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Je suis désolé, je reviens là-dessus, mais c’est une grosse préocupation pour les années qui viennent. Non seulement, comme je le soulignais, les promesses de nos hommes politiques sont irréalistes, mais en plus nous avons un souci plus urgent concernant la maintenance de ces centrales (qui ont été négligées depuis 30 ans). Résultat, entre 50 et 100 milliards de dépenses à mettre sur la table, et tout de suite, pas demain. Car chaque jour le risque d’un accident grave se fait plus pressant (vidéo ci-dessous). Concrètement, ce qui manque à notre pays, ce sont des dirigeants honnêtes avec une réelle « vision »  (comme le général de Gaulle), pas des gens qui visent le prochain sondage, et qui en plus, techniquement sont totalement nuls (ou soumis au lobby ? ; ).


EDF en situation 'critique' - 'On prend le... par folamour_dailymotion

Après son accord avec les Verts, Benoît Hamon promet la fin du nucléaire dans 25 ans. Mélenchon est sur la même ligne. Une promesse très osée.

Enfoncé, François Hollande ! Pressé par ses alliés écologistes, le candidat socialiste promettait en 2012 de réduire la part du nucléaire à 50 % dans la production nationale d'électricité en un peu plus de dix ans, contre 75 % alors. Une promesse de campagne consignée dans la loi, même si rien – ou presque – n'a été fait depuis pour la satisfaire. Cinq ans plus tard, Benoît Hamon change de braquet. Le candidat socialiste, qui vient de nouer une alliance avec l'écologiste Yannick Jadot, promet « la sortie progressive et intégrale du nucléaire, avec objectif d'y parvenir à l'horizon d'une génération, soit 25 ans, avec fermeture des premiers réacteurs durant la mandature [...] ».

En clair, en 2042, les 58 réacteurs de l'Hexagone seraient fermés – l'EPR de Flamanville s'ajoutant sans doute à la fournée une quinzaine d'années après sa mise en service et plus de dix milliards d'euros investis ! Le pays s'alimentera donc en énergie par la seule force du vent, du soleil, de l'eau et de quelques autres sources renouvelables comme la biomasse – si Benoît Hamon accède à l'Élysée et si ses successeurs maintiennent cet objectif.

Jean-Luc Mélenchon est sur la même ligne, bien qu'il laisse aux centrales un peu plus de temps à vivre. Le candidat de La France insoumise promet une énergie intégralement renouvelable en 2050 – ce qui suppose l'arrêt complet des réacteurs à cette date, dans un peu plus de trente ans. De son côté, Emmanuel Macron est plus ambigu. Il conserve l'objectif de la loi de transition énergétique (50 % en 2025), bien qu'il ait voulu faire d'EDF un champion du nucléaire lorsqu'il était à l'Élysée et à Bercy. Il a ainsi poussé pour que l'électricien vienne au secours d'Areva et investisse dans les EPR d'Hinkley Point, en Angleterre.

Du pain sur la planche

La prudence de Macron se comprend. L'objectif des deux autres candidats, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, est en effet difficilement tenable. En soi, la volonté de produire toute l'énergie consommée en France grâce au vent ou au soleil est compréhensible. Si le parc nucléaire hexagonal n'a jamais connu d'accidents majeurs, les précédents, dont la catastrophe de Fukushima, obligent à réfléchir à l'avenir de la filière (qui inclut la question des déchets). Mais les moyens d'y parvenir semblent irréalistes, surtout dans un délai si court. Déjà, l'objectif de la loi votée durant le quinquennat (les fameux 50 %) est inatteignable. « Pour le réaliser, il aurait dès maintenant fallu entamer la fermeture de 15 à 20 réacteurs. On n'en prend pas le chemin ! » remarque Jacques Percebois, professeur à l'université de Montpellier et président de la commission Énergie 2050. Seul l'arrêt des deux réacteurs de Fessenheim est entamé. Mais on n'en est qu'au tout début du processus, aisément réversible par un autre gouvernement.

Imaginons pourtant qu'une fois installés à l'Élysée Benoît Hamon (hypothèse 1) ou Jean-Luc Mélenchon (hypothèse 2) veuillent tenir leur promesse. Un nouveau PDG d'EDF, nommé à cet effet, engage les fermetures. Il a du pain sur la planche : il doit couper 58 réacteurs en vingt-cinq ans (hypothèse 1) ou en trente-trois ans (hypothèse 2). Évidemment, il faut anticiper dès mai 2017 ce cataclysme. Car nos 58 réacteurs représentent aujourd'hui l'essentiel de notre production d'électricité (75 %). Potentiellement, ils peuvent fournir 63,1 gigawatts d'électricité (c'est la puissance installée), alors que l'ensemble des capacités d'énergies renouvelables hors hydraulique (éolien, solaire...) ne représente qu'environ 20 gigawatts. Et encore, on ne parle là que de puissance « installée » : une éolienne ne fournit de l'électricité que lorsqu'il y a du vent, un panneau solaire que quand le soleil brille. La puissance installée n'est pas la puissance fournie. Une éolienne n'utilise environ que 20 % de sa capacité, par exemple. Pour compenser l'arrêt des centrales, il faudrait donc installer dès aujourd'hui beaucoup, beaucoup d'éoliennes et de panneaux solaires, et accélérer l'essor des bioénergies, comme la biomasse.

Les éoliennes patinent

L'ennui, c'est que l'effort actuel n'est pas à la mesure de l'ambition. Le nombre de parcs d'éoliennes a chuté entre 2011 et 2013, avant de se redresser. On est donc loin du compte : les éoliennes n'ont produit en 2016 que 4 % de l'électricité française, et il faut compter en moyenne sept longues années entre la décision d'implanter un parc éolien et les premiers watts fournis par ce parc. Le solaire, de son côté, patine un peu : le nombre de panneaux reliés au réseau en 2016 est le plus faible depuis 2009.

« On investit déjà plus de deux milliards d'euros chaque année dans les énergies renouvelables, on ne peut pas faire beaucoup plus », se défend-on à EDF. L'Allemagne, qui a décidé de sortir du nucléaire (en partant d'un parc de centrales bien moindre que le nôtre), a opté pour une autre solution, au moins transitoire : relancer les centrales à charbon, qui polluent à qui mieux mieux le ciel allemand. Pas sûr que nos écologistes adorent...

L'État obligé de mettre la main à la poche ?

Autre problème en ces temps de disette budgétaire, la fermeture des centrales coûterait une fortune à EDF – donc au contribuable. L'État se priverait d'une manne financière, alimentée pour l'essentiel par les centrales : il prend dans les caisses d'EDF environ 2 milliards d'euros chaque année au titre des dividendes. De même, l'État serait sans doute obligé de mettre la main à la poche pour financer le démantèlement des centrales, EDF étant très endetté. À titre d'exemple, l'entreprise publique a mis de côté, l'an dernier, 23,6 milliards d'euros pour dépecer neuf réacteurs seulement !

Lire sur ce sujet : « EDF, le chantier du siècle »

Les candidats de gauche (et du centre) semblent pourtant oublier un point essentiel : un gouvernement ne peut, formellement, contraindre EDF à fermer ses réacteurs. Certes, le PDG – Jean-Bernard Lévy, en l'occurrence – est nommé par les pouvoirs publics. Mais l'entreprise est propriétaire de ses 58 réacteurs. Si l'autorisation administrative de les exploiter et de les fermer appartient à l'État, sous la forme de décrets, le feu vert doit d'abord être donné par le conseil d'administration d'EDF, au sein duquel l'État n'est pas majoritaire. Sans son accord, rien ne se fait. Avenue de Wagram, dans les couloirs du siège de l'électricien, il y a de fortes chances pour que les promesses électorales de 2017 soient accueillies comme celles de 2012 : avec circonspection.

 

Source : Le Point.fr

Informations complémentaires :

Nucleaire 26 02 2017