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Je pensais qu'on leur avait vendu de l'Amesys ou du Qosmos, même pas (enfin ça n'exclut pas), en tout cas sans Disclose nous n'aurions rien su de ces frappes chrirurgicales et léthales qui implique une équipe française, et donc notre gouvernement, décidément, Libye, Yémen, Égypte, là où il y a du fric notre gouvernement taille des pipes.

Crime Odieux France

Par Global Voices

La France a fourni à l'Égypte des renseignements et des technologies qui ont permis à cet État d'Afrique du Nord de commettre des crimes et de graves violations des droits de l'homme sous couvert de lutte contre le terrorisme, a révélé le site d'investigation indépendant français Disclose.

Sur la base de centaines de documents secrets qui circulent au plus haut niveau de l'État français, Disclose a mené une série de reportages d'investigation d'une semaine qui a débuté le dimanche 21 novembre, montrant "la responsabilité de la France dans les crimes commis par la dictature d'Abdel Fattah al-Sisi en Égypte", notamment les frappes aériennes contre les civils.

Suite à la prise de pouvoir militaire de juillet 2013 en Égypte et au déracinement du premier président démocratiquement élu du pays, le Conseil des affaires de l'Union européenne avait déclaré le 21 août que ses États membres "ont décidé de suspendre les licences d'exportation vers l'Égypte pour tout équipement qui pourrait être utilisé pour la répression intérieure". Cependant, un rapport de 2018 de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) indique qu'"au moins huit entreprises françaises - encouragées par un gouvernement après l'autre - ont néanmoins profité de cette répression pour engranger des bénéfices records". Entre 2010 et 2016, les livraisons d'armes françaises à l'Égypte sont passées de 39,6 millions d'euros à 1,3 milliard d'euros."

Selon Disclose, les palais présidentiels français, que ce soit sous François Hollande ou Emmanuel Macron, étaient bien informés du rôle joué par la France dans ces violations, mais n'ont pris aucune mesure pour y mettre fin.

L'un des rapports de Disclose a montré qu'une mission de renseignement qui a débuté en février 2016 sous le nom d'opération Sirli pour lutter contre le terrorisme a déraillé en une campagne d'exécutions arbitraires. La mission, selon Disclose, a été discutée en 2015 par les principaux chefs militaires et du renseignement des deux pays et tournait autour de la sécurisation des frontières de l'Égypte avec la Libye, un pays déchiré par la guerre civile. Les responsables du Caire se sont dits préoccupés par les activités terroristes dans ses déserts occidentaux, ce à quoi la France était heureuse de prêter son concours, car cette dernière venait de conclure l'achat de 24 avions de combat Rafale et de deux frégates polyvalentes (FREMM) pour une valeur totale de 5,6 milliards d'euros.

Une équipe française de 10 membres déployée en Égypte pour cette mission était équipée de Merlin III, un avion léger de surveillance et de reconnaissance, qui devait servir d'oreilles et d'yeux à l'équipe. Cependant, en l'absence d'un accord de coopération définissant explicitement l'objectif et le cadre de la mission, les autorités égyptiennes se sont rapidement éloignées de l'objectif théorique de la mission - identifier les menaces terroristes.

C'est ce qu'a écrit Disclose :

    Mais très vite, l'équipe française s'est rendu compte qu'elle était utilisée pour faciliter l'assassinat de civils soupçonnés d'activités de contrebande. L'équipe en a informé sa hiérarchie à intervalles réguliers - pendant un an, puis deux et, enfin, trois ans - mais en vain.

Pour la population des déserts occidentaux d'Égypte, dont la majorité vit sous le seuil de pauvreté, la contrebande de cigarettes, de drogues ou d'armes, mais aussi de riz, de céréales et de produits cosmétiques, constitue un revenu indispensable, trop irrésistible malgré les risques qui y sont associés.

Pendant la durée de la mission, l'Etat français avait accepté une demande égyptienne de créer "une boucle courte de transmission d'informations" de l'avion à la base, dont le but, selon M. Disclose, était de permettre à l'aviation égyptienne de se rendre sur zone pour "traiter" la cible le plus rapidement possible.

En raison de cette "boucle courte", les forces françaises pourraient avoir été impliquées dans au moins 19 bombardements de civils entre 2016 et 2018, selon les documents classifiés obtenus par Disclose. Le rapport précise :

    Les frappes ont souvent détruit plusieurs véhicules, et le nombre de victimes pourrait atteindre plusieurs centaines. Selon les critères de la résolution 56/83 de l'Assemblée générale des Nations unies, la complicité de la France dans ces exécutions illégales a pu être établie.

Parmi les civils innocents tués à la suite de ces raids, indique Disclose, figure Ahmed El-Fiky, ingénieur, et deux de ses collègues, dont le pick-up a été pris pour cible alors qu'ils travaillaient au pavage d'une route près de la ville oasis d'Al-Bahariya, qui compte environ 32.000 habitants. La famille du père de trois enfants a subi des pressions pour qu'elle concède que la raison de sa mort est inconnue, selon le rapport.

Des rapports militaires secrets répétés ont été déposés par les membres de la mission à l'Elysée, soulignant la nécessité d'un accord de coopération pour rétablir la priorité de la mission en tant que lutte contre le terrorisme, et faisant remarquer que la lutte contre le terrorisme arrive en troisième position dans les objectifs des Egyptiens - après les trafics et l'immigration illégale. Les préoccupations exprimées dans l'un de ces rapports, publié le 23 novembre 2017, sont les suivantes :

    Par manque de moyens de surveillance, l'identification des pick-up ne peut se faire sans un élément de surveillance distinct, autre que le survol initial dont ils ont fait l'objet. Aussi, l'identification de certains véhicules et les frappes négatives qui en découlent pourraient être remises en cause.

Toutefois, le président français Macron continue de soutenir la mission, qui reste déployée en Égypte.

Plus d'implication française

Parmi les révélations de Disclose, on apprend comment la société peu connue, CAE Aviation, basée au Luxembourg, a fourni des employés - pilotes, analystes et techniciens - pour faire partie de l'équipe française dans l'opération Sirli. La société était autorisée par son contrat avec les services de renseignement français à fournir un avion léger de surveillance et de reconnaissance - ou ALSR - ainsi qu'une équipe opérationnelle de six personnes, composée de deux pilotes et de quatre techniciens. Le contrat de la société avec les services de renseignement français est protégé par les lois françaises sur le secret défense.

Le site web a révélé que deux pilotes et experts techniques de CAE Aviation accompagnent le personnel militaire régulier pendant les missions, qui peuvent durer entre cinq et six heures. Les deux autres techniciens de CAE restent à la base, pour centraliser les informations qui leur sont renvoyées par l'avion, avant qu'elles ne soient transmises aux Egyptiens. Divulgation notée :

    Cette aide précieuse fournie pour contrôler la région désertique ferait d'eux les témoins directs des frappes répétées de l'armée égyptienne contre les civils.

En outre, le site web a également montré que trois entreprises françaises - Nexa Technologies, Ercom-Suneris, Dassault Systèmes - ont fourni à l'Égypte un système de cybersurveillance massive qui a été utilisé contre des ONG, des journalistes, des militants et bien d'autres personnes dont les téléphones et ordinateurs portables ont été mis sur écoute par l'État.

Réaction en ligne à Disclose

Après la publication des rapports de Disclose, le site web a été ajouté aux centaines d'autres sites web que l'Égypte a bloqués.

Les rapports ont suscité une riche contribution des commentateurs en ligne, présentant une analyse de la situation sécuritaire, politique et des droits de l'homme en Égypte, et critiquant le soutien de Paris aux violations commises contre les civils.

D'autres analystes ont également souligné l'importance des informations qui ont été révélées pour la première fois dans la série d'enquêtes :

 

Image : Capture d'écran de la couverture de la série d'enquêtes de Disclose, montrant l'implication de la France dans les crimes commis par l'État égyptien contre les civils.

 

Source : Global Voices

 

Informations complémentaires :