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L'accord de libre-échange avec les Etats-Unis ne serait-il pas la fausse bonne idée par excellence ? Obama a cité l'Europe dans son discours sur l'état de l'Union. Explosion de joie du côté de Bruxelles... mais n'est-il pas un peu tôt pour se réjouir ?

Dollar Euro 18 02 2013

Il y aura eu le NTA, le NTMA, le TAD, le TED et enfin le Tafta. Et bientôt sera créé un nouvel acronyme non identifié. Il désignera lui aussi un projet d’accord sur une vaste zone de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Union européenne.

A leur grande surprise, les Européens ont été cités dans le discours sur l’état de l’Union du président Barack Obama en début de semaine. En une seule phrase, le président a annoncé son projet, “lancer les discussions sur un Partenariat Transatlantique sur le commerce et l’investissement global avec l’Union européenne”. Et d’ajouter que ce sera bénéfique pour l’emploi américain.

Autant le dire tout de suite, les avantages sont loin d’être évidents… pour l’Union européenne. Bien que l’ensemble des dirigeants politiques se soient déclarés favorables, j’ai de sérieux doutes sur les bénéfices d’un tel accord.

En particulier, deux secteurs de ce côté-ci de l’Atlantique pourraient souffrir de cet accord. A l’inverse, les gagnants aux Etats-Unis sont évidents. Je vous confierai quels seront les acteurs promis à une belle réussite si un tel accord était signé.

En attendant, voici un rapide survol des conséquences de l’initiative de Barack Obama. Attention, nous entrons dans une zone de perturbation…

Vive l’"OTAN économique" !

Les dirigeants européens ont accueilli cette initiative avec enthousiasme. David Cameron s’est empressé de soutenir le projet, pendant que le porte-parole de la chancelière allemande, Steffen Seibert, espérait voir les négociations commencer “au cours de la présidence irlandaise”, c’est-à-dire avant juin.

A Bruxelles, c’était carrément l’explosion de joie. José Manuel Barroso a déjà parlé d’”une excellente nouvelle pour l’économie mondiale” et du “plus grand accord commercial du monde”. Enfin, l’ambassadeur américain à Bruxelles a déclaré que “l’OTAN économique” ouvrait des perspectives importantes pour les pays européens et renforçait l’unité européenne.

Côté chiffres, les dirigeants n’ont pas été avares non plus. Déjà, les échanges transatlantiques représentent près de 650 milliards de dollars. Cette zone permettrait de les faire encore progresser, et d’ajouter pour certains experts une croissance de 0,5% de PIB annuel en plus côté européen, et 0,4% côté américain d’ici 2027. La Chambre de commerce américaine a même parlé de 1,5% en plus.

Un relais de croissance inespéré

Au fond, cet accord de libre-échange serait d’un genre particulier. Il ne s’agit pas comme pour n’importe quel accord de libre-échange d’abaisser les droits de douanes… ils sont déjà particulièrement bas, autour de 3-4%.

Cet accord tournerait davantage autour du démantèlement des “barrières non tarifaires”, qui sont équivalentes à des droits de douanes de 10 à 20%. Il s’agit des normes techniques et sanitaires, des certifications, de la protection intellectuelle, de l’ouverture des marchés publics et de la protection des investissements. Par exemple, les constructeurs automobiles européens ont du mal à exporter aux Etats-Unis du fait de règles de sûreté autour des phares automobiles américains.

Mais d’autres commentateurs ont surtout mis en exergue la demande d’une plus grande intégration avec les Etats-Unis… pour se protéger de la concurrence chinoise. Former un bloc économique puissant serait le moyen idéal de lutter contre le basculement du centre de gravité de l’économie en Asie.

C’est le sens des déclarations de João Vale de Almeida, chef de la délégation de l’UE aux Etats-Unis, qui déclarait récemment que cet accord “peut changer la donne sur le plan bilatéral et sur le plan mondial. Nous aurons une influence beaucoup plus importante si nous sommes ensemble”.

Cette idée permet surtout de souligner un des risques de cet accord : que les Européens se fassent tondre la laine sur le dos !

Agriculture, chimie, danger !

Comme le notait un haut fonctionnaire de l’administration Obama, les Européens sont preneurs “pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à une stratégie de croissance”. Or cet empressement leur fait perdre de vue qu’ils n’ont plus d’avantage compétitif sur certains secteurs -- notamment deux d'entre eux, particulièrement touchés par un tel accord :

L’agriculture

C’est peut-être le principal point d’achoppement que cet accord créera. Les deux blocs économiques subventionnent abondement leur agriculture, conscient que ces deux secteurs sont d’importants exportateurs.

D’ailleurs c’est une des raisons de l’opposition des deux blocs autour du bœuf, du porc, et des OGM. En Europe, l’idée d’évoluer sur ces sujets apparaît encore improbable, d’autant plus que la pérennité de la Politique Agricole Commune vient d’être assurée par le dernier sommet européen. Comme l’expliquait Christian Rifflart, économiste à l’OFCE, “ce sera sans doute la principale réticence de l’UE, et je ne vois pas comment elle pourrait la remettre en cause”.

Mais un autre son de cloche a été entendu de l’autre côté de l’Atlantique après l’annonce de Barack Obama. Le haut fonctionnaire américain cité plus haut soulignait que le besoin d’une stratégie de croissance en Europe est tel que les pays européens “pourraient bouger sur les problèmes les plus ancrés”, comme l’agriculture.

En cas d’évolution, la France pourrait être une des principales victimes d’un tel accord. Rappelez-vous que l’agriculture française, végétales et animales confondues, pesaient 62 milliards d’euros en 2011 et surtout, qu’elle dégage un excèdent de 9 milliards dans une balance commerciale largement déficitaire sur d’autres secteurs.

La chimie

C’est peut-être la conséquence la plus sous-estimée. Je suis souvent revenu sur les conséquences de l’exploitation des gaz de schiste en Amérique. Un des avantages décisifs que procurer ce gaz bon marché aux Américains, c’est la production d’éthylène à bas prix, la matière première qui sert de base à une bonne part des plastiques.

Pour Stanley Nahon, directeur chez Booz & Company, “même en tenant compte des coûts logistiques (transport), l’éthylène est aujourd’hui environ 30 à 50% plus cher en Europe”. Pour combattre cette déferlante, les producteurs européens, comme Total, se sont spécialisés sur les produits de niche. Mais surtout, ils ont installé leurs usines de l’autre côté de l’Atlantique.*

Il est difficile de savoir quel sera le timing de cet accord, ni même quel sera sa teneur. Néanmoins il ne fait pas de doute que le secteur de la pétrochimie verra les cartes rebattues si jamais un accord était signé.

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Source : Atlantico.fr


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