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Bonjour, j'espère que vous allez bien, j'ai fait le tour de l'actu ce matin et pas grand-chose au final de mon côté, donc on va tenter de vous arracher un sourire ; )

Rappelez-vous :  « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent » Henri Queuille ; )

Pour le reste Business as Usual...

G7 22 08 2019

Le communiqué publié par l'Elysée pour présenter les enjeux du G7 de Biarritz, du 24 au 26 août, s'avère ultra-ambitieux. La sémiologue Elodie Mielczareck décrypte le document, un modèle, selon elle, de "pensée magique" totalement décalée par rapport à la réalité.

L'histoire retiendra peut-être que la bataille contre les inégalités dans le monde a été gagnée à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). A en croire le communiqué de présentation du G7, qui se tiendra dans la ville basque de ce samedi 24 au lundi 26 août, publié sur le site de l'Elysée, cela ne fait même que peu de doutes. Le texte rédigé par les services d'Emmanuel Macron se veut ultra-ambitieux. Il promet que le sommet s'attaquera "aux racines du mal" et que la France "agit pour un progrès réel vers le jour où l’article 1 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen sera une réalité." Quant à la conclusion de cette longue réunion des chefs d'Etat et de gouvernement les plus puissants du monde, "il s'agira de sortir de la seule logique des 'communiqués finaux'", souvent perçus comme creux. La sémiologue Elodie Mielczareck, spécialiste de l'analyse du discours politique, décrypte pour Marianne ce document. Selon elle, le texte a toutes les raisons de… susciter la méfiance du lecteur. Soit l'inverse de l'effet recherché.

Marianne : Le ton du communiqué de l'Elysée sur le G7 paraît inhabituel pour un texte de cette nature. Quel est l'effet recherché par la présidence française ?

Elodie Mielczareck : L'ambition de ce texte est clairement de renouer avec le thème du "nouveau monde" développé pendant la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron. Le motif de la nouveauté revient à trois reprises. "La France renouvelle profondément le format du G7", nous explique-t-on deux fois. On parle aussi de "nouvelle méthode de travail". Sur le fond, le discours est galvanisant, avec de jolies tournures, dont l'accumulation donne un côté lyrique au texte. On se fixe des objectifs ambitieux, à l'opposé de la "real politik" habituelle sur les sujets internationaux. L'idée, c'est de "casser les codes" de ce genre de document. En creux, il y a la mise en avant d'une personnalité, Emmanuel Macron. On commence par parler de la France et on finit par "Emmanuel Macron a décidé de renouveler le format du G7". On est dans la mythologie du super-héros, qui par sa volonté, change les choses.

L'Elysée convoque également la Révolution française et la Déclaration des droits de l'homme, "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". N'est-il pas risqué de se référer ainsi aux épisodes les plus glorieux de l'histoire de France avant un sommet international à l'issue incertaine ?

Une partie des lecteurs peuvent être charmés par cette belle vision de la place de la France dans le monde. Le problème, c'est celui de l'acceptabilité, déterminée par le contexte du texte. On met de beaux mots sur des maux, mais le rapport au réel n'est pas éprouvé. Il y a un décalage entre l'objectif assigné - réduire les inégalités dans le monde, en s'inspirant des Lumières - et ce qu'on observe de la présidence Macron depuis deux ans, quoi qu'on en pense par ailleurs. Cet écart suscite naturellement de la méfiance. A plusieurs endroits du texte, on retrouve d'ailleurs des indices de "langue de bois".

Pourtant, l'objectif du texte semble d'en finir avec la langue de bois diplomatique, comme en témoigne la dernière phrase sur "la logique des 'communiqués finaux'"…

Oui, mais en réalité, ce texte ne rassure pas sur ce point. Rien n'est clair sur la façon de mettre fin aux inégalités. On retrouve d'abord une surabondance de valeurs abstraites. Il est question de "racines du mal", de "progrès réel", sans qu'on sache plus précisément ce que c'est. On remarque aussi une dimension moraliste, un côté Disney… mais on reste très flou sur les modalités d'action concrète. Il y a les gentils et les méchants, le "mal", des situations "intolérables", "insupportables", mais très peu de compléments circonstanciels dans les phrases, qui permettraient de préciser comment les gouvernements vont s'y prendre. On renoue avec une forme de "pensée magique" : je veux donc que les choses changent. Si cette musique apparaît trop déconnectée de la réalité, et c'est le cas ici, l'effet est contre-productif. On lit quelques lignes puis on décroche, comme pour une publicité.

Que penser de l'interpellation des citoyens par la formule : "le G7 2019 c’est votre G7, pour notre avenir" ?

On est encore dans le "marketing", la sloganisation du discours politique, pensé comme un discours publicitaire. Comme dans une réclame, on interpelle le lecteur par un pronom personnel : "votre G7", on utilise le temps présent. Les mots ne sont plus là pour agir sur le réel mais pour raconter le monde et des histoires.

On remarque d'ailleurs que le temps futur est quasiment absent du communiqué, à part dans les dernières lignes, alors que tout se jouera dans quelques jours.

Oui, le temps présent est privilégié. C'est le temps de l'action, mais ça donne l'impression que le centre du discours n'est pas le résultat, mais la méthode. Ce qui compte, ce n'est pas de réussir mais le fait que "la France agit pour un progrès réel". En cela, Emmanuel Macron est très français. Les Américains prennent traditionnellement davantage soin de faire avant de dire.

 
Source : Marianne.net
 
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