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« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort… apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde… C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort ! »

François Mitterrand

Update 18.01.2019 :

Alstom 18 01 2019
La branche énergie d'Alstom a été rachetée en 2013 par l'Américain General Electric. - Crédits photo : S. BOZON/AFP

Nouvelle étape dans le thriller industriel de la vente d'Alstom à General Electric. Un ancien dirigeant, incarcéré deux ans aux États-Unis, affirme que les Américains ont voulu faire pression sur l'équipe dirigeante pour les obliger à vendre l'entreprise.

«Pantin dans les mains de la justice américaine» et «victime de la stratégie» du PDG Patrick Kron : un ex-dirigeant Alstom livre son témoignage sur les dessous du rachat du groupe français par General Electric dans un livre à paraître mercredi.

En 2013, une année avant l'annonce du rachat de la branche énergie d'Alstom par l'Américain General Electric (GE) pour 13 milliards de dollars, Frédéric Pierucci était arrêté sans ménagement à son arrivée à l'aéroport de New York-JFK, pour une affaire de corruption en Indonésie au début des années 2000, en vertu de l'extraterritorialité de la justice américaine. L'homme passait brutalement de président de la filiale chaudières d'Alstom, dînant dans les restaurants les plus prestigieux autour du monde, au statut de prisonnier et aux conditions drastiques de la vie carcérale américaine.

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La justice américaine cherchait à faire pression sur le groupe

Dans son livre «Le Piège américain», écrit avec le journaliste Matthieu Aron, aux éditions JC Lattès, le cadre assure que «les poursuites américaines sont bien à l'origine de la décomposition d'Alstom».

Il faut remonter à l'époque des faits pour comprendre le mécanisme décrit. Frédéric Pierucci est accusé d'avoir participé à une opération de corruption : convaincu qu'il n'a rien à se reprocher, d'autant qu'il avait été blanchi par une enquête interne d'Alstom, Frédéric Pierucci croit à une rapide libération... En vain : il restera au total plus de deux ans en prison, échelonnés entre 14 mois d'incarcération préventive avant son procès en 2017, suivis de 11 mois de détention.

Il révèle aujourd'hui que la justice américaine visait le PDG du groupe. «Ce que nous voulons, c'est poursuivre la direction générale d'Alstom et notamment monsieur Kron», lui avait affirmé le procureur fédéral du Connecticut David Novick peu après son arrestation. Pierucci qui, entre-temps, avait été «pris en otage», n'avait pas été prévenu par son entreprise que le Département de la Justice (DoJ) avait ouvert une enquête en 2009 sur l'affaire indonésienne, et se rendra compte plus tard que, selon lui, Patrick Kron «a voulu jouer au plus fin», «en faisant croire que l'entreprise collaborait, tout en faisant en réalité l'inverse». L'objectif des États-Unis ? S'emparer d'Alstom en se débarrassant de sa direction.

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Selon Kron, la vente d'Alstom «n'est en rien liée aux poursuites judiciaires américaines»

«Je suis salement piégé, victime de la stratégie adoptée par Patrick Kron et réduit à l'état de pantin dans les mains de la justice américaine», estime celui qui sera ensuite licencié le 20 septembre 2013 par Alstom après avoir plaidé coupable. Pierucci dit ne comprendre les raisons de son arrestation que le 24 avril 2014, date de l'annonce du rachat d'Alstom par GE. «En une fraction de seconde, tout s'éclaircit et j'ai enfin les réponses à certaines de mes questions qui me taraudent depuis des mois», écrit-il. «Kron imagine peut-être avoir trouvé la solution pour échapper aux procureurs : vendre à GE l'ensemble des activités énergies et réseaux que les Américains convoitent depuis tant d'années», pense-t-il.

Sur ce point, l'ex-PDG dément. Interrogé par le journal Le Monde , il a réitéré ce qu'il a toujours dit dans cette affaire : la vente d'Alstom «n'est en rien liée aux poursuites judiciaires américaines». Interrogée à l'Assemblée nationale par le député Olivier Marleix (Les Républicains), qui a présidé la commission d'enquête sur Alstom, la secrétaire d'État Agnès Pannier-Runacher a défendu mardi le rachat par GE. Le groupe français «n'avait pas la taille critique pour faire face à la concurrence» et «ses activités énergétiques n'étaient pas viables à long terme». «Le choix d'un rapprochement avec un grand acteur du marché faisait donc le plus grand sens», a-t-elle ajouté. Un choix également soutenu par Emmanuel Macron, ministre de l'Économie au moment de la vente.

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Les États-Unis infligent-ils des amendes pour affaiblir les entreprises étrangères et s'en emparer ?

Un point de vue qui n'est pas partagé par Frédéric Pierucci, pour qui Alstom était loin d'être «un canard boiteux». L'ancien cadre du groupe salue d'ailleurs le rôle d'Arnaud Montebourg, ministre de l'Économie précédent, qui s'était opposé au rachat par GE, le «seul à batailler pour défendre les intérêts stratégiques français». Au terme de son livre, celui qui a fini de purger sa peine fin septembre 2018 dénonce l'extraterritorialité de la justice américaine et rappelle que les entreprises françaises «ont déjà été ponctionnées de plus de 13 milliards de dollars» avec les amendes infligées par la justice américaine.

«Ce racket, car c'est bien de cela dont il s'agit, est inédit par son ampleur», affirme-t-il, rappelant que GE «a racheté quatre sociétés dans ces conditions en dix ans». La justice américaine a finalement condamné Alstom à payer une amende de 772 millions de dollars, et refusé que GE s'en acquitte comme il était convenu dans les accords de rachat. «Au moins Kron aura réussi à éviter une hécatombe d'inculpations», commente Pierucci. «Un petit groupe de dirigeants lui doit sans doute une fière chandelle et certains d'entre eux se sont partagé les millions de bonus accordés lors de la finalisation de l'accord avec GE». Une récompense pour une opération à la pertinence incertaine : à la suite de la chute du marché mondial de l'énergie, les restes industriels d'Alstom engloutis par GE plombent aujourd'hui les comptes du géant américain.

 

Source : Le Figaro.fr

 

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