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L'échec de la mobilisation, organisée à l'appel de la CGT, renforce la conviction du chef de l'État d'aller au bout des ordonnances Pénicaud et de lancer les discussions sur l'assurance-chômage et la formation.

Emmanuel Macron ne reculera pas. Bien au contraire. Au lendemain d'une nouvelle mobilisation - menée par la CGT, Solidaires (SUD) et la FSU - qui s'est soldée par un sérieux échec, il bouclera en temps et en heure sa réforme du Code du travail. Les projets des 160 pages d'ordonnances, résultat de l'intense phase de concertation sociale de cet été, seront adoptés ce vendredi en Conseil des ministres et publiées au Journal officiel, avec application immédiate, «aux alentours du 25 septembre».

Le président de la République le répète à l'envi : cette réforme, qui figurait en toutes lettres dans son programme de campagne, n'est pas une surprise. «Si je respecte ceux qui manifestent, je respecte aussi les électeurs français, et ils ont voté pour le changement», a ainsi rappelé mardi Emmanuel Macron sur CNN, depuis New York, quelques jours avant la mobilisation programmée samedi par La France insoumise (LFI).

Des syndicats en ordre dispersé

Quoi qu'il en soit, Philippe Martinez, le patron de la CGT, avait beau rêver de faire descendre dans la rue des bataillons d'opposants à la réforme du Code du travail, force est de constater que son échec est total. Bien que rejointe par certaines fédérations de FO et de la CFE-CGC, qui manifestaient contre l'avis de leur maison-mère, la mobilisation de ce jeudi n'a pas attiré les foules, 132.000 personnes dans l'Hexagone, selon le ministère de l'Intérieur. C'est 91.000 personnes de moins que pour les manifestations du 12 septembre, qui d'après les chiffres de la police n'avaient séduit que 223.000 personnes dans toute la France.

À Paris, vitrine de la contestation où se concentrent les médias, ils étaient également moins nombreux: 16.000 seulement à défiler de Montparnasse jusqu'à la place d'Italie, contre 24.000 la semaine dernière. Même constat en province: à Marseille, 4500 personnes ont défilé sur la Canebière, versus 7500 neuf jours plus tôt.

Le vrai test pour Emmanuel Macron aura toutefois lieu samedi, avec le «rassemblement populaire» organisé par Jean-Luc Mélenchon et son mouvement, LFI, qui ont appelé «le peuple à déferler sur Paris». Puis lundi, avec la grève des routiers lancée par les fédérations CGT et FO des transports, avec le risque lié d'une pénurie d'essence, notamment en Île-de-France…

Rien n'est donc gagné pour l'exécutif qui sait que la contestation peut prendre de l'ampleur au cours des prochaines semaines. D'autant que la réforme du Code du travail n'est pas la seule mesure qui peut susciter l'opposition d'une partie de la population. La coupe sèche de 5 euros dans les APL, le gel du point d'indice des fonctionnaires, la réduction drastique du volume des contrats aidés ou encore le projet d'instaurer une forme de sélection à l'entrée de l'université sont autant de sujets sensibles. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si Muriel Pénicaud a annoncé, alors que la mobilisation de la CGT battait son plein jeudi, le financement de 200.000 contrats aidés dans le public en 2018.

L'exécutif a également conscience que, contrairement à la mobilisation contre la loi El Khomri l'an dernier, les syndicats agissent en ordre dispersé. FO, la CFDT et la CFTC refusent toujours d'appeler à manifester. Poussant Philippe Martinez, forcé de constater que son syndicat n'est plus en mesure, seul, de faire plier l'exécutif, à leur tendre la main «pour qu'on se rencontre rapidement et qu'on envisage ensemble une riposte».

Assurance-chômage

Peine perdue. Du côté de la CFDT, la stratégie n'a pas changé d'un iota. Son secrétaire général, Laurent Berger, veut peser sur les quelques décrets d'application des ordonnances qui seront tous publiés d'ici au 31 décembre. En particulier, le syndicat réformateur, numéro un désormais dans le privé, espère obtenir des concessions du gouvernement pour renforcer le dialogue social. Même tactique pour FO, syndicat pivot que l'exécutif veut garder à bord, préoccupé par les moyens (nombre de membres et heures de délégation) qui seront dédiés au futur conseil social et économique (CSE), la nouvelle instance qui remplacera les délégués du personnel, le CHSCT et le comité d'entreprise. «Si ces moyens sont insuffisants, ce sera, de fait, une régression contraire à l'affichage gouvernemental sur le dialogue social. Ce sera obligatoirement une source supplémentaire de tensions», a averti son secrétaire général, Jean-Claude Mailly.

En réalité, les deux organisations misent sur les prochaines réformes sociales. Et pour cause. L'adoption des ordonnances sur la réforme du Code du travail n'est que la première étape de la «rénovation du modèle social français» promise par Emmanuel Macron pendant sa campagne victorieuse.

Dès le mois d'octobre, l'exécutif lancera, en même temps, la réforme de l'assurance-chômage, la refonte de la formation professionnelle et la relance de l'apprentissage. Avec l'objectif de présenter au printemps 2018 un projet de loi ficelé et de boucler le tout à l'été. Sur l'assurance-chômage, Emmanuel Macron a en particulier promis d'ouvrir l'indemnisation aux indépendants et, une fois tous les cinq ans, aux salariés démissionnaires. Sur la formation professionnelle, il promet une remise à plat du système afin de réorienter les fonds - 7 milliards, sur les 32 disponibles, sont gérés par les partenaires sociaux - vers ceux qui en ont besoin : à savoir les jeunes et les salariés les moins qualifiés.

Voilà pour le calendrier. La méthode, elle, reste encore floue. Une concertation pendant six mois? Négociation confiée aux partenaires sociaux? Rien n'est tranché. Quoi qu'il en soit, les prochains mois seront chargés et, à coup sûr, sensibles…

 

Source : Le Figaro.fr

Informations complémentaires :

Loi Travail 22 09 2017 
Emmanuel Macron, le 28 août à l'Élysée. - Crédits photo : CHRISTIAN HARTMANN/AFP
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