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Mon dernier passage à l'hôpital, la semaine dernière, ne c'est pas aussi bien passé que cela. Personnels mal formés, erreur de diagnostic invalidant l'examen que j'ai dû passer. Tout cela à cause de la pression et du manque de temps. Comme je l'ai toujours dit, un hôpital ou un pays ne se gère pas comme un supermarché, il n'a pas à être rentable. C'est un centre de coût comme les écoles et autres, les bénéfices eux rentrent avec les impôts, la consommation et le travail. Si les gens peuvent travailler c'est parce qu'ils sont bien éduqués et bien soignés. Il faut donc accepter d'avoir des pertes pour espérer des bénéfices. Réduire tout cela à une logique purement comptable est une escroquerie intellectuelle comme celle de comparer un pays à un ménage.

17 12 2018
Malaise à l'hôpital Crédits : Rose Vidal - Radio France

Des professeurs de médecine et médecins chefs de service dénoncent les effets des restrictions budgétaires sur l'hôpital public.

Les derniers mois ont été marqués, parfois de manière spectaculaire, par les démissions de médecins dans les hôpitaux publics. À Saint-Brieuc, près de cent-vingt médecins et chefs de service démissionnaient en octobre dernier pour dénoncer les décisions prises par leur direction. À Caen, le chef du service gynécologie faisait de même pour protester contre les dérives financières de l’établissement. Les exemples se multiplient : à Amiens, à Clermont-Ferrand, à Nantes ou encore à Paris. 

 « On entassait les patients dans une cave. »  

Parmi les critiques avancées par les médecins figure celle selon laquelle les restrictions budgétaires dans les hôpitaux publics ne permettent plus d’assurer la sécurité des patients. C’est en tout cas ce qu’a constaté Philippe. Il a travaillé comme médecin réanimateur dans un hôpital public pendant huit ans.  

Les locaux du service de réanimation sont alors en sous-sol, avec quatre lits par chambre au lieu d’un. Puisque la salle est sans-fenêtre, les patients passent parfois plusieurs semaines sans voir la lumière du jour. 

« On a eu un décès dans une chambre à quatre lits. On ne pouvait pas enlever le corps immédiatement. »

Philippe raconte l’événement qui a agi comme un déclic. Et comment il a commencé à donner l’alerte. Il suit alors la procédure habituelle et remplit des « fiches de signalement d’événements indésirables », environ soixante en huit mois. Il est invité à présenter les problèmes rencontrés en Commission Qualité.

« La présentation avait lieu juste avant l’été. Tout le monde est parti en vacances et a oublié. » 

Quelques mois plus tard, Philippe a reçu une lettre de non-reconduction de contrat et n’a jamais obtenu d’explications, malgré ses demandes. 

 « La vision comptable est au centre de la gestion de l’hôpital »  

Le professeur Eric Rosenthal, aujourd’hui en arrêt maladie, a quant à lui refusé qu’on lui demande de faire le tri entre des patients « rentables » et ceux que l’on considère comme des « débris ». 

Un chef de pôle nous a dit : « Si c’est un patient qui ne va pas rapporter, un débris ou un indigent, vous le renvoyez chez lui. »

Eric Rosenthal dénonce la loi T2A, la tarification à l’activité instaurée en 2004. Et qui, en résumé, encouragerait les hôpitaux à pratiquer certaines opérations qui « rapportent » et délaisser certains profils de patients, moins rentables.

« Des traitements de chimiothérapie ont été refusés pour des patients au motif qu'ils étaient trop chers et que le patient ne valait pas la peine. »

Eric Rosenthal raconte son mal-être, l’impression qu’on l’empêche de faire correctement son métier et comment, le 15 octobre dernier, il a décidé de « tout arrêter ». 

« Je ne sais pas si j’aurai le courage de revenir à l’hôpital. »

  • Reportage : Pascale Pascariello
  • Réalisation : Anne-Laure Chanel

Merci au professeur Eric Rosenthal, Philippe Halimi, Michel Canis et Philippe.

Chanson de fin : "Mouth Of Flames" par Great Lake Swimmers - Album : The Waves, the Wake - Label : Nettwerk Records.

 

Source(s) : Franceculture.fr via Contributeur anonyme

 

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