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Loin de moi l’idée de vous dégoûter, mais je pense qu’il est important de connaître son ennemi, aussi bienvenu dans les coulisses de la bête, encore une fois…

Partant à l’assaut de la forteresse Europe, Christophe Deloire et Christophe Dubois entreprennent de mettre en lumière les arcanes du pouvoir bruxellois. Un monde méconnu et souvent opaque, où hauts fonctionnaires et technocrates sont à la manœuvre en coulisses pour décider du quotidien de près de cinq cents millions d’Européens.

28 juin 2012. Un impressionnant barnum de véhicules officiels envahit les rues bruxelloises. Quatre fois par an au moins, le même rituel se répète quand les 27 chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union se retrouvent pour un nouveau sommet européen. Alors que la crise ébranle depuis trois ans l’économie des 27, François Hollande, pour sa première participation, entend défendre auprès de ses homologues son pacte de croissance. Après avoir été livrés à une armada de journalistes accrédités, les dirigeants européens prennent place dans la salle du conseil. Les portes se referment. Au petit matin, le président français affiche sa satisfaction : le Conseil européen, présidé par le Belge Herman Van Rompuy, a décidé de consacrer 120 milliards à la relance de la croissance en Europe. Une victoire dont plusieurs dirigeants vont s’attribuer la paternité en conférence de presse. Qui pourrait les contredire puisque personne, excepté les fonctionnaires habilités à retranscrire le texte intégral des débats, non communiqués à la presse, n’a eu accès à la salle du conseil européen ?

Cap sur la Commission européenne, l’équivalent d’un conseil des ministres, que préside le Portugais José Manuel Barroso. Nommés pour quatre ans, ces 27 commissaires – un par Etat membre  - ont en charge la mise en œuvre des politiques communautaires, du contrôle des budgets nationaux aux projets de réformes législatives. Un rôle prépondérant que la Luxembourgeoise Viviane Reding, vice-présidente de la Commission et commissaire européenne à la Justice, vient rappeler à Paris à une poignée de députés : « Il faut lentement, mais sûrement, comprendre qu’il n’y a plus de politique intérieure nationale. Il n’y plus que des politiques européennes partagées dans une souveraineté commune. » Une donne à laquelle se plient des parlementaires hexagonaux, comme Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée, ou des ministres, à l’instar d’Arnaud Montebourg, en charge du redressement productif, en faisant régulièrement le voyage jusqu’à Bruxelles pour peser, avec plus ou moins de résultats, sur les dossiers stratégiques.

Une armée d’anonymes aux commandes

Pour piloter la maison Europe, la Commission européenne s’appuie notamment sur le travail des 600 experts de la Direction générale des affaires économiques et financières (DG ECFIN). Parmi ses analystes, Salvatore Serravalle. Cet ancien fonctionnaire de Bercy veille au respect par les pays de la zone euro de la fameuse « règle d’or », qui proscrit un déficit budgétaire supérieur à 3 %. « On peut émettre une mise en demeure, explique le spécialiste des statistiques, et, si cela n’est pas respecté, préconiser des sanctions financières, qui peuvent aller jusqu’à une amende de 0,2 % du PIB. Soit, pour la France, à peu près 4 milliards d’euros… » A 32 ans, Nicolas Philiponnet fait, lui, partie des 15 spécialistes de la section « France » de la DG ECFIN. Scrutant au quotidien les paramètres de notre économie, il en tire analyses et recommandations sur des sujets aussi cruciaux que « la trajectoire des déficits publics, les réformes des retraites, le chômage des jeunes ou le fonctionnement de Pôle emploi. » Des rapports indispensables à la décision des commissaires. Inflexible quand il s’agit de faire disparaître une taxe qu’il estime avoir fait son temps sur les briquets chinois, le commissaire européen au Commerce Karel De Gucht retoque la croisade en faveur du « made in France » entreprise par Arnaud Montebourg : « Un produit exclusivement fait dans un pays, cela n’existe plus », assure ce libéral belge, qui regrette que la Commission soit « trop facilement utilisée par les responsables politiques comme bouc émissaire. Si les politiques prenaient un peu plus de responsabilités pour ce qu’ils font ou ne font pas, cela rendrait notre vie un peu plus facile. » Pas sûr cependant que tous les citoyens européens partagent cet avis...

 

Christine Guillemeau

 

Source : France5.fr

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