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Le général Rachid Ammar, symbole d'une armée républicaine, annonce à grand fracas son départ à la retraite et prédit la "somalisation" de la Tunisie. La rumeur court dans une opinion affolée : Ennahda pourrait chercher à placer ses hommes à l'Etat-major, comme Erdogan l'a fait en Turquie...

Rachid Ammar 26 06 2013
Le général Rachid Ammar au milieu des manifestants pendant la Révolution

Les Tunisiens se sentent un peu plus seuls depuis que le général Rachid Ammar, chef d'Etat-major, icône de la Révolution du 14 janvier 2011, a annoncé son départ à la retraite à 66 ans. Non par un communiqué laconique mais au cours d'une interview de trois heures sur la chaîne de télévision Attounissia au soir du 24 juin. Et quelle interview ! Après avoir longuement décrit une situation sécuritaire inquiétante, il a prédit la " somalisation" de la Tunisie si ne se produisait pas un sursaut des autorités. Le général Ammar est revenu sur les événements qui se déroulent depuis un mois, autour de Kasserine, près de la frontière algérienne : les djihadistes ont miné la montagne du djebel Chaambi, causant deux morts et de nombreux blessés graves chez les militaires. Il s'agissait, a-t-il révélé, d'un véritable camp d'entraînement. Il a fait le lien entre les terroristes d'aujourd'hui et ceux qui, à l'époque de Ben Ali, avaient commis plusieurs attaques non loin de Tunis, en janvier 2007. Une fois ce tableau dressé, Rachid Ammar a annoncé qu'il partait. Une annonce que, dans l'opposition, la plupart des éditorialistes s'accordent à trouver étrange et regrettable. Houcine Abbassi, le  secrétaire général de l'UGTT, l'Union générale des travailleurs tunisiens, l'a appelé dès le lendemain matin à revenir sur sa décision. Dans la rue, dans les cafés, dans les foyers, le départ du général Ammar, celui qui avait sauvé la paix civile pendant la Révolution, constitue le principal sujet de conversation et de tourment. "Comment peut-il décider de rentrer chez lui et de laisser le pays dans l'état qu'il décrit ?" s'interroge Samia, une infirmière de 51 ans qui vit à Ettadhamen, le grand faubourg populaire et ultra-pauvre de Tunis, à forte densité salafiste. "On ne fait pas confiance à la police mais on peut compter sur l'armée, c'est elle qui a assuré tout le déroulement des élections du 23 octobre 2011, poursuit-elle, elle a veillé sur nous comme elle le pouvait, mobilisée pour assurer le nécessaire pendant toutes les grèves qui paralysaient de nombreux secteurs depuis la Révolution..." 

Hamadi Redissi, écrivain et universitaire, figure de l'opposition intellectuelle laïque, s'avoue lui aussi désorienté. " Je suis resté rivé à mon écran de télé pendant trois heures, dit-il, je buvais avec angoisse les paroles du général. Il nous a dit deux choses capitales. D'abord il a répété que l'armée tunisienne restait profondément républicaine, qu'elle refuserait toujours de s'immiscer dans les affaires politiques du pays. On lui proposait la présidence après la fuite de Ben Ali : Rachid Ammar l'a refusée. Ensuite  il a bel et bien révélé qu'on l'avait empêché de faire son travail, notamment dans la tragédie du Djebel Chaambi où l'armée a été accusée à mi-mots d'incompétence. Qui est ce "On"? Le général Ammar s'est étonné de voir relâcher des individus hautement suspects, des terroristes que l'on n'appelait plus "terroristes" mais "activistes". Bref, je me pose des questions, ce départ est un grand mystère, cette interview qui le met en scène est étonnante et affolante..."'  

Une chose est sûre : il s'agit d'un événement majeur. Selon un sondage réalisé 24 heures plus tard, 81% des Tunisiens estiment que cette mise à la retraite est motivée par une toute autre raison que le désir de prendre du repos et de se consacrer à sa famille. Le général Rachid Ammar a-t-il été poussé vers la sortie par un pouvoir islamiste avec lequel les escarmouches n'ont pas cessé ?

Lors des obsèques de Chokri Belaid, le leader du Front Populaire assassiné le 6 février 2013, c'est lui qui se trouvait aux côtés  de sa veuve Basma alors que la jeune femme avait refusé toute présence d'un représentant du gouvernement. Gouvernement que Basma Belaid accuse toujours d'avoir fait tuer son mari, figure charismatique et rival sérieux pour les futures élections. C'est au général Ammar que Basma a demandé de veiller sur sa sécurité et celle de ses deux filles, n'ayant aucune confiance dans la police. Les indices d'un conflit s'étaient récemment multipliés, le général et ses proches, tout comme l'ex-ministre de la défense, rappelant que l'armée, jalouse de son indépendance et loyale vis-à-vis du peuple tunisien, n'obéirait jamais à personne.

Or les islamistes tunisiens pourraient être frappés du même syndrome que leur ami Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre turc. Ce dernier a décapité l'Etat-major kemaliste. Les uns ont été mis à la retraite tandis que des dizaines d'officiers sont au cachot, inculpés dans un complot contre l'Etat dont les preuves semblent avoir été fabriquées pour l'occasion. D'autres ont pris leur place. Erdogan a menacé de faire donner l'armée contre les jeunes manifestants de la place Taksim. Une armée islamo-compatible ! 

Rached Ghannouchi, le gourou d'Ennahda, qui confiait l'an passé à des leaders salafistes compter sur le temps pour accéder à une société de la Charia, caresse-t-il ce rêve ? Ali Laarayedh, Premier ministre très proche du gourou islamiste, lui emboîte-t-il le pas ?

De toute évidence, le  Général Rachid  Ammar était trop républicain pour leur Tunisie future.

 

Source : Marianne.net

Informations complémentaires :

Crashdebug.fr : L'or sale de Ben Ali est-il passé impunément par Nice ?

 

 

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