5.0 of 5 (1 Vote)
Temps de lecture : 7 min

No comment...

Soldat_malien_24_01_2013.jpg
Un soldat malien à un check-point à l'entrée du bourg de Diabaly (Jerome Delay/AP/SIPA)

L'armée malienne se serait rendue coupable d'exactions dans les villes reconquises. Le risque était prévisible.

On ne pourra pas dire qu’on n’a pas été prévenu. Des soldats maliens se seraient rendus coupables d'exactions, notamment d'exécutions sommaires, dans les villes reprises aux djihadistes, d'après plusieurs témoignages dont la presse et des ONG (HRW, FIDH) se sont fait l'écho.

Représailles, chasse à l'homme, conflit ethnique... "C'est exactement ce que l'on craignait : on n'a pas cessé d'avertir sur les risques humanitaires d'un afflux de réfugiés et les dangers d'un nettoyage ethnique. La situation va être difficile à gérer maintenant", s'agace un diplomate occidental à Bamako. "La France a bousculé le calendrier, du coup de nombreux aspects ne sont toujours pas au point : le concept opérationnel, la formation de l'armée malienne, la préparation des troupes africaines de la MISMA et la protection des civils. Tout cela reste d’actualité alors qu’on est désormais dans l’urgence", conclut-il.

Les avertissements de l'Onu

Le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon, le premier, l'a martelé à chaque rendez-vous sur le Mali depuis juillet dernier. Dans un rapport adressé au Conseil de sécurité de l’Onu fin novembre, il avait fait part de ses préoccupations en des termes alarmistes : "Si une intervention militaire dans le Nord n'est pas bien conçue et exécutée, elle pourrait aggraver une situation humanitaire déjà extrêmement fragile et entraîner également de graves violations des droits de l'homme". Elle pourrait aussi, s'inquiétait-il, "ruiner toute chance d'une solution politique négociée à la crise".

"Les Noirs se vengeront des Blancs"

Rencontrée en septembre dernier, une élue du Nord avertissait déjà, pleine de hargne : "Les Noirs se vengeront des Blancs, de ces Touaregs et de ces Arabes par qui le mal est arrivé. Ils se vengeront des Touaregs indépendantistes du MNLA qui nous ont causé tous ces problèmes en amenant les djihadistes avec eux et de tous ceux qui se sont alliés aux islamistes étrangers".

L'armée malienne est quant à elle d'autant plus remontée contre les rebelles du Nord qu'elle a été humiliée par sa débâcle au printemps dernier et se souvient encore avec terreur de ses soldats égorgés en février à Aguelhoc, une ville du Nord, au début de l'offensive touarègue.

Le risque de représailles est d'autant plus fort que les ressentiments liés à ce conflit viennent s'ajouter à ceux du passé, jamais digérés. Car le Nord a déjà été le théâtre de violences intercommunautaires et raciales. Dans les années 90, des milices pro-gouvernementales avaient massacré des dizaines de civils à la "peau claire", touaregs et arabes.

A Paris, on est depuis longtemps conscient du danger. "Il est indispensable de ne pas avoir une vision uniquement sécuritaire, il y a un travail politique substantiel à faire avant une intervention", jugeait en octobre un connaisseur du dossier. "Il ne faut pas que l’armée malienne aille au Nord pour bouffer du Touareg", avait-il crûment ajouté.

Une nécessaire "police"

Et pourtant. "Les Français y sont allés franco, sans se retourner, avec pour seul discours apparent 'la guerre contre les terroristes'", remarque Yvan Guichaoua, enseignant-chercheur à l’université d’East Anglia. "Mais, poursuit-il, au Sud et surtout au Nord, les lignes de fractures exacerbées par la guerre sont telles qu’en dehors du combat strictement militaire contre ceux qui ont voulu prendre Sevare, il faudrait idéalement pouvoir compter sur un travail de police susceptible de prévenir des règlements de comptes d'ordre parfois privé. Or, pour être efficace, ce travail de police requiert la confiance des populations locales et exige de ne pas les ériger en ennemies ayant nécessairement collaboré avec 'l'occupant'."

La dernière résolution des Nations unies, la 2085 du 20 décembre qui autorisait, sous conditions, le déploiement d'une force internationale au Mali, prévoyait justement que l'Onu envoie sur place des observateurs "pour surveiller le respect du droit international humanitaire et du droit des droits de l’homme dans le cadre des opérations militaires menées dans le nord du Mali".

Bamako pointé du doigt

La France sait que de telles exactions entacheraient nécessairement son intervention et pourraient dangereusement éroder le soutien dont elle bénéficie depuis qu'elle a lancé son opération le 11 janvier. Mais "on n'a pas de confirmation d’exaction", rétorque un diplomate français, sur la défensive.

Le ministre de La Défense Jean-Yves Le Drian, reconnaît cependant qu'"il y a des risques". Mais il renvoie, non sans raison, la responsabilité à Bamako : "Il faut être extrêmement vigilant et le président de la République (François Hollande) compte sur le sens des responsabilités des cadres de l'armée malienne pour éviter toute exaction". A Paris, on convient néanmoins que "notre intervention militaire nous responsabilise sur l’ensemble du dossier malien, sur les questions de sécurité mais aussi sur les questions politico-développement".

 

Source : Tempsreel.nouvelobs.com

Vous aimez ce que vous lisez ? Notre travail est gratuit et indépendant, mais il a un coût. Vous pouvez nous soutenir librement grâce à un don via Tipeee ou PayPal. Si vous ne pouvez pas nous aider financièrement (ce que je peux comprendre parfaitement), vous pouvez partager les articles sur vos réseaux sociaux, et parler du site autour de vous. Merci à celles et ceux qui rendent tout cela possible.

Informations complémentaires :

 
Soldat_Francais_mali.jpg
 

Partager sur les réseaux sociaux

Publier 0Nombre de partages sur X
0Nombre de partages sur X
Partager 0Nombre de partages sur Facebook
0Nombre de partages sur Facebook
Partager 0Nombre de partages sur Linkedin
0Nombre de partages sur Linkedin
E-mail 0Nombre de partages sur Email
0Nombre de partages sur Email
WhatsApp 0Nombre de partages sur Whatsapp
0Nombre de partages sur Whatsapp
Télégramme 0Nombre de partages sur Telegram
0Nombre de partages sur Telegram

1000 Characters left


 

Vous appréciez Crashdebug.fr ?

Pour nous soutenir, vous pouvez nous aider à financer ce serveur :

Faire un don ponctuel via paypal

Faire un don ponctuel ou mensuel via Tipeee

Ne perdez rien de notre actualité, rejoignez-nous sur Twitter (X), Youtube, ou Facebook ou encore Telegram (pas de filtrage algorithmique), avec la censure de Google, nous avons plus que jamais besoin de votre soutien.

Tous les commentaires publiés sont sous la responsabilité de leurs auteurs respectifs. Crashdebug.fr ne saurait être tenu responsable de leur contenu ou orientation.

Vidéo bloqué qui ne se lance pas ?

Comment nous contacter ?

Vous avez des questions ?

Merci,

Sites ami(e)s