale

Au-delà des subventions directes aux organisations syndicales, et des décharges d’heures sur lesquelles le citoyen n’a, en violation de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, aucune visibilité, l’administration met en oeuvre une autre pratique divertissante : l’action sociale. Cette mine d’or, à l’abri des regards, réserve quelques belles surprises.

Au ministère de l’Intérieur, elle porte quand même sur la coquette somme de 33,6 millions €, sans compter les salaires versés dans ce cadre. Voici ce que la loi de finances 2017 devrait assurer sur le sujet :

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Source: PLF 2017 (Cliquez sur l'image pour agrandir)

Dans cet ensemble, les petits cadeaux aux organisations syndicales se cachent d’abord dans la ligne « partenariat social », qui est dotée d’un budget de 13 millions €.

Les dérives de l’action sociale coûtent cher

Ce partenariat social à près de 13 millions € fait partie des fromages que le ministère de l’Intérieur alloue à ses syndicats pour les « tenir ». Il permet de confier des sinécures à quelques « grandes gueules » qui se transforment ainsi en moutons dociles prêts à tout pour continuer la dolce vita. L’ensemble est d’ailleurs chapeauté par la Commission Nationale de l’Action Sociale (CNAS) où siègent les syndicats représentatifs du ministère.

Sur ce point, l’inspection générale de l’administration a rendu, en juillet 2015, un rapport tout à fait intéressant, qui pontait du doigt… la confusion des genres dans le système. L’inspection déplorait que des membres de la CNAS exercent des fonctions exécutives dans des organismes sociaux que cette CNAS était chargée de contrôler ou de surveiller. Ainsi va la distribution des fromages.

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Source : extrait du rapport de l’IGA de juillet 2015

Le cas de la Fondation Louis Lépine

Le mélange des genres entre l’action syndicale et l’action sociale n’est pas un accident. Il est un choix : celui de confier à des syndicalistes trop turbulents des fonctions qui les « calment » et constituent, sous une forme ou sous une autre, un achat de leur silence.

Pour les policiers, c’est la Fondation Louis Lépine qui joue ce rôle. Chargée de faciliter le logement des policiers, de leur accorder des prêts sociaux et d’organiser un arbre de Noël, cette fondation reçoit une multitude de subventions au-delà de son budget « normal », soit un ensemble de plus de 11 millions €. Dans la réalité, ce budget est insincère dans la mesure où il « oublie » les agents mis à disposition gratuitement par la préfecture de police. Voici ce qu’en dit le rapport de l’IGA

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Source : rapport de l’IGA

Autrement dit, la Fondation Louis Lépine est un fromage mis entre les mains des organisations syndicales pour acheter leur complaisance vis-à-vis de la hiérarchie policière. Personne n’y décompte le nombre de fonctionnaires qui y travaillent, ou qui y sont affectés de façon fictive pour exercer des fonctions syndicales par ailleurs. Pour la Préfecture, ce système coûteux est évidemment une aubaine, puisqu’il permet de « tenir » les syndicalistes, dont le sort est en permanence suspendu au bon vouloir de l’employeur.

Les nominations de complaisance aux postes de prestige

Il était évidemment impossible d’aborder la question de la cogestion syndicale sans évoquer le système de nominations de-ci de-là pour remercier les syndicalistes de leurs bons et loyaux services.

Dans ce petit monde où l’on s’embrasse sur la bouche pour se dire merci, la constitution de la Ve République a même prévu une institution spécifique : le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) où siège notamment… Jean-Claude Delage, secrétaire général d’Alliance Police, au titre de la CGC. Si cette nomination n’a rien d’illégal, elle rappelle que la co-gestion est un système coûteux que la France adore, mais qui montre aujourd’hui ses limites sur tous les sujets.

Au passage, on notera que Jean-Claude Delage a bénéficié d’un renouvellement de son mandat au CESE en septembre 2015… contre les statuts de sa confédération syndicale. Soutien massif de sa présidente d’alors, Carole Couvert, qui avait changé les statuts pour assurer le renouvellement du poste de ses amis au CESE, Jean-Claude Delage a bénéficié d’une mesure d’exception, qui a finalement coûté sa présidence de la CGC à Carole Couvert.

Pas sûr que tous les policiers de terrain soient bien au courant de ce genre de combinazione.

La co-gestion contre l’intérêt général

On voit bien les limites de cette façon très française d’acheter les organisations syndicales. Faire taire les revendications de la base en créant une bureaucratie syndicale à la solde du pouvoir permet de retarder les réformes et de prolonger artificiellement la survie des rentes de situation. Mais retarder les réformes ne veut pas dire les éviter. Tôt ou tard, la réalité rattrape l’aristocratie qui se gave. Et la rattrapage est d’autant plus brutal qu’il est tardif.

La colère des policiers dans la rue le montre.

 

Source(s) : Eric-verhaeghe.entreprise.news via Contributeur anonyme

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