L'Iran inaugure sa première centrale nucléaire

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Une belle victoire pour le peuple iranien, sachant que le combustible reste propriété russe.

par Katia Goloubkova et Ramin Mostafavi

BOUCHEHR Iran (Reuters) - La première centrale nucléaire iranienne a été inaugurée samedi à Bouchehr, dans le sud-ouest du pays, où des techniciens ont entamé le transfert des barres de combustibles.

Longtemps différé, le lancement des activités opérationnelles de la centrale, conçue, réalisée et alimentée par la Russie, est un succès majeur pour le régime iranien, que les Occidentaux soupçonnent de vouloir se doter de l'arme atomique.

Les experts estiment toutefois qu'elle ne présente pas un risque élevé en termes de prolifération militaire.

La cérémonie, qui s'est déroulée en présence d'Ali Akbar Salehi, directeur de l'Organisation atomique iranienne, et de son homologue russe, a été retransmise en direct à la télévision publique.

"En dépit de toutes les pressions, de toutes les sanctions et de toutes les difficultés imposées par les nations occidentales, nous assistons aujourd'hui au lancement du plus grand symbole des activités nucléaires pacifiques de l'Iran", s'est félicité Salehi, lors d'une conférence de presse.

Des techniciens ont commencé à transférer les barres de combustibles fournies par la Russie de leur site de stockage vers le réacteur proprement dit.

"Le début de la première phase du démarrage a eu lieu", a précisé Sergueï Novikov, porte-parole de Rosatom, la société publique russe chargée du projet depuis 1995.

Selon des responsables iraniens, la production effective de la centrale de Bouchehr débutera dans un délai de deux à trois mois après chargement du réacteur. Le combustible, susceptible d'être utilisé à des fins militaires, sera rapatrié en Russie pour éviter tout risque de prolifération.

La mise en route de la centrale de 1.000 mégawatts et sa montée progressive en puissance constituent un événement majeur pour des Iraniens soucieux de s'affranchir de leur dépendance aux hydrocarbures, d'accroître leurs exportations de brut et de se préparer à l'"après-pétrole".

"C'est un grand jour que l'Iran attendait depuis des années Le lancement de Bouchehr a été reporté tant de fois que les Iraniens vont pousser un soupir de soulagement", déclarait cette semaine Mark Fitzpatrick, spécialiste des questions de prolifération à l'Institut international d'études stratégiques (IISS) de Londres.

PAS DE RISQUE DE PROLIFÉRATION

La centrale nucléaire, destinée exclusivement à la production d'électricité, est placée sous la surveillance de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

L'instance viennoise a rappelé samedi qu'elle faisait l'objet d'inspections régulières. "L'agence procède aux vérifications adéquates, conformément aux procédures de sécurité qu'elle a établies", a déclaré un porte-parole.

Des diplomates confirment que la centrale n'est pas liée aux programmes parallèles d'enrichissement de l'uranium, à l'origine des inquiétudes occidentales. Elle ne devrait pas donc exacerber les craintes de la communauté internationale en plein bras de fer avec l'Iran.

Samedi, le département d'Etat américain a fait savoir que Washington n'y voyait pas de risque de prolifération, notamment en raison du rôle de la Russie.

Moscou a accepté en 1995 de construire la centrale de Bouchehr sur le littoral du Golfe, dans le sud-ouest de l'Iran, à l'emplacement où un autre projet avait été lancé avant la révolution islamique de 1979.

L'installation, estimée à un milliard de dollars, a été naguère une pomme de discorde entre la Russie et l'Occident. Les Etats-Unis et leurs alliés se sont toutefois montrés plus conciliants à sa son sujet, ces dernières années.

"Nous avons toujours respecté le droit de l'Iran à mettre au point un programme nucléaire exclusivement civil", a souligné Alistair Burt, secrétaire d'Etat britannique aux Affaires étrangères. Le problème, c'est le refus persistant de l'Iran de démontrer à l'AIEA et à la communauté internationale que ses travaux pour enrichir son propre uranium et ses projets (de réacteur) à eau lourde sont exclusivement pacifiques."

 

Avec Robin Pomeroy à Téhéran, Henri-Pierre André pour le service français


Source :
Reuters

Informations complémentaires :

Le Télégramme.com : Iran. la première centrale nucléaire est lancée
Romandie.news : Iran/centrale nucléaire: pas de risque de prolifération
Le Monde.fr : La centrale nucléaire de Bouchehr "symbole de la détermination de l'Iran"